Nouvelles de l’industrie

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Démarrez vos moteurs symphoniques

La victoire appartient aux plus rapides. Et aux chanceux. L’OSM a promis un retour à des concerts devant public quelques minutes à peine après l’annonce du premier ministre François Legault le 16 mars que les théâtres et salles de spectacle en « zone rouge » pourraient rouvrir le 26 mars. Mais l’Orchestre Métropolitain fut le premier ensemble à tenir un tel concert à la Maison symphonique, du simple fait qu’il avait réservé la salle pour le lendemain. Dirigé par Yannick Nézet-Séguin, le programme présenté à quelque 250 heureux spectateurs comprenait la Deuxième Symphonie de Brahms. D’autres concerts devant public sont prévus les 11 et 17 avril. Yannick sera à la fois soliste et chef le 17 dans le concerto pour piano K. 414 de Mozart.

L’OSM retrouve son public le 7 avril dans un programme américain comprenant le Concerto pour violon de Samuel Barber (Kerson Leong, soliste) et la Deuxième Symphonie « Song of a New Race » de William Grant Still. Cette œuvre, créée en 1937 pour le Philadelphia Orchestra dirigé par Leopold Stokowski, devait selon le compositeur représenter « l’homme de couleur d’aujourd’hui, à tant d’égards un individu totalement nouveau issu de la fusion des sangs blanc, amérindien et noir ». Le chef assistant Thomas Le Duc-Moreau dirige ce qu’on peut supposer être une première à l’OSM.

Les deux orchestres ont été actifs en ligne. À l’OSM, signalons deux programmes ­préenregistrés dirigés par la cheffe finnoise d’origine ukrainienne Dalia Stasevska. Le premier, comprenant la Première Symphonie de Chostakovitch, peut être visionné du 30 mars au 13 avril; le deuxième (Troisième Symphonie de Sibelius), du 27 avril au 11 mai. On peut aussi écouter le dernier des trois concerts de Kent Nagano (« Les adieux » de Haydn et la « Jupiter » de Mozart) jusqu’au 13 avril. On dit que l’ancien directeur musical et maintenant chef émérite de l’OSM a eu un impact considérable sur la vente de billets numériques. Vous vous souvenez de Rafael Payare ? Il commence comme directeur musical désigné en septembre et assumera entièrement ses fonctions un an plus tard.

Barcelone s’éclate

Pendant que l’OM et l’OSM accueillaient des publics de 250 spectateurs bien distancés et disciplinés, le groupe rock espagnol Love of Lesbian s’est produit le 27 mars devant un public de 5000 spectateurs au Palau Sant Jordi, un amphithéâtre sportif à Barcelone. Les spectateurs devaient porter le masque et obtenir un résultat négatif au test de COVID-19 le jour même. Aucune mesure de distanciation ne fut imposée et la danse n’était nullement interdite. « Je suis persuadé que tout ira bien et j’espère que de nombreux festivals et collègues des salles de concert pourront se servir de cette base scientifique et de nos connaissances », a déclaré Alberto Guijarro, codirecteur du festival Primavera Sound, cité par Radio France International. Cette célébration espagnole fait suite à un événement plus modeste de 500 ­personnes en décembre. Les experts de la ­fondation barcelonaise de lutte contre le sida et les maladies infectieuses entendent comparer les taux d’infection chez les spectateurs à ceux de la population générale.

Virelangues lituaniens

Gražinytė-Tyla a.k.a. Mirga

Vous avez du mal à prononcer le nom ­lituanien de Mirga Gražinytė-Tyla, ­directrice musicale du City of Birmingham Orchestra ? Du secours arrive. Giedrė Šlekytė entrera en poste comme cheffe invitée principale du Bruckner Orchester Linz en septembre. Toutes deux, Gražinytė-Tyla (communément appelée simplement Mirga) et Šlekytė, sont nées à Vilnius. Les deux femmes sont dans la trentaine. Les deux ont collaboré en 2019 à un enregistrement de Deutsche Grammophon de musique du compositeur originaire de Kaunas – tenez-vous bien – Raminta Šerkšnytė. On peut également entendre Šlekytė sur étiquette Ondine diriger un programme du compositeur formé à Vilnius et vivant à New York Žibuoklė Martinaitytė. Notons que Mirga échangera son poste de direction à Birmingham pour celui de cheffe invitée principale à la fin de 2021-22. Officiellement, sa décision serait venue d’un « désir de s’éloigner des responsabilités organisationnelles et administratives de la direction musicale », quoiqu’on murmure que les complications engendrées par le Brexit ont pu jouer un rôle. Mirga vit à Salzbourg.

