Nouvelles de l’industrie

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Rebelle Royal

Dans l’avalanche d’annulations liées à la COVID-19, quelques présentateurs de concerts persistent à croire que le spectacle peut et doit continuer. Le Conservatoire royal de musique de Toronto a prévu une saison 2020-21, incluant des concerts d’ensembles dans sa salle principale, le Koerner Hall. Le 2 octobre, l’Orchestre du CRM sous la direction de Trevor Pinnock exécutera la Symphonie no 39 de Mozart et le Concerto pour piano no 5 « Empereur » de Beethoven avec le soliste Sae Yoon Chon. Certains événements, comme le concert de la violoniste Pamela Frank et le pianiste Emanuel Ax le 2 décembre, affichent déjà « complet » en raison de la politique du CRM de ne vendre qu’un maximum de 400 billets pour la salle de 1135 places (sous réserve que d’autres places pourraient être offertes si les circonstances devaient permettre moins de distanciation physique). Entre-temps, le Festival Bach Montréal promet un festival entre le 19 novembre et le 6 décembre, sans préciser s’il sera devant public ou virtuel ou les deux. « Nous estimons que notre travail est maintenant essentiel plus que jamais », affirme la directrice artistique fondatrice Alexandra Scheibler. Quoi qu’il en soit, le festival se prépare à lancer un nouveau site web. Le Ladies’ Morning Musical Club maintient sa vision positive et sa saison demeure inchangée.

OM et OSM: Pas de nouvelles, bonne nouvelle?

De nombreux présentateurs montréalais n’annoncent toujours rien sur leur prochaine saison. C’est le cas de l’Orchestre Métropolitain, qui a fait preuve de plus d’initiative que la plupart des ensembles en enregistrant de la musique de Beethoven dans la salle Bourgie sous la direction de Yannick Nézet-Séguin cet été pour diffusion en ligne. Le premier concert de 2020-2021 à la Maison symphonique demeure à l’affiche pour le 20 septembre. Ce programme dirigé par YNS comprend la Sixième Symphonie de Mahler – pas facile à exécuter en maintenant une distanciation physique. « Nous devrons peut-être modifier le programme annoncé en mars, prévient la page de la billetterie en ligne. Notre directeur artistique et chef principal Yannick Nézet-Séguin sera présent aux concerts qu’il devait diriger durant cette période. » L’Opéra de Montréal promet un programme double de chambre avec La voix humaine et L’hiver attend beaucoup à un moment et dans un lieu à déterminer à l’automne 2020. On ne sait toujours rien, au moment de mettre sous presse, du contenu, virtuel ou autre, de la saison 2020-21 de l’Orchestre symphonique de Montréal. L’orchestre a annulé son lancement en mars et n’a donc pas de saison annoncée à modifier.

Montréal au premier plan dans les Juno classiques

Trois des quatre Juno classiques en 2020 ont des liens avec Montréal. L’album classique de l’année (Grand ensemble) est le John Adams Album, un enregistrement Decca des Common Tones in Simple Time, Harmonielehre et Short Ride in a Fast Machine par l’OSM dirigé par Kent Nagano, un champion de l’œuvre du minimaliste américain. Les gagnants dans les autres catégories classiques sont detach, un album d’œuvres contemporaines sur l’étiquette indépendante Redshift produit par la harpiste de Toronto Angela Schwarzkopf; l’album Dixit Dominus de Haendel/Motets de Bach et Schütz du Chœur Bach d’Ottawa dirigé par Lisette Canton enregistré par la maison ATMA de Montréal; et, aussi chez ATMA, Evta d’Ana Sokolović, sacrée composition de l’année dans une interprétation de la violoniste Andréa Tyniec et de l’Ensemble contemporain de Montréal dirigé par Véronique Lacroix. Evta est le deuxième prix Juno en deux ans de la compositrice montréalaise d’origine serbe. L’année dernière, Sokolović l’avait également remporté pour son Golden Slumbers Kiss Your Eyes…, un cycle pour contre-ténor, chœur et orchestre commandé par l’Orchestre du CNA, dirigé par Alexander Shelley et enregistré chez Analekta.

Qui tient le micro?

Nous sommes habitués de voir Deborah Voigt et Joyce di Donato causer gentiment avec leurs collègues durant les entractes des diffusions Met in HD. Maintenant les chefs, en manque à la fois de travail et de visibilité, s’y mettent à leur tour. En juin, dans la série en ligne Live With Carnegie Hall, Yannick Nézet-Séguin jouait l’hôte dans ce qui était essentiellement un talk-show à distance avec la compositrice Missy Mazzoli, les sopranos Angel Blue et Eileen Perez, le chef de chœur du Metropolitan Opera Donald Palumbo et le directeur de l’administration musicale Thomas Lausmann. Vasily Petrenko, que les lecteurs reconnaîtront peut-être comme le futur directeur musical d’origine russe du Royal Philharmonic et un candidat qu’on disait pressenti au poste à l’OSM, a utilisé son temps mort pour tenir sur Facebook des « entretiens de confinement » avec divers invités, dont, le 19 juin, Xavier Roy, le nouveau directeur général du Festival de Lanaudière. Le toujours affable Boris Brott fut l’hôte d’une série d’entrevues décrites par le Brott Music Festival comme un « événement informel de type Johnny Carson ». Alexander Shelley, de l’Orchestre du Centre national des Arts, s’est tenu occupé avec sa série Musically Speaking. Non que les maestros aient le monopole du circuit de placotage. Emanuel Ax a interviewé son collègue pianiste Daniil Trifanov dans un épisode subséquent de la série du Carnegie. Trifanov, en studio plutôt que sur la scène, portait un masque tout en jouant Scriabine, présumément pour protéger quiconque tenait la caméra. Qu’est-il donc advenu de la notion d’hôte professionnel ?

