Yourcenar: L’écrivaine devient muse

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Marguerite Yourcenar, née à Bruxelles en 1903, réputée pour ses nombreux chefs-d’œuvre, notamment les romans Mémoires d’Hadrien et L’œuvre au noir, devient en 1980 la première femme élue à l’Académie française. Sa vie, bien que fascinante, demeure cependant moins connue. C’est pourtant dans le riche terreau de son parcours que les autrices Hélène Dorion et la regrettée Marie-Claire Blais ont creusé pour créer leur livret d’opéra intitulé Yourcenar – une île de passions. « Elle avait une grande variété ­d’intérêts, c’était une lectrice des Grecs, une classique, mais aussi une contemporaine qui portait un intérêt pour l’écologie, et qui militait contre les injustices raciales et sociales », nous explique Hélène Dorion.

Cette passion viscérale emplie d’espoir et de curiosité est le fondement de ce nouvel opéra, un projet ambitieux que l’on pourra voir en salle cet été.

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La naissance d’une idée

Angela Konrad et Hélène Dorion. Photo:

Le projet se met en route officiellement lorsque Hélène Dorion, habitée d’une idée, en parle à sa grande amie et écrivaine de renom, Marie-Claire Blais. Enthousiasmée, Marie-Claire Blais embarque d’emblée.

Habituellement, les maisons d’opéra commandent une œuvre aux compositeurs et librettistes. Dans ce cas-ci, le projet fut amorcé par les librettistes. « C’était vraiment le chemin défriché à l’envers », nous explique l’autrice.

À la recherche d’un producteur, Dorion en parle à Laurent Patenaude, directeur artistique des Violons du Roy, qui démontre un vif intérêt. De fil en aiguille, l’équipe se construit avec l’ajout du compositeur montréalais Éric Champagne et de la metteure en scène Angela Konrad. S’ensuivit l’ajout des autres coproducteurs, le Festival d’opéra de Québec et l’Opéra de Montréal.

Le processus de création

Dorion explique qu’il était primordial que l’écriture soit très transparente : « Il y aurait la musique, les voix, la mise en scène, donc tout ce qui vient après, tandis qu’un roman doit tout contenir en lui-même. Là, c’est comme si on laissait des fenêtres ouvertes pour que des gens viennent prendre cette matière et s’en emparer dans leur propre discipline. »

L’écriture, d’abord d’un synopsis et ensuite du livret, a exigé plusieurs années de travail.

Dorion et Blais se décident finalement sur une structure en deux actes : le premier se penche sur la vie de Yourcenar avec sa compagne Grace Frick, tandis que le deuxième se déroule avec son jeune secrétaire Jerry Wilson.

Éric Champagne. Photo: Hirsch Média

Le compositeur de l’opéra, Éric Champagne, explique comment cette ­structure narrative hors du commun a orienté instinctivement sa composition : « Je me suis rendu compte que ça marchait de la même façon dans ma musique : tous les éléments en flash-back, c’est vraiment des scènes un peu fermées quant au langage musical, chaque scène a sa couleur, son énergie, tandis qu’au 2e acte, autant dans la dramaturgie que dans la musique, on sent la direction. »

Il affirme que malgré le fait qu’il y ait presque deux histoires en une, il a tenté de lier l’œuvre musicalement. « Ce qui m’a permis d’unifier le tout a été d’entrer dans des logiques de motifs. Ce n’est pas exactement ce que l’on appellerait des leitmotive, mais il y a quand même du matériau musical qui ­représente chaque personnage, chaque ­élément dramatique. »

Une fois le livret et les lignes vocales ­achevés, l’équipe se rencontre pour une série d’ateliers de création afin de travailler avec les chanteurs et corriger le texte et la musique. Pour Éric, ces répétitions ont représenté un grand défi. « Ç’a été un processus trippant autant que chiant ! Surtout que ça m’a un peu bousculé dans mes habitudes. Même si j’écris beaucoup pour la voix, explique-t-il en riant, je suis quand même très symphonique dans ma façon de penser la musique, alors j’écris directement pour orchestre. Mais là, à cause de l’horaire des ateliers et du développement du projet, il fallait que je me fasse violence à moi-même et tout écrire d’abord en voix-piano. » Clarinettiste de formation, il a dû à de nombreuses reprises tenter de faire imaginer à l’équipe ce qu’il avait en tête, car la version pour piano ne reflétait pas tout à fait les ­textures symphoniques prévues.

Les ateliers maintenant terminés, il ne manque plus que quelques détails à corriger sur la partition orchestrale. Les ­créateurs sont impatients de faire découvrir au public cet opéra sur lequel ils ont longuement travaillé. À travers cette œuvre intimiste, humaniste, ils espèrent rejoindre un grand public. Selon Hélène Dorion, les débats ­intérieurs et les propos rassembleurs de Yourcenar sont encore à ce jour d’une grande actualité : « On vit dans un monde de contrastes, noir, blanc, opinion de gauche, opinion de droite, Orient, Occident… tout est très déchiré. Le trouble est vraiment dans le déchirement. Ce que Yourcenar apporte, je pense, c’est une âme unifiée. »

Yourcenar – Une île de passions ­mettra en vedette six chanteurs et chanteuses accompagnés de l’orchestre d’une vingtaine de musiciens des Violons du Roy, avec l’ajout d’un ­quintette à vent et d’une percussion. Nous pourrons entendre entre autres la mezzo-soprano Stéphanie Pothier dans le rôle de Marguerite et la soprano Kimy Mc Laren dans le rôle de Grace, tandis que Jerry sera interprété par le baryton Hugo Laporte.

À noter que le livre d’Hélène Dorion, publié par les Éditions de l’homme, contenant le livret et de nombreux témoignages sur l’épopée de la création de cette œuvre sera également disponible cet été en librairie, à temps pour la première

Cette première est présentée dans le cadre de la 12e saison du Festival d’opéra de Québec. Cet été, Québec aura droit à un festival ­thématique haut en couleur, car les quatre productions sont toutes centrées sur le thème de la littérature. Les trois autres productions sont une adaptation de La Veuve joyeuse de Franz Lehár (en collaboration avec Jeunesses musicales Canada), Faust, de Gounod, ainsi que Trois contes d’Andersen, un spectacle pour toute la famille.

La première mondiale de Yourcenar – Une île de passions aura lieu au Festival d’opéra de Québec les 28 et 30 juillet à 19 h 30 à la salle Raoul-Jobin au Palais Montcalm, ainsi qu’à Montréal à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau le 4 et 6 août.

www.operadequebec.com
www.operademontreal.com

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