Nouvelles de l’industrie

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CAMI tire sa révérence

L’agence artistique la plus connue au monde, Columbia Artists Management Inc., a fermé ses portes définitivement le 31 août dernier, laissant Mirga Gražinytė-Tyla, Valery Gergiev, Anne-Sophie Mutter, Gidon Kremer, Maurizio Pollini, Denis Matsuev et plusieurs autres musiciens de renommées internationale sans représentation artistique. À son apogée, l’agence américaine se ventait de représenter “presque deux tiers des artistes les plus célèbres en Amérique”. Parmi eux l’on retrouvait Leontyne Price, Elisabeth Schwarzkopf, Renata Tebaldi, Risë Stevens, Marian Anderson, Jussi Björling, Mario Lanza, John McCormack, Lauritz Melchior, Richard Tucker, George London, Paul Robeson, Van Cliburn, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz, Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovich, Herbert von Karajan, Eugene Ormandy, Antal Dorati, Otto Klemperer, Leonard Bernstein, Aaron Copland, Igor Stravinsky, Sergei Prokofiev, Sergei Rachmaninoff… et j’en passe ! « Cette décision douloureuse a été prise en raison des effets de la pandémie mondiale sur l’ensemble de la communauté internationale des arts du spectacle », peut-on lire dans la déclaration superficielle sur le site web. 

Turandot à Taïwan

La preuve du succès de Taïwan dans la lutte contre le coronavirus est arrivée les 28 et 29 août sous la forme de représentations à guichets fermés de Turandot de Puccini – les plus grandes représentations publiques en salle depuis le début de l’épidémie, selon le Centre national des arts de Kaohsiung. Chacune de ces représentations a réuni 260 artistes sur scène et dans la fosse devant un public de 1 800 personnes. La production de 2015 a été vue, entre autres, à l’Oper am Rhein de Duisburg. Le chef d’orchestre et directeur artistique Chien Wen-Pin a déclaré l’année dernière : « J’admire le courage et la confiance de nos collaborateurs en Allemagne, ainsi que le fait qu’ils soient prêts à laisser une équipe de création et de conception entièrement taïwanaise prendre en charge la nouvelle production ». Des images de la production suggèrent des décors abstraits mais fidèles à l’époque où se déroule l’action. 

Bach est de retour

Le Festival Bach de Montréal a publié une note cryptique mais encourageante selon laquelle il y aurait bel et bien une édition 2020, du 19 novembre au 6 décembre, avec un concert en prélude le 7 novembre. Des événements en direct et en ligne feront partie de la programmation. D’autres sources nous confirment que Yannick Nézet-Séguin dirigera l’Orchestre Métropolitain dans la Messe en si mineur de Bach à la Maison symphonique les 5 et 6 décembre. Lors des années précédentes, la collaboration se faisait avec Kent Nagano et l’OSM. Le festival a été contraint d’annuler un récital très attendu de Lang Lang en mai dernier. Aucune reprogrammation en 2020 ou 2021 n’a été possible. Canimex est le partenaire principal du festival.

D’autre part…

Le Théâtre du Bolchoï à Moscou, fermé depuis mars, a été contraint d’annuler la dernière représentation Don Carlo de Verdi. Ildar Abdrazakov, l’interprète du rôle de Philippe II, a été testé positif au coronavirus. « Je me suis senti mal, une légère fièvre est montée », a affiché sur les réseaux sociaux la basse, ajoutant sur une note optimiste : « Le plus important est qu’un début a été fait, et comme nous le savons tous : la beauté et l’art sauveront le monde ! » Les stratégies de gestion du virus varient grandement selon les lieux et certaines personnes sont plus pessimistes que d’autres. Music Toronto, suivant l’exemple lâche du Toronto Symphony Orchestra, a abandonné son programme 2020-21. Quelques organisations prolongent les mauvaises nouvelles jusqu’à la saison prochaine. La pianiste Angela Hewitt a annoncé sur Facebook en août qu’elle avait reçu un avis d’annulation pour un concert qui devait prendre place en novembre 2021 : « Il s’agit d’un concert prévu dans l’hémisphère sud, c’est tout ce que je dirai – et le promoteur était un orchestre. C’est déprimant. Cela va encore durer longtemps ».

Un retour réjouissant au chant choral à McGill

« …Rejoignez-nous cet automne pour repenser, redécouvrir, redéfinir, réinventer, recréer et remodeler le chant choral. »  Tel est l’appel lancé à la mi-août sur Facebook par Jean-Sébastien Vallée, le directeur des études chorales à l’École de musique Schulich. Le programme annoncé comprendra plus de 20 événements sous l’égide de « ReVoice ». D’après une lettre adressée à des futurs étudiants : « Avec les conseils de nos invités et à travers des projets hebdomadaires, nous explorerons des sujets importants tels que l’appropriation culturelle, la lutte contre le racisme dans la musique classique, la transition de la voix des transgenres et le travail avec des artistes autochtones. Une question subsiste : restera-t-il du temps pour les répétitions ?