DG monte sur scène

Deutsche Grammophon a la réputation d’être un vénérable producteur d’enregistrements et de vidéos. La maison ajoute maintenant le rôle d’imprésario de diffusion à son répertoire avec le lancement de DG Stage, qui offre « un vaste éventail de diffusions de concerts classiques » mettant en vedette des artistes de DG dans des prestations « exclusivement produites en direct sur vidéo ou créées sur DG Stage ». Les artistes vont de respectables célébrités de la pop comme Ludovico Einaudi et John Williams (ce dernier avec le Philharmonique de Vienne) à des artistes purement classiques comme le ténor français Benjamin Bernheim (un récital en studio le 19 juillet) et la soprano russe Anna Netrebko (un Tosca en plein air à Naples le 30 juillet). Les billets coûtent de 4,90 € à 12,90 €, suivant l’ampleur et la portée de l’événement.
www.dg-premium.com/dg-stage

Victor Feldbrill, 1924-2020

Photo: Jag Gundu

Le chef canadien et parfait gentleman s’est éteint le 17 juillet à l’âge de 96 ans dans sa ville natale, Toronto. Feldbrill a reçu une partie de sa première formation en Angleterre, où il fut affecté comme musicien de la Marine royale canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale. De retour au Canada, il commença comme violoniste de section dans le Toronto Symphony Orchestra, fut directeur musical du Winnipeg Symphony Orchestra de 1958 à 1968, puis retourna au TSO comme chef résident de 1973 à 1978, période durant laquelle il fonda le Toronto Symphony Youth Orchestra. Son dévouement aux jeunes musiciens fut également manifeste dans son travail à l’Université de Toronto et à l’Université nationale des arts et de la musique de Tokyo. Sa passion la plus notable fut cependant pour la musique canadienne. En 1967, il a dirigé la création de l’opéra Louis Riel de Harry Somers. Aussi récemment qu’en 2017, il dirigeait le TSO dans la suite tirée de Red Ear of Corn de John Weinzweig – 68 ans après avoir participé, comme violoniste, à la création de ce ballet. De ma critique d’alors : « Avec sa tenue très droite, son rythme soutenu et sa grande fidélité à la partition, le vétéran aux cheveux blancs incarnait une époque où faire son travail primait tout et où bien paraître en s’en acquittant venait comme une conséquence naturelle. »

Doucement avec les trucs gratuits

Karlin Lillington dans les Irish Times (www.bit.ly/38vS4zt) se demande si toutes les largesses d’Internet servent le meilleur intérêt de la culture de la musique classique. « Bien que généreuses, les diffusions gratuites quotidiennes d’opéra en vidéo du Metropolitan Opera versent dans la surenchère. C’est une véritable inondation de gratuité. J’adore l’opéra, j’aime ces artistes et ces présentations, mais plus les spectacles gratuits déferlent, moins je valorise le temps réservé à les regarder, parce qu’il y aura du nouveau contenu gratuit le lendemain soir. » Intéressant. Pour ma part, je me demande dans un essai paru dans Classical Voice North America (www.bit.ly/2NWGjIP) si le coût et l’incommodité des concerts en salle ne sont pas en réalité deux de leurs vertus mésestimées.

Boosey & Hawkes offre du répertoire distancié

Tout à fait dans l’air du temps, l’éditeur britannique Boosey & Hawkes a créé un site web consacré au répertoire distancié comprenant opéras de chambre, monodrames et œuvres de concert pour un maximum de cinquante musiciens. Les compositeurs contemporains publiés par B & H (comme Chin, Dean, Lindberg, MacMillan et Turnage) sont naturellement représentés, mais y figurent également des classiques du 20e siècle de Copland, Prokofiev et Stravinski ainsi que des réductions d’œuvres imposantes connues, tant orchestrales qu’opératiques. Parmi les options, on trouve un arrangement d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski pour dix instrumentistes. www.boosey.com

Feu vert à Barcelone

Publicité habile ou plaisanterie de l’été ? Le Gran Teatre del Liceu de Barcelone a ouvert ses portes le 22 juin à un public de 2292 plantes en pot. Elles étaient sagement assises pour une interprétation de Crisantemi (Chrysanthèmes) de Puccini par le Quatuor UceLi, dont les membres ont réussi à garder leur sérieux. Les plantes ont été amenées à « applaudir » en s’agitant, probablement à l’aide de ventilateurs, bien que le mécanisme précis demeure obscur. La célèbre salle ouvrira ses portes au public le 27 septembre, dans un concert avec le ténor Piotr Beczała et la soprano Sondra Radvanovsky. L’opéra reviendra le 22 octobre avec Don Giovanni de Mozart. Le Teatro Real de Madrid s’est montré quelque peu plus entreprenant, présentant le 1er juillet une version semi-concert de La Traviata de Verdi prenant la distanciation physique comme point dramatique d’ouverture. L’Espagne se remet peu à peu de l’une des pires éclosions de COVID-19 en Europe.

