Infusion baroque – le nouveau infusé dans l’ancien

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L’ensemble Infusion Baroque a tout pour lui : une virtuosité brillante, une intégrité musicale et une présence sans pareille dans les concerts. Grâce à leurs interprétations novatrices et souvent interactives, ces musiciennes offrent une approche progressive et accessible, rarement vue dans le monde essentiellement sérieux de la musique savante.

Le mandat derrière le nom

Ce quatuor féminin aux talents multiples (Sallyne Amawat, violon baroque; Rona Nadler, clavecin; Alexa Raine-Wright, flûte et flûte à bec baroque et Andrea Stewart, violoncelle baroque) s’inspire de tout avec humour et curiosité. Son nom résulte même d’un exercice de libre association. Nadler se souvient : « Nous savions que nous voulions quelque chose qui dépasse l’expérience de concert traditionnelle. D’une certaine manière, nous voulions « infuser » dans nos prestations quelque chose de spécial. Nous parlions de tout cela autour d’une tasse de thé et c’est là que nous avons trouvé le nom parfait pour notre groupe. »

Le quatuor, dont les membres se sont rencontrées alors qu’elles étaient étudiantes à McGill, a joué en tant qu’Infusion Baroque en 2013. Le programme phare s’intitulait L’Art de Corelli. À cette époque, le groupe intégrait déjà des éléments multimédias et interactifs dans ses concerts. L’année suivante, Infusion Baroque a franchi une étape décisive en remportant le grand prix et le prix du public au concours de musique baroque Early Music America. Ce prestigieux prix a non seulement valu à l’ensemble une bourse substantielle, mais il a également permis à Infusion Baroque de se produire avec de grands diffuseurs de musique en Amérique du Nord. Ses membres ont même joué ensemble en Asie.

Photo : Danylo Bobyk Photography

Hors des sentiers battus

Leur premier enregistrement, composé d’œuvres de C.P.E. Bach – l’un des compositeurs préférés de Nadler – a été acclamé l’année dernière. « Il a un pied dans l’ère baroque et un pied dans l’ère classique, dit-elle du plus célèbre fils de J.S. Bach. Ses œuvres sont si sincères et sensibles. C’est rafraîchissant parce que nous n’en entendons pas autant dans le monde classique traditionnel. »

Tandis qu’Infusion Baroque prend de l’ampleur, le groupe se consacre toujours autant à intégrer des œuvres moins connues au répertoire de concert. Le 16 novembre, le groupe lance le premier enregistrement mondial des six quintettes d’Anton Jorg Kreüsser.

« Kreüsser est un compositeur du dernier quart du XVIIIe siècle dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler, déclare Amawat. Nous l’avons découvert par hasard et il est devenu l’un des favoris de notre groupe, car sa musique est unique et originale. Nous aimons offrir ce genre d’originalité au public, car d’une certaine manière, nous jouons alors de la nouvelle musique. »

Dans les coulisses

Nadler explique comment le groupe propose une programmation aussi innovante : « Chaque idée vient différemment. Souvent, une chose mène à la suivante. Par exemple, l’idée du programme Who Killed LeClair? est née d’un concert dans lequel je jouais et qui avait lieu dans une église plutôt effrayante. Je me souviens avoir pensé que ce serait un excellent endroit pour faire un concert de meurtre-mystère. »

Beaucoup plus tard, quand le quatuor a découvert qu’un de leurs compositeurs préférés, Jean-Marie LeClair, avait été victime d’un meurtre jamais tout à fait résolu, il a semblé juste de présenter sa musique dans un format meurtre-mystère.

« Nous avons deux versions de Who Killed LeClair?, explique Amawat. Un programme traditionnel dans lequel nous racontons l’histoire au public avec fin interactive. Dans l’autre, nous organisons une soirée de meurtre-mystère complète, avec des costumes et de la bière. Nous faisons toujours rire le public. »

Le rire peut faire sourciller dans un concert de musique classique, mais cette irrévérence fait partie des raisons pour lesquelles Infusion Baroque réussit si bien à cultiver un public nouveau et ancien.

