Chefs et orchestres : Guido Cantelli (1920-1956) En hommage à un grand chef d’orchestre

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Le 27 avril 2020 marquera le centième anniversaire de la naissance de Guido Cantelli, un des plus grands chefs d’orchestre du 20e siècle, décédé tragiquement à 36 ans dans un écrasement d’avion. Bien qu’il soit mort si jeune, Cantelli a eu une carrière internationale fulgurante et a laissé bon nombre d’enregistrements commerciaux et de bandes radio de concerts qui représentent bien l’artiste qu’il fut. Homme de conscience, il s’opposa au fascisme et fut déporté dans un camp en Allemagne puis en Pologne sous l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il fut hospitalisé en Italie, s’évada en 1944, fut repris et eut la vie sauve lorsque les forces alliées entrèrent en Italie.

Sa grande carrière internationale débuta à la fin des années 1940. En 1948, Arturo Toscanini l’entendit à La Scala de Milan et se prit d’admiration et d’amitié pour lui. Il l’invita à diriger l’Orchestre symphonique de la NBC à New York où il fit ses débuts et connut un triomphe en 1949. De 1949 jusqu’à sa mort, Cantelli dirigea dans plusieurs pays à la tête de l’Orchestre de la Scala, de la NBC, du Philharmonique de New York, de l’Orchestre symphonique de Boston et surtout de l’Orchestre philharmonique de Londres avec lequel il fit une série d’enregistrements mémorables d’une très bonne qualité sonore. Le 16 novembre 1956, il fut nommé directeur musical de La Scala de Milan et il fut aussi pressenti pour devenir directeur musical de l’Orchestre philharmonique de New York. Sa vie s’arrêta le 24 novembre lorsque son avion s’écrasa au décollage à Orly dans un accident qui ne fit qu’un seul survivant.

Toscanini, alors mourant, ne fut pas informé de la tragédie et mourut en janvier 1957 sans savoir que son ami Guido y avait perdu la vie. Heureusement, Cantelli a enregistré plusieurs disques dans des conditions techniques acceptables et représentant un répertoire varié. Pour les mélomanes, je recommande en particulier les disques EMI, notamment la 7e Symphonie de Beethoven, la Symphonie inachevée de Schubert, la Symphonie italienne de Mendelssohn, la 4e Symphonie de Schumann et son disque Debussy comprenant notamment La Mer et deux des trois Nocturnes. Tous ces disques étaient disponibles sur l’étiquette Seraphim lorsque j’étais disquaire et faisaient la joie des mélomanes. C’était à peu près tout ce qui était disponible de Cantelli dans les années 1970. Ils se retrouvent maintenant dans des CD EMI au son amélioré et s’ajoutent à eux toute une série de bandes radio qui dévoilent le vaste répertoire de Cantelli, Bartók et Hindemith par exemple.

Également disponibles, une répétition par Cantelli des trois derniers mouvements de la 5e Symphonie de Beethoven et un bref vidéoclip du grand chef dirigeant l’ouverture Semiramide de Rossini. Ceux-ci nous démontrent la caractéristique essentielle de l’art de Cantelli : l’enthousiasme et l’éloquence pour obtenir une interprétation marquée par la transparence, l’équilibre entre les sections, l’élégance, la vivacité rythmique, l’adhésion à un strict tempo (« in tempo » claironne Cantelli surplombant le son de l’orchestre). Tout cela au service d’une émotion contrôlée et relativement pudique qui éblouit par sa fraîcheur. Cantelli ne recherche pas l’accentuation dramatique. Là où on attend l’accent dramatique appuyé ou l’inflation de l’accord à des fins expressives, Cantelli est tout équilibre et élégance. On a l’impression qu’un voile a été levé et qu’on entend l’œuvre pour la première fois. Qu’on écoute les premières mesures des mouvements lents de la Septième de Beethoven et du Concerto Empereur, de Beethoven également, dont on possède des bandes avec Rudolf Serkin, Robert Casadesus et Walter Gieseking au piano.

Les accords aux cordes sont légers, peu appuyés, ils sont intégrés au mouvement de l’ensemble et l’unisson des cordes est absolument fabuleux. L’équilibre classique prédomine et la même chose se répète dans les autres mouvements. Le 4e mouvement de la 7e symphonie a la force et l’énergie nécessaire, mais l’intervention des cuivres est bien intégrée aux cordes, elle n’est pas tonitruante, elle fait partie d’un tout. Cantelli est un architecte, il établit son tempo et le maintient, et les différents éléments et les voix de l’orchestre s’intègrent de façon harmonieuse. La vivacité est la vivacité de l’ensemble, et la clarté de l’ensemble est absolument remarquable, chaque section de l’orchestre ayant sa dynamique bien proportionnée avec celle des autres. Il est clair que Cantelli avait une oreille remarquable et cultivée, il avait une conception de l’œuvre qu’on appellera objective et enthousiaste à la fois. Il n’est pas étonnant que Toscanini ait vu une grande affinité entre son esthétique et celle de Cantelli, mais l’orchestre de Toscanini est plus agressif et d’un voltage plus élevé, surtout dans ses dernières années. Les deux recherchaient une interprétation objective qui met en valeur la charpente de l’œuvre, mais chacun avait sa manière propre d’ y arriver.

On observe chez Cantelli la même attention à la clarté, à l’équilibre et à la dynamique des sections chez des compositeurs comme Debussy, Ravel et Bartók, la même vivacité et le même enthousiasme. J’invite les mélomanes, en ce centième anniversaire de la naissance de Guido Cantelli, à s’intéresser à ses interprétations. Dès son début de carrière, il avait une conception bien affirmée de l’interprétation musicale, il possédait déjà une grande maturité face à ce qu’il voulait réaliser et les moyens pour le faire et on dit qu’il avait un rapport exceptionnel avec ses musiciens. Il n’était pas un grand chef en devenir, il était déjà un grand chef.

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