Salle Bourgie: 10 ans et ça continue

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Salle Bourgie dix ans et ça continue par Arthur Kaptainis « Je considère que 100 est un bon nombre », dit Isolde Lagacé, en référence au décompte des concerts présentés à la salle Bourgie en 2021-22, contre 53 lors de sa saison inaugurale il y a 10 ans.

« Organiser 100 concerts, dans tous les styles, et de bonne qualité. »

Un bon nombre ? Plutôt un nombre étonnant compte tenu de la panoplie de possibilités qui existent à Montréal et des défis engendrés par la pandémie. Peu de salles de musique de chambre au Canada peuvent se targuer d’une telle quantité, qui s’élève à 141 si l’on tient compte des locations.

Ou peut-être que les chiffres sont à la fois surprenants et prévisibles, vu la demande constante de grande musique dans une ville exceptionnellement favorable aux arts et les qualités particulières de cette installation de 467 places, adjacente et intégrée au Musée des beaux-arts de Montréal.

« Nous ne recevons aucune plainte, nous ne recevons que des éloges, commente Mme Lagacé, fondatrice générale et directrice artistique de la salle. C’est très bon pour l’âme, il faut bien avouer. »

Traditionnel et moderne

Un emplacement central sur la rue Sherbrooke est évidemment un atout. À l’instar de l’artère elle-même, la salle Bourgie est à la fois traditionnelle et moderne, un réaménagement de l’église Erskine and American de 1894 qui mélange des arches romanes et des vitraux de Louis Comfort Tiffany à des panneaux de scène modernes en bois de cerisier et à un ensemble de plafonniers purement fonctionnels.

« Ici, le passé sacré et le présent séculaire se livrent une bataille, commentais-je en 2011. Les archanges et les apôtres semblent surveiller de l’extérieur. »

La plupart des spectateurs d’aujourd’hui considéreraient cette dualité comme complémentaire plutôt que contradictoire. Il y a même un choix de sièges : des chaises modernes mobiles au parterre et des bancs au balcon. (Pour des raisons tant acoustiques que doctrinales, je préfère la seconde option).

Le lien avec le MBAM – la salle Bourgie est officiellement « en résidence » au musée – crée un karma positif tout en offrant de nombreuses possibilités de lier les concerts aux expositions, au bénéfice des deux parties. Une série de concerts liés à l’exposition à succès consacrée à Marc Chagall en 2017 représente un cas intéressant. Les 12 événements – y compris les représentations de modernistes comme le Nouvel Ensemble Moderne et le Quatuor Bozzini – ont affiché complet.

« Voilà un bon exemple de la force de notre association avec le musée, estime Mme Lagacé. Cette association permet à certains qui jusqu’alors n’auraient pas remarqué ce que vous faites de le remarquer par un autre moyen. »

Hommage commun

Bien sûr, la base du succès de la salle Bourgie est un public fidèle de mélomanes, bien que ce groupe ne soit pas exactement homogène. Le concert du 10e anniversaire du 29 septembre prévoit un hommage conjoint aux adeptes du baroque et aux amateurs du courant romantique : Les Violons du Roy et les Musiciens de l’OSM – deux habitués de longue date de la salle Bourgie – se produiront sous la direction de leurs directeurs musicaux respectifs, Jonathan Cohen et Rafael Payare. Nul besoin de deviner qui interprète Bach et Haendel et qui est responsable de Dvořák et Strauss.

La brochure de la saison Bourgie 2021-22 est un véritable voyage dans le cosmos classique. La musique ancienne y est bien présente, notamment avec Les Violons comme coprésentateurs et Arion comme principaux locataires. Pourvue d’une paire d’orgues de chambre, d’une troïka de clavecins et d’un piano Érard restauré de 1859, la salle accueille des formations d’époque comme l’Ensemble Caprice, Les Idées heureuses et le Studio de musique ancienne de Montréal. Tous ces ensembles participeront à la septième et avant-dernière saison du cycle épique des cantates de Bach organisé par la salle Bourgie.

Autre temps fort des pratiques d’époque, le récital inaugural d’un autre instrument, un pianoforte de six octaves et demie d’inspiration viennoise du fabricant du Maine Rodney Regier. Le 24 octobre, le pianiste allemand Andreas Staier donnera ce que Lagacé compare à un baptême avec un programme de Mozart, Haydn et Schubert. Le 12 avril, le Néerlandais Ronald Brautigam joue Mendelssohn, Schumann et Schubert.

« Différentes personnalités qui jouent, cela construit une communauté autour d’un instrument », commente Mme Lagacé.

Cycle de sonates de Beethoven

Rassurez-vous, il y a aussi un solide Steinway moderne sur lequel on pourra entendre en récital Imogen Cooper, Janina Fialkowska, Gabriela Montero et Charles Richard-Hamelin. Le pianiste dominant en janvier est Louis Lortie, qui donne cinq récitals pour achever le cycle de sonates de Beethoven qu’il a commencé mais que, pour des raisons évidentes, il n’a pu terminer en 2020. Une autre célébration reportée de l’année du 250e anniversaire de Beethoven (c’est-à-dire 2020) concerne les symphonies telles que transcrites pour piano solo par Liszt. Ces concerts reprennent là où ils se sont arrêtés avec six pianistes différents.