Nadler ajoute : « Nous avons un public nombreux qui n’a encore jamais assisté à un concert de musique classique. La clé est généralement de leur faire passer le seuil de la porte, puis de leur montrer l’humanité derrière toute cette musique écrite il y a si longtemps. Une fois qu’ils ne se sentent plus intimidés, les auditeurs s’ouvrent et réagissent à la musique. »

Malgré tout ce plaisir, le groupe veille toujours à ce que le plat de résistance soit la musique elle-même. « Dans un concert typique, nous pouvons jouer une pièce ou deux, puis parler de la pièce ou de son compositeur, explique Nadler. Mais nous ne dramatisons pas le jeu lui-même. Tout sert l’intégrité de la musique. Nous essayons toujours de jouer aussi musicalement et authentiquement que possible. Nous laissons la musique parler d’elle-même. »

Photo : Danylo Bobyk Photography

Voyages marquants

La plupart des moments inoubliables d’Infusion Baroque ont eu lieu lors de la diffusion de la musique à un public nouveau et inattendu.

« L’un de nos concerts éducatifs à Houston a attiré environ 150 élèves de la maternelle à la deuxième année, se souvient Amawat. Pour la plupart des étudiants, c’était la première fois qu’ils entendaient de la musique baroque, voire de la musique classique. »

« La connexion que nous avons établie était vraiment émouvante. Quelques jours après notre départ de l’école, des enfants nous ont dit qu’ils “aimaient nos chansons” ou que nous avions joué leur “concert préféré”. C’était vraiment émouvant de pouvoir partager cette musique si proche de nous. »

Parmi les autres activités marquantes, citons le travail avec des étudiants du secondaire à Milwaukee et des étudiants universitaires en Thaïlande. « C’est tellement stimulant de travailler avec des personnes aussi sensibles et assoiffées de connaissances », fait remarquer Amawat.

Dans cette optique, Infusion Baroque espère travailler sur encore davantage de projets éducatifs qui visent à rendre la musique accessible. « En fin de compte, il s’agit de raconter les histoires des vraies personnes derrière toute cette musique, dit Amawat. Ces histoires, telles que racontées dans nos concerts, sont une chose à laquelle tout le monde peut s’identifier. Nous voulons donner cette chance à de plus en plus de gens. »

Nadler ajoute : « Je pense qu’une des raisons pour lesquelles nous parvenons à communiquer notre musique à divers publics est que nous n’avons pas peur de divertir, de faire rire si la musique s’y prête. Nous essayons de ramener le côté humain et de rendre ces “grands compositeurs” un peu plus faciles d’approche. »

Photo : Danylo Bobyk Photography

L’art comme inspiration

Le thé a peut-être inspiré le nom du groupe, mais les membres d’Infusion Baroque se réfèrent à la vie, à d’autres formes d’art et à la lecture comme sources d’inspiration. Nadler raconte : « Je ne pratique pas cette forme d’art, mais j’adore danser. La chose importante à propos de la danse est qu’il y a toujours un rythme, peu importe la vitesse. Je cherche ce groove quand je joue. Cet élément viscéral de la musique est ce qui la rend si intéressante. »

Traduction par Sébastien Daigle

Le lancement du tout premier enregistrement des six quintettes de Georg Anton Kreüsser par Infusion Baroque a lieu le 16 novembre 2018. Les fans peuvent également s’attendre à une série Web sur le projet Virtuosa à partir du début 2019. www.infusionbaroque.com

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A propos de l'auteur

Carol Xiong is ever-interested in connecting disparate cultures and human experiences. She holds a Bachelor of Music with honours in piano performance and music theory from the Eastman School of Music, as well as an ARCT with first class honours with distinction, in piano performance. She is currently pursuing her master's degree in piano interpretation at the Université de Montréal. You may find out more about her here: www.carolxiong.com

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