Des Grammy classiques sans les classiques

Aux 63e prix Grammy, on a annoncé dix gagnants en musique classique, tous liés à des enregistrements de musique composée (ou terminée) après 1900. L’œuvre la plus ancienne est la Symphonie no 1 de Charles Ives (commencée en 1898 et terminée en 1902), qui fait partie d’un cycle des quatre symphonies d’Ives enregistré par le Los Angeles Philharmonic dirigé par Gustavo Dudamel. Les autres lauréats sont la symphonie chorale The Prison (1930) d’Ethel Smyth, Porgy and Bess (1935) de Gershwin, la Symphonie no 13 « Babi Yar » (1962) de Chostakovitch, l’album From the Diary of Anne Frank (1989) et Meditations on Rilke (2019) de Michael Tilson Thomas, des œuvres de chambre de Jennifer Higdon (1993), Ellen Taaffe Zwilich (2007) et Shulamit Ran (2013), le Concerto pour alto et orchestre de chambre (2003) de Christopher Theofanidis, The Passion of Yeshua (2018) de Richard Danielpour et la Symphonie no 5 (2015) de Christopher Rouse – celle-ci remportant aussi le Grammy pour la meilleure composition contemporaine dans l’enregistrement de juillet dernier réalisé par la Nashville Symphony. Observons que tous les compositeurs, à l’exception de Chostakovitch, sont citoyens ou résidents américains. Un autre enregistrement par le Chicago Symphony Orchestra de sa Symphonie no 13 a remporté le Grammy décerné aux ingénieurs du son.

Everest remonté comme roman graphique

Calgary Opera production of Everest

Avez-vous raté Everest, l’opéra de 2015 inspiré d’une escalade de la montagne qui a viré au désastre en 1996 ? Probablement, à moins que vous ayez assisté à la création au Dallas Opera ou à l’une des reprises, dont la plus récente est celle du Calgary Opera en 2019. Vous aurez bientôt la chance de vous rattraper en ligne, puisque la compagnie de San Francisco Opera Parallèle produit une version en roman ­graphique de l’œuvre en un acte reprenant la musique originale de Jody Talbot et le livret de Gene Sheer. L’enregistrement en studio est en cours sous la direction de la directrice générale et artistique d’Opera Parallèle Nicole Paiement, la cheffe d’origine canadienne dont certains se rappelleront son travail remarquable au début de l’année dernière dans la production de l’Opéra de Montréal du Written on Skin de George Benjamin. Le projet Everest n’est guère un exercice classique de génération d’images par ordinateur : ici, les mouvements et expressions faciales des chanteurs détermineront en quelque sorte le résultat animé. « Au lieu de nous attarder sur ce que nous ne pouvions pas faire en raison de la pandémie, nous avons imaginé ce que nous pouvions faire », dit Paiement. Surveillez la diffusion sur demande au cours de l’été.

Jackson passe à l’action

Remercié comme rédacteur en chef du Journal of Schenkerian Studies, censuré par ses supérieurs administratifs à l’University of North Texas et honni dans des protestations sur le campus, le professeur Timothy Jackson riposte – devant les tribunaux. En janvier, le diplômé de McGill a intenté une poursuite citant plusieurs personnes qui, selon lui, « l’ont diffamé en publiant et ­propageant des accusations de ‘racisme’ à son encontre » ainsi que l’université, laquelle se serait « jointe à une chasse aux sorcières ». La controverse tire son origine du volume 12 de la publication qui comprenait des essais critiquant le ­professeur du City College of New York Philip Ewell. Dans une conférence de 2019 devant la Society for Music Theory, Ewell a dépeint Heinrich Schenker (1868-1935) comme « un ardent raciste et nationaliste allemand » dont ­l’influent style d’analyse était aussi essentiellement un construit suprémaciste. L’université a déposé une demande de rejet. Jackson, dont le titre complet est Distinguished University Research Professor of Music Theory, s’appuie sur les premier et quatorzième amendements. Ewell, qui se décrit comme « un activiste pour la justice raciale, genrée et sociale dans le domaine de la théorie en musique », soutient ne pas avoir lu les articles dans la revue, ne souhaitant pas « participer » à sa propre « déshumanisation ».

Dormez mieux avec DG

Deutsche Grammophon, la légendaire étiquette allemande qui fut autrefois une plateforme pour Leonard Bernstein, Vladimir Horowitz et Herbert von Karajan, a mis à jour sa salle DG avec des albums dédiés à ce grand passe-temps des salles de concert qu’est le sommeil. Le partenariat de l’étiquette jaune avec Apple Music a marqué un tournant le 19 mars, Journée internationale du sommeil, avec la sortie d’un film documentaire basé sur le marathon nouvel-âgeux de huit heures de Max Richter intitulé – vous aurez deviné – Sleep (2015). On peut également télécharger une version d’une heure de l’expérience nocturne complète grâce à l’application gratuite SLEEP. (Question : devons-nous appeler la version courte Sieste ?) DG a aussi fait paraître un autre somnifère du violoncelliste et compositeur britannique Peter Gregson. Le titre : Somnia. Si vous avez besoin de lecture stimulante après tout ce repos, DG est là pour vous servir avec son roman ­graphique, The Final Symphony: A Beethoven Anthology, bientôt offert avec deux longs jeux d’extraits de classiques choisis dans ses archives. www.maxrichtermusic.c

