Critique | L’hiver attend beaucoup de moi, un récit poignant

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La violence conjugale envers les femmes et les féminicides font de plus en plus la manchette. La reprise de l’opéra L’hiver attend beaucoup de moi (musique de Laurence Jobidon, paroles de Pascale St-Onge), aborde le sujet à travers une histoire bouleversante.

Les points forts

L’hiver attend beaucoup de moi a été conçu pour voix et piano pour l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal il y a plusieurs années, mais en raison de la pandémie de COVID-19, la production n’a été filmée et diffusée en ligne qu’en novembre 2020.

Depuis, Opéra Magnolia (anciennement Musique 3 femmes) a commandé une nouvelle version pour six instruments et l’a produite à Berlin en 2022. C’est cette version qui a été présentée en première québécoise le 14 juin au Festival Classica, sous la direction de Mélanie Léonard à la tête de l’Ensemble Paramaribo et la mise en scène de Nathalie Deschamps. La soprano Marianne Lambert interprète le rôle de Léa et la mezzo-soprano Kristin Hoff celui de Madeleine.

Une voiture tombe en panne au beau milieu de la nature sauvage hivernale du nord du Québec et Léa, visiblement enceinte, recherche désespérément un abri. Madeleine, la conductrice, tente de la rassurer en lui disant qu’une maison sûre se trouve à proximité. Le dialogue poignant qui s’ensuit entre les deux femmes est mis en musique avec brio. Aucune mélodie n’est particulièrement mémorable, mais les duos sont dramatiques et chargés d’émotion.

Soprano Marianne Lambert et mezzo-soprano Kristin Hoff. Photo: Kevin Calixte

La soprano Marianne Lambert livre une prestation magistrale dans le rôle de Léa. Elle atteint les sommets de la partition avec aisance et audace. Dans le rôle de la mystérieuse Madeleine, l’aînée des deux femmes, la mezzo-soprano Kristin Hoff offre un contrepoint musical efficace à Lambert, avec une voix profonde, calme et chaleureuse. La souffrance de Madeleine liée à sa fausse couche nous rend son personnage particulièrement attachant.

Le décor, bien que dépouillé, offrait une toile de fond d’une austérité appropriée à l’histoire. La mise en scène de Deschamps favorisait l’intimité entre les interprètes, et la cheffe Melanie Leonard dirigeait l’Ensemble Paramirabo avec un tempo idéal.

Mélanie Léonard et l’Ensemble Paramirabo. Photo: Kevin Calixte

Avant l’opéra de 45 minutes, l’Ensemble Paramirabo a présenté avec brio la création mondiale de Rien n’est dit – tout est engagé de Jobidon, une œuvre de 10 minutes pour six instruments, conçue pour accompagner l’opéra. Cette pièce constituait une introduction envoûtante et intimiste à l’œuvre, instaurant une atmosphère mélancolique avant même que l’histoire ne se développe.

Après la représentation, une discussion entre les créateurs et les chanteurs a éclairé notre compréhension de l’histoire, de sa conception et de sa production, et les questions du public ont permis d’explorer plus avant ce sujet contemporain.

L’hiver attend beaucoup de moi est une production d’Opéra Magnolia, en collaboration avec Festival Classica, Le Vivier, Les Productions du 10 avril et Paramirabo, présentée au Studio-Théâtre de l’édifice Wilder. Elle sera également présentée au Festival d’opéra de Québec les 24 et 26 juillet.

 

 

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