Rebond outre-Atlantique

Photo: Petra Hajska

Une bonne partie de l’Europe fait un retour à la musique. L’Orchestre philharmonique tchèque dirigé par Semyon Bychkov a donné le 24 juin un concert à l’extérieur dans les jardins du château de Sychrov non loin de Prague où les musiciens et les quelque 500 spectateurs n’ont pas eu à pratiquer de distanciation physique. Le programme comprenait l’ouverture et le scherzo du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, le Concerto pour trompette de Haydn avec Stanislav Masaryk et la Cinquième Symphonie de Beethoven. Le concert avait pour but de saluer les travailleuses et travailleurs de la santé, qui formaient une partie de l’auditoire. Le ministre de la Culture tchèque Lubomír Zaorálek était également présent. De telles initiatives se multiplient. Le Festival de Salzbourg alterne Elektra de Strauss et Così fan tutte de Mozart jusqu’en août et présente plusieurs concerts du Philharmonique de Vienne et d’autres orchestres, notamment le Philharmonique de Berlin. Le 14 août, Kent Nagano dirige l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne ainsi que la mezzo-soprano Tanja Ariane Baumgartner et le ténor Piotr Beczała dans le Lied von der Erde de Mahler. On observe des signes de reprise également en Australasie et en Asie. Entre-temps, au Canada, nous devons nous contenter de cinéparcs.

The bright side

The health crisis has occasioned some creative use of language. My personal nomination for the Classical Bright Side Communiqué Prize: “The Kitchener-Waterloo Symphony Reimagines 75th Anniversary Season, Announces Plans for Next Two Seasons.” As it turns out, this venerable Canadian ensemble is “reimagining” 2020-21 by cancelling it. Or, to be very precise, pushing it forward a year, which I suppose means that 2021-22 is the truly cancelled season. Like many presenters, the KWSO is promising livestreams and holding out some hope of “possible ways to present a modified in-person concert experience” should restrictions be relaxed. Meanwhile, the Summer Baroque Choral Academy at the Victoria Conservatory of Music offers “live, in-person choral workshops” and “live full-choir rehearsals” that are clearly online. And it takes an eye for detail to understand the latest dispatch from the Montreal Symphony Orchestra. “Whether in the parks, at the foot of emblematic monuments or in the Greater Montreal’s long term care institutions,” runs the communiqué, “musicians of the OSM will meet every week to form small ensembles, offering the public impromptu musical performances with the aim of bringing Montreal back to life while serving the better good.” Very nice, but these performances (none of them orchestral) are “impromptu” in the sense that they will not be announced in advance for fear of attracting more listeners than can be accommodated in the COVID-19 era.

Le TSO annule sa saison

Le Toronto Symphony Orchestra, qui devait ouvrir sa 99e saison le 23 septembre avec la Première Symphonie de Mahler dirigée par son nouveau directeur musical Gustavo Gimeno, a annulé la saison 2020-2021 comme il a déjà été annoncé. Parmi les artistes que les Torontois ne pourront entendre comme prévu : Nicola Benedetti, Yefim Bronfman, James Ehnes, Karina Gauvin, Sheku Kanneh-Mason, Víkingur Ólafsson et Daniil Trifonov. Nous ignorons ce qui attend la programmation du 250e de Beethoven, bien qu’on puisse lire sur le site du TSO que les visionnements-concerts de Star Wars ont été repoussés. Yo-Yo Ma est aussi confirmé pour 2021-22. Quant à la saison 2020-2021, l’orchestre se manifestera en « plus petits ensembles à travers la région du Grand Toronto, y compris dans notre salle Roy Thomson, devant publics en respectant les règles sanitaires ». On laisse entendre dans le communiqué un désir « d’étendre nos activités à l’extérieur de notre salle de concert habituelle et d’être à l’écoute de notre communauté ». Le TSO est locataire dans le Roy Thomson Hall. Pour ce qui est des questions financières : « Le soutien fédéral à travers la Subvention salariale d’urgence du Canada et le financement d’urgence fourni par le Conseil des arts du Canada, de même que le soutien de tous les niveaux de subventionnaires publics, ont aidé l’organisation à fonctionner à court terme. » Sur une note plus inquiétante : « Le TSO étudie divers scénarios de financement pour l’année à venir, ce qui inclura une réduction sensible des dépenses et de nouvelles initiatives de financement. » La décision soulève des questions quant à la viabilité du maintien de l’esprit et du son d’un orchestre en l’absence d’une véritable programmation symphonique, pour ne rien dire de l’intérêt du public.

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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