Le 17 mars dernier, l’Ensemble Caprice revenait à la 9e salle du Centre Eaton dans une formation à huit musiciens pour offrir un autre voyage à travers l’Europe du XVIIIe siècle. Matthias Maute et ses collègues avaient célébré, quelques mois plus tôt, le brassage culturel entre la musique de Vivaldi et celles des nomades de l’époque. Cette fois, ils ont rendu hommage au génie de Telemann, compositeur qui s’est lui aussi inspiré de sonorités et de rythmes que beaucoup appellent encore tziganes.
Maute s’est montré particulièrement volubile dans ses rôles de flûtiste, directeur musical et animateur de concert. Si certains traits d’humour sont recyclés, concert après concert, d’autres n’avaient encore jamais été entendus de sa bouche et ont été très appréciés de l’auditoire.
Cette ambiance bon enfant allait de paire avec l’interprétation de musiques dites « nomades » issues du vaste recueil Uhrovska, désormais incontournable dans le répertoire de l’Ensemble Caprice. Ces musiques sont chaleureuses, sympathiques, mais elles finissent par toutes se ressembler. Leur intérêt artistique paraît relativement limité comparé à celui des concertos de Telemann, aussi captivants que recherchés. Par ailleurs, on a beaucoup aimé redécouvrir la chaconne modérée, œuvre phare du compositeur pourtant mal identifiée dans le programme. On s’étonne aussi de l’absence de mention de Ma bergère est tendre et fidèle, interprétée avec beaucoup de finesse par le ténor et guitariste Kerry Bursey.
Tous les autres musiciens, à une exception près, ont aussi offert de belles prestations. Certes, les flûtes avaient des volumes disparates, Matthias Maute outrepassant le nécéssaire, mais il y avait du relief, un beau phrasé. Sophie Larivière, quant à elle, s’est bien illustrée dans les passages solo du Concerto en mi mineur. Jean-Christophe Lizotte, au violoncelle, et Ziya Tabassian, aux percussions, ont livré des attaques précises et garanti une solidité dont tout ensemble a besoin.
De son côté, Tanya LaPerrière a bien fait sonner le timbre de son violon baroque, jouant chacune de ses lignes avec générosité, sans déchet ni perte de vibration. Son souci de sculpter un son homogène avec Lucie Ringuette, premier violon, n’est pas passé inaperçu. Encore fallait-il que sa collègue réponde à l’appel. Or, des sons parasites à répétition comme des frottements métalliques, dès l’ouverture, ont émaillé son interprétation et entâché la qualité globale du concert.
Enfin, la soprano Janelle Lucyk a montré la forme qui était la sienne avec le duo Ménestrel, le 3 mars dernier dans cette même salle. On peut seulement regretter, notamment dans la cantate Ertrage nur das Joch der Mängel, sa tendance à trop verser dans l’émotion vériste, comme si elle chantait aux bords des larmes. On était ici plus proche de Puccini que de Telemann.
Prochain concert produit par l’Ensemble Caprice : Concert for Nowruz, le 28 mars à la salle Joseph Rouleau, en hommage à la musique persane… et au peuple iranien. Pour les détails: https://www.ensemblecaprice.com/concert/trio-samazi