Double rôle dans La Voix Humaine

La voix humaine, le monodrame de Francis Poulenc pour soprano seule de 1958, n’est pas difficile à présenter en concert. L’unique accessoire requis est un téléphone. Peut-on même se dispenser de cet appareil ? Barbara Hannigan y est arrivée le 30 janvier à Paris avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans une mise en scène où elle était à la fois cheffe et chanteuse. Tout s’est déroulé sous un écran géant (le vidéaste était Denis Guéguin) qui captait les indications du bâton de même que les expressions opératiques. À un certain moment, Hannigan s’est retournée et a chanté face à une Maison de la Radio désertée. Tout cela faisait suite aux Metamorphosen de Richard Strauss. La soprano au bâton doit répéter le programme en mai avec l’Orchestre symphonique national du Danemark à Copenhague.

Conseil des arts du Canada : aide recherchée

Le Conseil des arts du Canada a lancé une ­campagne de recrutement « ouverte à tous », mais qui laisse néanmoins entendre que les minorités sont préférées. Le but, bien sûr, est d’encourager la diversité, l’équité et l’inclusion. Non que l’agence subventionnaire nationale soit particulièrement déficiente à ces chapitres. Dans une lettre ouverte, le directeur et chef de la direction Simon Brault, ancien directeur général de l’École nationale de théâtre du Canada, souligne que 70 % des employés du CAC sont des femmes, 16,8 % sont des Noirs ou issus d’autres minorités, 4,6 % sont autochtones et 6,8 % sont des ­personnes malentendantes ou handicapées. « Mais nous voulons faire mieux, écrit Brault, et nous le pouvons ! » La campagne vise à combler « quelques douzaines » de postes laissés vacants par des employés qui prennent leur retraite ou « changent de carrière ». Aucune expérience dans les arts ? Pas de problème. Le Conseil des arts « pourrait bénéficier grandement des avancées en matière d’évaluation, d’environnement ou de la justice sociale et climatique qui se font dans des secteurs comme ceux de l’éducation, du développement communautaire, de la santé, de l’environnement ou de la coopération internationale ».

Maestro Donald éconduit

La Scena Musicale récupère rarement du contenu de la fameuse chronique de potins Page Six du New York Post. Nous faisons une exception pour l’édition du 22 mars. La ­journaliste Nicki Gostin rapporte que, « il y a plusieurs années », présumément avant la campagne de 2016, le futur président des États-Unis Donald Trump a rencontré le directeur musical du New York Philharmonic Alan Gilbert à un match des Rangers de New York et a exprimé le désir de diriger le vénérable orchestre. Gilbert a répondu qu’une brève apparition pour la collecte de fonds serait ­possible. L’idée n’a pas eu de suites. Il n’est pas inédit que des célébrités prennent le podium. En 1990, feu le magnat de la presse Pierre Péladeau aurait dirigé son bien-aimé Orchestre Métropolitain dans du Beethoven, si on peut en croire des comptes rendus de l’époque.

Et les gagnants sont…

Nicolas Ellis

Ce fut une année décidément numérique et il n’est donc pas étonnant de voir l’annuel Prix du gestionnaire culturel aller à Alain Mongeau, directeur général et artistique de MUTEK, un festival consacré à « la créativité numérique et la musique électronique ». Ce prix de 5000 $ est géré par le ­programme de gestion des arts de HEC Montréal. En 2019, MUTEK aurait attiré 70 000 spectateurs à Montréal, incluant des touristes de l’extérieur du Québec. L’édition 2021 sera en ligne. Un autre gagnant récent est le jeune maestro Nicolas Ellis de Montréal, qui reçoit le prix Goyer Mécénat Musica, un prix annuel décerné par l’organisme ­philanthropique Mécénat Musica à « un artiste émergent collaboratif en musique ­classique ». Ellis est certainement collaboratif. De nombreux orchestres sont mentionnés dans l’attribution, notamment l’Orchestre de l’Agora. Cet ensemble fondé par Ellis ­travaille avec des groupes sociaux et communautaires comme Partageons l’espoir, Porteurs de musique et le Centre hospitalier universitaire SainteJustine. Ellis est également collaborateur artistique de l’Orchestre Métropolitain. Le prix Goyer de Mécénat Musica est évalué à 125 000 $, incluant une somme en argent de 50 000 $. Les deux ­prochains concerts d’Ellis, le 15 avril, sont avec Les Violons du Roy. Au programme, des œuvres de Théodore Dubois, Saint-Saëns et Guillaume Lekeu. Au moment de mettre sous presse, les concerts doivent avoir lieu devant public au Palais Montcalm de Québec.

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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