Plusieurs sont Montréalais. « Aujourd’hui encore, je suis impressionnée par la qualité de la création musicale à Montréal et au Québec, dit Mme Lagacé. Je suis très fière de ce que font nos musiciens. » Le claveciniste Luc Beauséjour et la contralto Marie-Nicole Lemieux sont deux exemples de musiciens locaux bien connus.

Parmi les musiciens étrangers de renom, citons le ténor allemand Christoph Prégardien, qui se produit avec deux groupes canadiens, Pentaèdre et le Quatuor Arthur-Leblanc. Le Dover Quartet, basé au Curtis Institute of Music de Philadelphie, est également de la partie. Le violoniste letton Gidon Kremer se produit avec sa formation Kremerata Baltica dans une soirée Bach-Piazzolla. Le Philip Glass Ensemble nous rend visite le 17 mars avec un programme comprenant la première canadienne – plus de 50 ans après le fait – de Music in Eight Parts du compositeur. (Glass ne fait pas partie des interprètes.)

« classique de tous les genres »

D’autres concerts contemporains, des programmes de jazz 5 à 7 et des rendez-vous de musique du monde sont prévus. Le soir précédant l’ensemble Glass, vous pourrez entendre l’oudiste d’origine syrienne Nazih Borish. Autre attraction de la série Odyssées, le chanteur et musicologue camerounais Gino Sitson, établi à New York, donne une conférence à l’auditorium Maxwell Cummings le 27 octobre avant son concert à la salle Bourgie le 28 octobre.

« C’est du classique de tous les genres, explique Lagacé. Je ne fais pas de pop et je n’en ferai jamais. Il faut que ce soit clair. »

L’une des offres les plus incontestablement classiques de cette saison est une série de quatre programmes, organisée avec le Centre de musique romantique française de Venise, en l’honneur du bicentenaire de la naissance de César Franck (1822-1890). Ce compositeur d’origine belge est rarement considéré comme un favori du public.

« Si dix-sept personnes découvrent César Franck, je serai heureuse et fière, affirme Mme Lagacé. Je me dirai que j’ai fait une bonne action. Pas besoin que ce soit un million de personnes. »

La salle Bourgie vend tout de même des dizaines de milliers de billets chaque saison. « Les spectateurs sont attachés à la salle et reviennent sans cesse. Demandez à n’importe quel spécialiste du marketing, il vous dira que cinq fois par an est une fréquence élevée d’assistance. Trois à cinq fois – ils sont nombreux. Mais beaucoup viennent 20, 25, 30 fois. C’est incroyable. »

Bryan Campbell, professeur retraité de Concordia, est ce qu’on pourrait appeler un fanatique modéré qui assiste à une quinzaine de concerts à la salle Bourgie par saison. « Malgré tout, l’offre attrayante et variée implique des choix difficiles, dit-il. L’expérience d’écoute est intime, la salle est un bijou. Et les vitraux Tiffany ajoutent certainement au plaisir. »

La grande diversité de la programmation de la salle Bourgie est clairement à l’origine du nombre élevé de concerts et du taux de fréquentation global d’environ 75 %. On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’une bonne stratégie commerciale, mais cela reflète plutôt l’éducation et les goûts personnels de Mme Lagacé. Son père Bernard Lagacé et sa mère Mireille Lagacé sont des organistes réputés. (Ce dernier, fait intéressant, était organiste à l’église Erskine and American lorsqu’il y avait une congrégation active.)

« À 14 ans, j’aimais la musique de la Renaissance, la musique contemporaine et romantique, les grands ensembles et la musique de chambre, dit Lagacé. J’étais omnivore. J’allais tout voir. Et je n’ai jamais cessé. »

Elle n’a que faire des diffusions en ligne, un format qui ne lui plaît pas personnellement et qui n’a pas de sens économiquement. « Je fais parfois l’effort d’écouter une diffusion en ligne et je finis par cuisiner, dit-elle. Je ne peux tout simplement pas m’asseoir devant un écran pour écouter un concert. Cela ne me procure aucune joie. Je veux être là, entendre les vibrations de l’instrument. »

Peu de gestionnaires musicaux peuvent prétendre à la connaissance exhaustive du répertoire et de la scène musicale montréalaise de Lagacé. Il est donc un peu troublant d’apprendre qu’elle prévoit prendre sa retraite à la fin de 2022.

Le court terme est solide. La fondation Arte Musica prend en charge les salaires et les dépenses fixes de la salle Bourgie, ce qui rend les cachets des artistes une question de mathématique de billetterie. Bien qu’il soit difficile de prédire le comportement du public lorsque la menace de la COVID s’estompera, il est probable que la salle, qui peut accueillir un maximum temporaire de 250 personnes, fera plusieurs fois salle comble.

À plus long terme ? La continuité semble être la voie la plus sûre. Mme Lagacé envisage même de reprendre son cher cycle de cantates de Bach lorsqu’il prendra fin en 2022.

« J’espère que la salle Bourgie sera encore là dans 100 ans, honnêtement, dit-elle. Un endroit où se rendre dans trois, quatre générations à partir de maintenant. C’est ce que j’espère. »

Traduction par Mélissa Brien

Dossier Salle Bourgie

 

www.mbam.qc.ca/salle-bourgie

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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