Au rayon du disque

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ECM aux festivals

Django Bates’Beloved –The Study of Touch

ECM 2534

L’album récent du trio Django Bates est une ode à la subtilité et à la grâce du toucher à travers onze pièces de facture homogène, la plupart étant de nouvelles versions de ses compositions déjà consignées sur disque. Les trois musiciens se sont réunis il y a dix ans autour de l’œuvre de Charlie Parker, à qui ils adressent un clin d’œil dans la pièce Passport. Il se dégage de cet album des couleurs et nuances impressionnistes, une atmosphère de rêverie lyrique qui n’est pas pour autant dénuée de virtuosité. Celle-ci s’exprime avant tout par la grâce, la complicité entre les musiciens et l’exploration au sein de formes ouvertes. Le contrebassiste suédois Petter Eldh assume un rôle de soutien solide et le batteur danois Peter Bruun vient apposer des touches subtiles et précises dans le discours. Album posé qui tend à s’émanciper sur les dernières pistes, il ­permet au trio mené par le pianiste britannique de montrer au jazz un visage ­mélodique, sensible et onirique. BG

En concert : Ottawa, 25-6

Maciej Obara Quartet – Unloved

ECM 2573

Il nous arrive de Pologne et joue du saxo alto. Cet album marque l’entrée de jeu de Maciej Obara sur l’étiquette allemande, un bel honneur il va sans dire. Pour la circonstance, il est entouré de deux Norvégiens, Ole Morton Vågan (b.) et Gard Nilssen (btr.), et d’un compatriote, Dominik Wania (pno). Alors que le chef se montre plutôt discret dans ­l’ensemble du disque, même timide dans ses interventions, c’est le pianiste qui se détache ici, ses solos un brin plus expansifs, ses accompagnements aussi justes qu’inventifs. Sept plages sont regroupées sur cette surface d’une cinquantaine de minutes, dont une seule n’est pas du saxo, soit la pièce-titre composée par le ­pianiste Krzysztof Komeda, jadis connu pour ses trames sonores de films de Roman Polanski. Comme moult parutions sur cette étiquette, celle-ci est à tout point de vue conforme à la norme : atmosphères langoureuses, harmonies ouvertes, tempos lents, à une exception près cependant, l’avant-dernier morceau (Echoes), plus ­énergique et permettant au saxo de déployer ses ailes un peu plus. Certains festivaliers au pays auront au moins l’occasion de se faire une meilleure idée de M. Obara et consorts dans les derniers jours du mois de juin. MC

En concert : 22-6 Edmonton, 25-6 Victoria,
26-6 Vancouver, 28-6 Ottawa.

Thomas Strønen – Lucus

ECM 2576

Fidèle aux préceptes esthétiques établis par l’étiquette phare ECM, l’ensemble acoustique à géométrie variable Time Is a Blind Guide du ­batteur norvégien Thomas Strønen a livré en janvier son second opus. Intitulé Lucus, ce nouvel album poursuit en droite lignée la démarche exploratoire ­entamée en 2015 avec le disque précédent qui avait pour titre le nom même du groupe. L’ensemble adopte cette fois une formation réduite (piano, contrebasse, batterie, violon et violoncelle) qui met ­davantage l’accent sur les cordes, révélant un ­penchant certain pour la musique de chambre. Strønen alterne les rôles des instrumentistes et évite avec soin d’installer une séparation claire entre solistes et accompagnateurs, entretenant de ce fait le caractère spontané des échanges. Il en résulte une musique qui flirte par moments avec ­l’improvisation libre tout en maintenant des assises structurelles claires et aux consonnances lyriques, mais dépourvue de contours ­mélodiques francs. Malgré quelques passages à vide, l’ensemble parvient à livrer une proposition musicale convaincante qui trouve le salut à travers le talent et la cohésion de ses interprètes. AV

En concert : Festival de jazz de Rochester, 30-6

Et des Suisses aussi

Sylvie Courvoisier – D’Agala

Intakt CD305

Infatigable exploratrice, la Suissesse établie à New York Sylvie Courvoisier revient en force avec D’Agala, album en trio réalisé avec la pleine complicité de Drew Gress à la contrebasse et de Kenny Wollesen à la batterie. Neuf pistes, neuf univers singuliers où le rapport physique à l’instrument, entre pulsion et virtuosité, façonne un discours aux voix bien équilibrées et à la rhétorique convaincante. Liberté semble être le mot d’ordre de l’album : on la retrouve dans l’audace des improvisations, l’utilisation quasi systématique de modes de jeu contemporains ainsi que dans les dédicaces de certaines pièces, parmi lesquelles Ornette Coleman, Irène Schweizer ou encore Simone Veil, femme politique française rescapée d’Auschwitz et défenseure du droit des femmes. Les compositions de Courvoisier empruntent leur substance à différentes époques et styles pour créer une mosaïque de miniatures et d’influences au sein ­desquelles les musiciens déploient l’étendue de leurs possibilités, le tout dans une imagination débordante.

En concert : Montréal (Suoni per il Popolo), 13-6

Samuel Blaser (with Marc Ducret, Peter Bruun) –Taktlos Zürich 2017

HatOLOGY 747

Tromboniste montant sur la scène internationale, Samuel Blaser est aussi l’un des plus occupés, à voir le calendrier de concerts affiché sur son site. Depuis son départ de sa Suisse romande pour Berlin, il bourlingue au gré des continents. Cet été, il passera chez nous avec un nouveau trio bien arrondi par le renommé guitariste français Marc Ducret et le batteur danois Peter Bruun. Paru l’automne dernier, cet album reprend une prestation zurichoise donnée six mois plus tôt. Des quatre plages totalisant 56 minutes, la première fait 24 minutes à elle seule, la seconde juxtapose une pièce de Stravinski (Fanfare pour un nouveau théâtre) à une seconde composition de Ducret, qui signe aussi la finale, l’avant-dernière étant de la plume de Blaser. Par ses audaces, ce disque saura plaire à des mélomanes férus de guitares aux sons trafiqués, à des fanas de cuivres au son ample, sans oublier les partisans d’un jazz contemporain qui transgresse les cadres convenus. Pour vous en faire une idée, cherchez des extraits vidéo sur YouTube en tapant le nom de cet as de la coulisse. MC     

En concert : 25-6 Ottawa, 28-6 Toronto, 29-6 Vancouver

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