L’esprit de Sainte Kateri revient en terre mohawk

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Kateri Tekakwitha a longtemps fait partie du programme scolaire québécois. Jeune fille mohawk du XVIIe siècle qui demanda à être baptisée à l’adolescence et a fait vœu de chasteté, elle est devenue en 2012 la première personne autochtone d’Amérique du Nord à être canonisée. Les artistes autochtones lui paient maintenant leur propre forme d’hommage en présentant Saia’tatokénhti: Honoring Saint Kateri, une présentation multimédia de 35 minutes avec musique de la compositrice Odawa Barbara Croall, paroles de l’écrivain mohawk Darren Bonaparte et visuels et chorégraphie par le réalisateur autochtone colombien Alejandro Ronceria.

La première le 19 octobre à 19 h 30 à l’église catholique de Kahnawake sera suivie d’une représentation le 20 octobre à 20 h à l’église Saint-Jean-Baptiste. Les deux concerts sont présentés et interprétés par l’Orchestre de chambre McGill sous la direction de Boris Brott, à qui Croall attribue l’idée originale.

On pourrait soutenir qu’un traitement musical et théâtral de Kateri Tekakwitha a trop tardé. La dévotion et le zèle du « lys des Mohawks » ont attiré l’admiration des jésuites de la mission Saint-François-Xavier (aujourd’hui la réserve de Kahnawake). Les chrétiens iroquois sont devenus convaincus de ses pouvoirs spirituels.

Barbara Croall

Spiritualité autochtone

Il y a inévitablement un débat sur la conversion de Kateri, dont Croall (sa mère a fréquenté un pensionnat) est tout à fait au courant. « Comme vous le savez, beaucoup d’autochtones ont le sentiment que [la conversion]leur a été imposée, dit Croall. D’autres personnes pensent différemment et pensent que c’était un choix. »

« Quand je parle aux aînés de Kahnawake et de Kanasatake et aux aînés de ma communauté de confession catholique, ce qu’ils décrivent comme leur foi chrétienne diffère de la forme européenne. Ils chantent des hymnes dans leur langue. Dans leur esprit, ils ont transformé le catholicisme. Si vous assistez à un service à Kahnawake ou un service autochtone en Méso-Amérique, vous remarquerez une différence. Marie est au sommet. C’est parce que la divinité féminine au sommet était la déesse du maïs. C’est un système de croyances matriarcal.

« Quand je comprends l’importance de sainte Kateri pour les peuples autochtones d’ici, pas seulement les Mohawks, mais de nombreux milieux, je pense à un lien avec la Femme du Ciel. Beaucoup d’histoires de création parlent du premier homme sur terre, comment ils sont venus sur terre. Dans beaucoup d’histoires autochtones, cette personne est une femme. »

Même si Croall n’a pas été élevée dans la foi catholique, sa communauté de l’île Manitoulin l’a encouragée à communiquer avec le divin.

« Tous mes souvenirs sont reliés au temps passé avec les aînés, dit-elle. Et de mes parents me disant que si vous voulez prier ou vous sentir proches d’un être supérieur, Manitou, c’est toujours dans la nature, dans les bois. Je pense que la voie spirituelle la plus pure vers le créateur, si nous voulons l’appeler ainsi – sans sexe particulier, même – est simplement d’être proche de la nature. C’est le plus proche que nous puissions être d’une conscience spirituelle plus élevée, d’un être qui prend soin de nous. »

Honorer les traditions

En tant que compositrice, Croall maîtrise de multiples traditions. Ses premiers souvenirs musicaux sont d’une berceuse traditionnelle chantée par sa mère. Ses parents ont noté son plus grand penchant pour les tambours et les jouets musicaux que pour les poupées.

Un pianiste de son quartier possédait un piano à pédale sur lequel la jeune Barbara improvisait. Des cours de piano ont suivi, aboutissant à des études de composition à Toronto. « J’ai toujours été attirée par les enseignants qui avaient une ouverture et une humanité naturelles et qui comprenaient d’où je venais », explique Croall.

L’élément environnemental des compositions de Croall est indéniable. Les triades sont rares, mais la conscience de la série des harmoniques (qui fait partie intégrante de son concept d’harmonie) est forte. The Four Directions, son premier concerto pour violon, écrit pour le regretté violoniste Jacques Israelievitch, est basé sur les cordes ouvertes du violon représentant les quatre vents.

Saia’tatokénhti: Honouring Saint Kateri utilisera l’orchestre de chambre de manière créative. « Les cordes peuvent faire tellement de choses », s’exclame Croall. Les timbales baroques rendent hommage à l’ère des missions et de la Nouvelle-France. Le seul percussionniste invoquera des sons traditionnels avec des instruments contemporains. « J’ai toujours porté attention aux instrumentistes non autochtones devant jouer d’un instrument autochtone sans en connaître les protocoles », déclare Croall.

En tant que membre d’un peuple anishinaabe, Croall a pris soin de consulter les aînés mohawks sur le contenu musical. Bonaparte est Mohawk et a été élevé dans la religion catholique. Tara-Louise Montour, également une Mohawk, jouera dans la pièce sur Kateri, ainsi que dans Trickster Coyote – Lighting Elk, de Malcolm Forsyth, et Farewell to the Warriors de Régent Lavasseur. (Montour a commandé les deux œuvres.)

Croall est consciente de la controverse entourant l’appropriation culturelle et déplore le « tabloïdisme » qui l’accompagne. « Je suis vraiment contente que, dès le début, dans les projets que j’ai réalisés, nos premières considérations soient “comment” et “qui” et “pourquoi”. Chaque fois que je consulte des aînés d’origine autochtone différente, je sais comment poser des questions de manière respectueuse […] Bien entendu, les gens sont bouleversés lorsqu’ils contrôlent depuis des siècles leur propre vie et leur liberté d’expression, leur propre spiritualité, et puis quelqu’un crée quelque chose à partir de leur histoire et les remplace par quelqu’un d’autre. »

Un problème intéressant, note Croall, est la tendance à considérer les écrits comme une source primaire ou comme une recherche achevée, alors que les traditions orales et les liens familiaux sont bien plus importants.

« Je pense que les liens interculturels peuvent être respectueux et qu’ils peuvent être bien faits, dit-elle. Ils doivent être [bien faits]dès la toute première étape. Ces communications doivent être établies et maintenues. »

Traduction par Mélissa Brien

Saia’tatokénhti: Honouring Saint Kateri aura lieu le 19 octobre à 19 h 30 à l’église catholique de Kahnawake, suivie d’une représentation le 20 octobre à 20 h à l’église Saint-Jean-Baptiste. www.orchestre.ca

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto.

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