Quelques grands ténors canadiens

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En ce 150e anniversaire de la Confédération, il est de mise de rendre hommage aux grands artistes que le Canada a produits au cours de son histoire. Cet article est consacré à certains des plus grands ténors canadiens. Leur talent et leur brillante carrière ne doivent pas nous faire oublier que nos grandes institutions comme CBC et Radio-Canada font de moins en moins de place à nos artistes. La programmation consacrée au développement des talents canadiens a été constamment réduite et ce problème doit être résolu.

J‘ai choisi pour cet article quatre ténors : Raoul Jobin, Léopold Simoneau, Jon Vickers et Ben Heppner. Je les ai choisis parce que chacun d’entre eux a marqué le chant classique d’une façon particulière.

Raoul Jobin (1906-1974), né dans une famille modeste de Québec, a été premier ténor à l’Opéra-Comique de Paris dès les années 1930 et premier ténor au Metropolitan Opera de New York dans les années 1940, en plus de chanter sur plusieurs autres grandes scènes internationales. Avec Georges Thill, il est devenu le premier ténor du répertoire français de son époque. Parmi les opéras dans lesquels il a le plus brillé on compte Carmen de Bizet, Faust et Roméo et Juliette de Gounod, Werther de Massenet de même que Lohengrin et les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Il était ténor lirico-spinto, c’est-à-dire ténor lyrique avec une capacité de puissance lorsque requis. Jobin croyait fermement que l’expression dramatique doit passer d’abord et avant tout par la clarté de la diction, la justesse de l’intonation et le respect de la partition. Quand on écoute son Don José dans la scène finale de Carmen, on a l’impression d’entendre cette musique pour la première fois, tant elle est dégagée de tout mélodrame. Il avait le timbre chaud et l’aigu claironnant, un aigu projeté sans qu’on sente l’effort. Mis à part sa carrière de chanteur, Jobin a été entre autres professeur de chant au Conservatoire de musique de Montréal puis directeur du Conservatoire de musique de Québec de 1961 à 1970.

Léopold Simoneau (1916-2006) a été le plus grand ténor lyrique mozartien des années 1950 avec Anton Dermota. Lui aussi issu d’un milieu modeste, après ses premières armes au Québec, il s’est fait connaître en France à la fin des années 1940 puis sur les plus grandes scènes internationales. Il a fait carrière solo et en duo avec son épouse Pierrette Alarie qui était une excellente soprano colorature. Bien qu’il ait beaucoup chanté le répertoire français et abordé le répertoire italien, c’est dans l’opéra mozartien qu’il a fait ses plus hautes contributions. Nous sommes chanceux qu’il ait laissé une imposante discographie qui comprend notamment les rôles-titres de ténor de Cosi fan Tutte, La Flûte enchantée et L‘Enlèvement au sérail de Mozart de même que les Pêcheurs de perles de Bizet et Orphée et Eurydice de Gluck. Ces enregistrements font encore autorité aujourd’hui. La voix essentiellement élégante et posée de Simoneau n’est jamais plus séduisante que lorsqu’il lui donne un élan d’enthousiasme juvénile qui la sort un peu de sa réserve. Écoutez son Tamino de La Flûte enchantée dans l’enregistrement de Karl Boehm et vous entendrez le jeune homme amoureux prêt à défier la mort pour sa bien-aimée. On découvre un Simoneau éclatant qui demeure élégant. Simoneau a lui aussi été professeur et responsable de la direction artistique de l’opéra du Québec en 1971.

Avec Jon Vickers (1926-2015), né à Prince Albert en Saskatchewan, on entre dans un univers totalement différent, celui du ténor dramatique, appelé ténor héroïque quand la puissance de la voix permet l’incursion dans le lourd répertoire wagnérien. Il a marqué entre autres les rôles de Tristan, de Florestan, d’Otello et de Peter Grimes dans une carrière qui s’échelonne de la fin des années 1950 à la fin des années 1980. Son Florestan dans l’enregistrement de Fidelio sous Klemperer est encore aujourd’hui considéré comme une des grandes interprétations vocales sur disque. La voix de Vickers est une voix de cathédrale, une voix qui projette dans les grands espaces, d’une puissance inouïe. Insistant beaucoup sur le dramatisme de l’interprétation, il modulait constamment sa voix pour y introduire le contraste et la nuance qu’on jugea parfois excessifs, mais il croyait à l’identification dramatique du chanteur. Il y croyait y compris sur scène où il était un des rares chanteurs à chercher à représenter le personnage par son jeu scénique. Vickers était fermier même au faîte de sa carrière, combinant musique et travail aux champs, gardant les deux pieds sur terre !

Et que dire de Ben Heppner (1956-), né à Murrayville en Colombie-Britannique, ce grand ténor lyrique devenu ténor dramatique. Lui aussi s’est établi internationalement entre autres comme un remarquable Tristan, Florestan, Otello et Peter Grimes. Il a abordé ces rôles de sa voix qui pouvait affronter les moments de grande puissance avec le velouté d’une voix lyrique, sans forcer le son, ce qui contribuait à une égalité dans le registre du grave au très aigu, qui est très rare. Les rôles dramatiques sont souvent criés dans les passages aigus, surtout chez Wagner où le chanteur s’épuise, devant chanter en continu pendant des heures, mais ce n’était pas le cas de Heppner. Évidemment, cette qualité ne peut pas durer toujours et Heppner a sagement pris sa retraite en 2014 quand ce caractère velouté de la voix commençait à lui manquer et il est notamment devenu animateur à la radio.

Ces grands ténors sont un bon exemple de la qualité du milieu artistique canadien. Cette qualité est telle qu’à des moments définis, des chanteurs canadiens ont marqué l’interprétation de certains rôles et de certains types de chant lyrique.

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