Au rayon du disque jazz

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Quinsin Nachoff
Pivotal Arc

Whirlwind Recordings WR4761

Musique classique et jazz dansent rarement au même pas. Quinsin Nachoff croit justement le contraire en mariant les deux genres dans son Concerto for Violin de plus de 45 minutes. Longuement mûrie, cette œuvre est interprétée avec panache par Nathalie Bonin, une Américaine ayant jadis étudié à McGill avant de retourner chez elle en Californie. Bien que la conception des trois mouvements repose sur une trame classique, le langage harmonique est clairement informé par le jazz. Tout commence par un solo de violon piquant qui évolue sur un fond indéterminé, puis d’une entrée de batterie et d’une série d’interventions inorthodoxes des vents laissant entendre leur parti-pris jazzistique. Une pulsation aux allures de tango s’instaure, maintenant un certain classicisme dans la forme; un second thème d’un lyrisme merveilleux joué par le violin survient dans la cinquième minute, thème qui semble vouloir rappeler à l’ordre les accompagnateurs. Plus lent, le second mouvement met en évidence un solo de trompette aux consonnances de ballade qui aboutit à une finale en cadence prolongée. À l’instar du premier mouvement, le dernier se déploie sur un tempo plus vif. Sous la direction de J. C. Sanford, les dix musiciens qui soutiennent la soliste ne travaillent pas autant en unité homogène selon le modèle classique que comme une brigade de solistes se disputant une place pour intervenir chacun à sa manière, la longueur du morceau leur donnant assez d’occasions. Suit alors un String Quartet tout écrit qui ne fait que 15 minutes. Plus concise, l’écriture met en jeu un langage harmonique mi-tonal, enrichi d’effets de glissando et autres techniques étendues. Le Quatuor Molinari s’implique totalement, montrant un engagement tenace dans cette partition conçue dans une veine contemporaine. Pivotal Arc, la pièce-titre clôturant l’album, nous ramène dans l’orbite du jazz par des solos de batterie, les partitions imaginatives, voire fort mélodieuses des vents méritant l’attention. À mi-chemin des 15 minutes de cette plage, lorsque le tempo s’accélère, le compositeur enfourche son saxo ténor pour y aller d’un solo bien tourné. L’heure et quart de musique se termine sur un solo de vieux sage du contrebassiste, archet en main. Nachoff semble nous dire ici que la supposée fusion entre les deux mondes n’est pas illusoire du tout, avis toujours contesté dans certains milieux. La faune peuplant le jazz n’est pas celle du classique, on s’entend, mais cela n’empêche pas de reconnaître les valeurs de production de cet album (enregistré à Montréal) comme contribution valide, aussi intriguant soit-il, et abordable à l’écoute.
(Traduction : Marc Chénard)

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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