Lotte Brott – Un témoignage (3e partie)

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Author : (Boris Brott)
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Boris Brott, directeur artistique de l’Orchestre classique de Montréal (OCM), est mort à Hamilton, en Ontario, le 5 avril 2022, renversé dans la rue par un chauffard qui a pris la fuite. Au moment de sa soudaine disparition, La Scena Musicale publiait le deuxième volet de son hommage à Lotte Brott, sa mère violoncelliste qui, avec son père Alexander, a cofondé l’Orchestre de chambre McGill. Pour honorer à la fois Boris Brott et sa mère, nous présentons ici la troisième et dernière partie de son hommage. Veuillez lire notre Hommage à Boris Brott (1944-2022).

Lorsque je suis revenu pour rejoindre l’équipe artistique de l’Orchestre de chambre McGill au milieu des années 1980, Lotte m’a encouragé à produire deux séries de concerts avec l’orchestre. Elle a mis sur pied un comité communautaire pour aider à faire la promotion des nouveaux concepts.

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La première série fut intitulée Les concerts des vitraux et comprenait des images d’installations de vitraux à travers le monde. Ma femme Ardyth, chargée des projections de vitraux, a passé de nombreuses heures en recherches au Metropolitan Museum de New York pour trouver des exemples de vitraux appropriés pour accompagner la musique. La série a été présentée dans la salle de bal de l’Hôtel Windsor fraîchement rénové.

La deuxième série présentait des concerts éducatifs multimédias commandités par la Gazette de Montréal et le producteur de lait québécois Natrel. Les programmes étaient centrés sur les vies des plus célèbres compositeurs (Beethoven, Haydn, Bach, Tchaïkovski, Mozart et d’autres). L’acteur Paul Latreille incarnait des compositeurs disparus « ramenés à la vie » pour être interviewés sur scène, alors que l’orchestre exécutait des extraits de leurs compositions en guise d’illustrations musicales. La Gazette consacra cinq pages entières – une par semaine – pour illustrer les notes de programme en vue de préparer les classes aux concerts. Ce fut un immense succès et nous avons rempli le Théâtre Maisonneuve six fois pour accueillir les 10 000 étudiants qui sont venus chaque année. Tout cela était inédit et constituait exactement le genre d’innovation que Lotte soutenait ardemment. Elle veillait à tous les aspects pratiques (location des salles, achat de la musique, embauche des artistes, coordination de la promotion) et jouait elle-même comme violoncelliste dans l’orchestre. Il est difficile de croire qu’une seule personne a pu accomplir toutes ces tâches !

En plus de la série annuelle de huit concerts « connaisseurs » (comme Lotte les a appelés), ma mère a organisé des tournées de l’orchestre dans dix-sept pays sur les cinq continents. Rappelons les grands moments de ces tournées internationales : en URSS (1966); aux É.-U.(1959, 1967); en Suisse et en France (1973); au Mexique (1974); en Pologne, Tchécoslovaquie et Hongrie (1978); en Amérique du Sud (1981); au Japon, en Corée et à Taiwan et Hong Kong (1987); en Belgique et au Festival des Bermudes(1989).

En formant un ensemble de classe mondiale, l’Orchestre de chambre McGill, Lotte et Alex ont été influencés par l’œuvre de Paul Sacher, chef, philanthrope et fondateur du Kammerorchester Basel.

Pour ses nombreuses contributions à la musique au Canada et au Québec, Lotte a été nommée Membre de l’Ordre du Canada et chevalière de l’Ordre national du Québec.

Sa vie ne fut pas toujours facile – en fait, elle fut tout sauf facile – et le courage de Lotte face à des défis personnels fut une inspiration pour tous ceux qui l’ont croisée.

À l’âge de 34 ans, elle a découvert une petite bosse dans un sein. Les diagnostics successifs d’éminents médecins montréalais ont déterminé qu’elle devait subir immédiatement une opération, laquelle devait initialement être exploratoire. Je me souviens du poids de la décision que mon père a dû prendre quand, après trois heures, les médecins sont venus lui dire que la tumeur était maligne et qu’il leur fallait pratiquer une mastectomie radicale. Lotte étant toujours sous anesthésie, il revint à Alex de prendre pour elle une décision qui allait changer sa vie.

Comme à son habitude, elle a surmonté ce revers avec grâce et courage. Le chirurgien, le Dr Francis McNaughton, un abonné à notre Orchestre de chambre McGill et la connaissant donc, a réussi à épargner les muscles sous son bras afin qu’elle puisse continuer à jouer. À sa sortie de la salle de réveil, Lotte – après avoir d’abord demandé son maquillage, un peigne, un miroir et une chemise de nuit – se mit immédiatement à planifier un récital qui devait avoir lieu dix semaines jour pour jour après son opération. Faisant fi de la douleur, elle fit apporter son violoncelle à l’hôpital dès que possible et entreprit de grimper le mur avec sa main gauche, pouce par pouce, afin de se remettre à jouer. Il fut à la fois horrifiant et admirable de la voir vaincre un à un des obstacles qui paraissaient insurmontables. Elle a donné son récital, a joué bellement et elle a continué à jouer professionnellement pour encore trente-huit ans !

Cela ne fut que la première d’une série de graves embûches d’ordre médical. Elle dut subir une deuxième opération pour le cancer vingt ans plus tard, puis elle reçut un diagnostic de sclérose en plaques, une maladie qui grugea peu à peu sa mobilité physique pendant trente-deux ans. Ces épreuves ne la rendirent que plus forte sur le plan émotionnel et, en réalité, l’ont fouettée alors qu’elle a dû surmonter avec courage une suite d’opérations si nombreuses qu’il fallait des heures pour établir au complet son passé médical.

La première opération a eu lieu à une époque où les médecins n’étaient pas toujours des plus subtils lorsque des chirurgies massives étaient requises. À la suite de l’intervention, des canaux lymphatiques ligaturés dans son bras droit s’infectaient souvent, causant de l’œdème. L’une de ces infections s’est répandue dans son sang et a affecté le cœur et la valvule cardiaque et c’est ce qui l’a finalement emportée.

Sa mort, en janvier 1998, alors qu’elle approchait ses 75 ans, est venue beaucoup trop tôt ! Mais l’esprit de Lotte est toujours avec nous et demeure une inspiration.

L’OCM célèbre ses 84 ans de concerts. Sous son nouveau nom, l’Orchestre classique de Montréal, il continue d’illustrer sa philosophie volontaire. Lotte et Alex ne sont pas des modèles faciles à suivre et pourtant, lorsque je me sens déçu ou découragé, je repense à son esprit indomptable. Notre équipe de gestion, dirigée par Taras Kulish, travaille étroitement avec moi – comme le firent ma mère et mon père – pour continuer de garder l’Orchestre classique à l’avant-plan de l’activité musicale à Montréal.

Pour toutes ces raisons, je suis fier d’honorer la mémoire de Lotte Brott comme Femme de distinction de l’Orchestre classique en ce centième anniversaire de sa naissance.

Cela conclut notre hommage en trois parties à Lotte Brott écrit par son fils Boris Brott, directeur artistique de l’OCM. Les premiers volets ont paru dans les numéros de février-mars et d’avril-mai et sont toujours accessibles en ligne.

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