Le Festival Bach de retour en direct et avec places assises

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Être averti, c’est être préparé. « Il n’y aura pas d’entracte », peut-on lire dans l’avis au public pour la présentation du Festival Bach Montréal de L’art de la fugue à la salle Bourgie.

Les Montréalais sont maintenant habitués aux mesures qui exigent de rester assis pendant 80 minutes sans pause. Mais rester assis tout au long des 14 mouvements (chacun connu sous le formidable « contrapunctus ») de la composition d’adieu de Bach est un type particulier de séance, même lorsque les interprètes du 25 novembre sont Les Violons du Roy sous leur chef fondateur Bernard Labadie, qui signe l’arrangement.

« Sans doute un travail rigoureux, mais aussi touchant et éloquent, il affirme une perfection qui émeut le cœur autant qu’il satisfait l’esprit », précise le programme en ligne, assez pertinemment. Alexandra Scheibler, la fondatrice du festival, voit d’un bon œil le fait de se passer d’interruption.

« Avec ce type de musique, et aussi Le Clavier bien tempéré, vous êtes tellement saisi que le temps passe vite, affirme-t-elle. C’est presque un avantage de ne pas faire de pause. Votre concentration n’est pas interrompue pendant que vous flottez ou faites de la méditation ou peu importe comment vous approchez cette musique. »

La référence de Scheibler au Clavier bien tempéré n’est pas hypothétique. Le pianiste arméno-américain Sergei Babayan livrera les 24 premières des célèbres 48 paires de Préludes et Fugues dans un récital ininterrompu le 2 décembre à l’église unie St. James. « Ce n’est que le livre 1, précise Scheibler. Pas les deux livres. Ce serait un peu long. »

Certains concerts du FBM ont des entractes. Il ne serait pas pratique de jouer l’Oratorio de Noël sans interruption, même si ce concert d’ouverture du festival du 21 novembre à la Maison symphonique ne comprend que les cantates 1, 2, 3 et 6. Le chef d’orchestre tchèque Václav Luks dirige l’Orchestre et le Chœur du Festival.

Une autre grosse œuvre chorale, la Passion selon saint Jean, sera entendue le 26 novembre à l’église Saint-Édouard dans une réduction radicale pour ténor, claveciniste/organiste et percussionniste. Benedikt Kristjánsson, un Islandais connu pour son travail dans le registre de Bach, chante plusieurs rôles tout en jouant au théâtre à l’occasion.

Vue par des centaines de milliers de personnes l’année dernière lors d’une diffusion en ligne depuis la Thomaskirche de Leipzig, cette présentation, dont la première a eu lieu en 2019 dans la ville d’Esslingen, dans le sud de l’Allemagne, nécessite un chœur public de congrégation, comme Bach s’y serait attendu. C’est un défi de taille à l’ère de la COVID. Le festival rassemblera un chœur d’environ 30 amateurs convenablement distancés le long des côtés de l’église. (Vous pouvez communiquer avec le festival si vous souhaitez faire partie des élus.)

Il s’agit de la 15e édition du FBM, mais un anniversaire plus formidable − le 300e − appartient aux Concertos brandebourgeois. L’Orchestre de l’Agora interprète les six dans un ordre mixte le 25 novembre en l’église St. Andrew and St. Paul sous la direction de Nicolas Ellis.

L’Orchestre de l’Agora est un ensemble d’instruments modernes, tout comme l’Orchestre du Festival. Le FBM n’a jamais été doctrinaire sur l’utilisation des instruments d’époque, bien que les joueurs historiquement informés soient toujours représentés. Le groupe baroque local L’Harmonie des Saisons sous la direction du claveciniste et chef d’orchestre américain Eric Milnes interprétera le Magnificat à l’église Saint-Viateur le 4 décembre. La veille, ce sont les choristes et musiciens d’époque réputés du Studio de musique ancienne de Montréal qui donneront un trio de cantates populaires (dont le n° 140 « Wachet auf ») à l’église Saint-Jean-Baptiste.

Un tel concert va-t-il puiser dans le même bassin d’amateurs de Bach que des présentations plus contemporaines comme le quintette à vent Pentaèdre ? Il y aura les transcriptions de la Chaconne et d’autres œuvres le 24 novembre au Conservatoire de musique de Montréal. Albert Cano Smit (23 novembre à la salle Bourgie) et Martin Helmchen (27 novembre à la salle Pierre-Mercure) ne sont pas clavecinistes, mais pianistes.

Scheibler n’est guère friande de tribalisme musical. « Je ne crois pas à ce concept de “public baroque”, dit-elle. Je suis sûr que si un public “non baroque” entend, par exemple, Akamus [l’Akademie für Alte Musik Berlin], il sera immédiatement convaincu et constatera que c’est fantastique. Et ce sont tous des instruments d’époque. »

Une chose sur laquelle Scheibler est catégorique, après une édition 2020 du festival largement diffusée en direct, c’est la supériorité de l’écoute en personne. « Il n’y a rien de tel que le direct, dit-elle. Vous vous asseyez là et la musique vous touche d’une manière différente… Et la concentration est différente si vous êtes dans la salle. » Quelques concerts au FBM 2021 pourraient être diffusés en continu, en attendant la confirmation du financement. Au moment de mettre sous presse, il s’agissait d’une programmation entièrement devant public.

Bach n’est pas le seul de la famille à être entendu. Dans le concert Bach et Bach, Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) et Johann Christian Bach (1735-1782) sont également au programme.

Haendel est l’invité spécial de Bach à l’oratoire Saint-Joseph le 5 décembre dans un programme gratuit d’après-midi de style comparaison et contraste (sur réservation) mettant en vedette l’organiste Vincent Boucher et la Schola de l’Oratoire. Un concert donné le 1er décembre par le contre-ténor roumain Valer Sabadus avec Pallade Musica de Montréal dans l’église St. Andrew and St. Paul exclut Bach en faveur de ses contemporains Haendel, Porpora et Vivaldi. Quant au concert de clôture le 5 décembre à la Maison symphonique de l’Orchestre Métropolitain sous la direction d’Ellis, il se termine par la Symphonie n° 1 de l’un des plus grands amateurs de Bach, Felix Mendelssohn.

L’attraction vedette ne risque pas d’être éclipsée. « Bach est tellement à la base de tout ce qui est venu après, influençant tous les compositeurs classiques, dit Scheibler. Jusqu’au jazz, tout. Son impact est omniprésent. Parler de ‘’baroque’’, c’est simplement réducteur dans ce contexte. »

Pour plus de détails sur le programme, y compris de l’information sur l’Off-Festival Bach avec des concerts gratuits de 45 minutes, rendez-vous sur 
www.festivalbachmontreal.com

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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