Klaxonnez si vous aimez Beethoven

L’un des projets les plus fantaisistes de l’été s’est avéré être un concert prenant place le 5 août au stationnement P-5 de l’aéroport Montréal-Trudeau. Jacques Lacombe et l’OSM ont donné ce qui était probablement la première exécution de la Cinquième Symphonie de Beethoven à cet endroit devant un auditoire composé d’automobiles et de leurs occupants provenant du même foyer. L’ouverture de La Flûte enchantée de Mozart, Le tombeau de Couperin de Ravel et deux extraits de Don Giovanni, également de Mozart (la soprano Hélène Guilmette et le baryton Jean-François Lapointe) étaient aussi au programme. Comme au ciné-parc, un signal FM était à la disposition des spectateurs. Les applaudissements vigoureux retentirent sous la forme de klaxons et de feux clignotants. « Dans la vie “normale”, je passe mon temps soit devant un orchestre, soit dans un aéroport », a déclaré Jacques Lacombe dans une entrevue avant la représentation. « Cette fois, je ferai les deux. ”

La Salle Claude Champagne prend de l’expansion

La salle Claude Champagne de l’Université de Montréal dispose d’une nouvelle plateforme – littéralement. La Faculté de musique a élargi la scène pour couvrir le parterre afin de permettre des répétitions respectant la distanciation sociale entre les musiciens. Vous pouvez visionner une vidéo en accéléré du processus (qui prend plus de quatre jours à compléter!) sur la page Facebook de la faculté (https://www.facebook.com/MusUdeM). L’université a également mis en ligne une liste importante des cours offerts en personne et en ligne.

« Nous ne voulons pas vivre dans un pays où l’on doit être “woke” et où l’on s’excuse constamment »

« Sérieusement, quand est-ce que le monstrueux régime de vandales gauchistes laissera tranquille notre culture et nos traditions ? » Telle était la question posée par Allison Pearson dans un article du 25 août dans le Telegraph sur la question largement débattue de ce qu’il faut faire (ou ne pas faire) des paroles nationalistes de Rule, Britannia ! de Thomas Arne et de la version chorale (Land of Hope and Glory) de Pomp and Circumstance March No. 1 d’Elgar. Les rumeurs de l’annulation par la BBC de ces éléments autrefois indispensables de la “Last Night of the Proms” ont provoqué un tollé général et même une critique du Premier ministre britannique Boris Johnson. L’organisation a fini par revenir sur sa décision et a permis à une petite cohorte de chanteurs de prononcer les paroles prétendument offensantes devant une salle vide. La principale chef d’orchestre invitée de l’Orchestre symphonique de la BBC, Dalia Stasevska, a été entraînée dans la controverse. Cette Finlandaise d’origine ukrainienne dirigera l’OSM en décembre. 

Domingo, toujours Domingo.

Plácido Domingo est retourné en Europe en août afin d’accepter le prix Österreichische Musiktheaterpreis – le Prix autrichien du Théâtre Musical. Ces prix (il y a 20 catégories) ont été créés en 2012 pour honorer « le travail exceptionnel dans les maisons d’opéra et les théâtres en Autriche ». La remise des prix a eu lieu dans le cadre inhabituel de l’aéroport W.A. Mozart de Salzbourg. Le ténor espagnol, devenu baryton, bouleversé par des allégations de harcèlement, a également dû faire face au COVID-19.  « …Je me suis promis que si j’en revenais vivant, je me battrais pour sauver mon honneur », a déclaré Domingo au journal italien La Repubblica. « Je n’ai jamais abusé de personne. Je le répèterai tant que je vivrai. » Domingo a également déclaré à La Repubblica qu’il regrettait la formulation des excuses qu’il avait présentées au printemps dernier. « La présomption d’innocence dans mon cas s’est effondrée lorsque les médias ont publié un texte de mes excuses », a déclaré M. Domingo. En tout cas, la vedette bientôt octogénaire ne manque pas d’engagements en Europe. Son agenda cet automne – après deux concerts en août à l’Arena di Verona – comprend des représentations à l’Opéra d’État de Vienne (le rôle titre dans Simon Boccanegra de Verdi) et au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino (Nabucco) ainsi qu’un concert à la Scala de Milan. Aucun engagement en Amérique n’est répertorié sur son site web.

Des bonnes nouvelles

Des chercheurs de l’université de Bristol ont découvert que le chant et le fait de parler sont indissociables lorsqu’on observe les phénomènes de propagation du COVID-19. Cependant, le volume de la voix parlée ou chantée peut faire une différence. Cette conclusion va à l’encontre de l’idée répandue selon laquelle le chant choral est une pratique qui répand le virus de manière dangereuse. Les détails de l’étude britannique sont disponibles sur le site www.bristol.ac.uk/news. En parallèle, des épidémiologistes de l’hôpital de la Charité à Berlin ont recommandé le port du masque lors de concerts, mais concluent que les salles peuvent accueillir le public à pleine capacité de manière sécuritaire pour des concerts classiques grâce au comportement ordonné des amateurs de cette musique. « Le public classique est très spécial, généralement bien éduqué et discipliné ; il ne parle pas, s’en tient généralement aux règles et ne s’assoit pas les uns en face des autres », a déclaré Stefan Willich, directeur de l’Institut de médecine sociale et d’épidémiologie de la Charité, au Irish Times.

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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