Otto Tausk et le VSO : rejoindre un vaste public

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Bien que les salles de concert canadiennes se soient retrouvées en grande partie sans public pendant près d’un an, les mélomanes ont eu droit à une quantité sans précédent de webdiffusions venant de musiciens des quatre coins du globe.

Même s’il est évident que l’expérience n’est pas la même lorsqu’on écoute une symphonie sur un ordinateur, plusieurs organisations sont arrivées à bien servir le public ainsi que leurs musiciens grâce à la popularisation de cette nouvelle manière de diffuser la musique.

Le Vancouver Symphony Orchestra a été l’un des premiers orchestres à se démarquer dans ce domaine. Le 15 mars 2020, le concert qui allait souligner le 250e anniversaire de ­naissance de Beethoven a été rescapé malgré le confinement grâce à une diffusion en ligne. Il s’agissait du premier concert de la série [email protected] et il a été visionné par plus de 100 000 personnes. Un exploit qui n’aurait pu être réalisé en temps normal que si ­l’Orpheum, la salle habituelle de l’orchestre, avait été rempli 36 fois.

Credit: Peter Holst

En octobre dernier, le VSO est devenu le ­premier orchestre nord-américain à créer sa propre plateforme virtuelle, TheConcertHall.ca, plutôt que de simplement diffuser les concerts sur son site Web. Les musiciens de l’orchestre et les artistes invités sont enregistrés par des caméras à 360 degrés à l’aide de technologies audio et vidéo de fine pointe, tout en respectant les protocoles stricts de distanciation. Ce nouveau service de webdiffusion compte désormais plus de 4000 abonnés. Inspiré du Digital Concert Hall de l’Orchestre philharmonique de Berlin, plus de 20 concerts ont déjà été présentés et on prévoit en annoncer plusieurs autres d’ici la fin de la saison.

« Nous avons innové toute la saison, déclare Otto Tausk, directeur musical du Vancouver Symphony Orchestra. Cela faisait un moment que nous parlions d’avoir une plateforme en ligne et que nous étudiions tranquillement les différentes options. La pandémie nous a vraiment poussés à faire aboutir ce projet. Ce dont je suis le plus heureux, c’est que l’orchestre ait pu jouer toute la saison et que nous n’ayons pas eu à annuler toutes nos représentations. Il était très important pour nous de maintenir l’emploi pour la compagnie en entier, ce qui a été possible parce que nous enregistrons tout nous-mêmes dans notre propre salle. Si le public et l’atmosphère d’un spectacle en direct nous manquent, nous y gagnons aussi beaucoup. Nous avons maintenant la possibilité de nous écouter et de travailler d’une manière totalement différente. »

Le chef d’orchestre néerlandais, qui a fait connaissance avec l’orchestre en tant que chef invité en janvier 2016 avant d’en devenir le directeur musical en juillet 2018, admet que sans cette opportunité, la qualité et le son de l’orchestre auraient facilement pu être compromis.

« Lorsqu’un orchestre cesse de jouer pendant un certain temps, même pendant quelques mois seulement, il y a malheureusement une rupture, admet-il. C’est pourquoi il m’était important de continuer à faire jouer les musiciens. Il fallait garder deux mètres de distance entre les cordes, trois mètres entre les vents et trois mètres entre moi-même et les musiciens. Le répertoire a également dû être modifié pour accommoder une formation un peu plus petite, nous permettant ainsi de garder nos distances compte tenu de la taille de la scène. Le contact étroit et la flexibilité nous manquent. Si l’on ajoute à cela le fait que nous disposons d’une semaine pour monter un programme de concert et l’enregistrer, les musiciens sont extrêmement sollicités sur une courte durée. Je suis convaincu que cela en vaut absolument la peine, non seulement pour le maintien de l’emploi, mais aussi pour garder les musiciens en pleine forme. »

La plupart des œuvres majeures du répertoire pour orchestre symphonique ont été enregistrées maintes et maintes fois. Otto Tausk estime que le fait de les revisiter pour une webdiffusion a moins à voir avec le désir d’ajouter une nouvelle version à la collection existante qu’avec le besoin de rassembler les gens, surtout dans un contexte de pandémie.

« Nous avons tous ces enregistrements incroyables de toutes les grandes œuvres effectuées à partir des années 1950. Notre objectif n’est pas de les remplacer. Nous cherchons à créer un lien entre l’orchestre et le public d’aujourd’hui afin que les gens sentent que la musique fait encore partie de leur monde, de leur quotidien. »

Il espère également que la nouvelle plateforme numérique du VSO permettra à tous, notamment à ceux qui ne peuvent pas accéder facilement aux concerts symphoniques, de profiter de musique de grande qualité, même après la fin de la pandémie.

« Une fois que nous aurons recommencé à nous produire devant le public, nous continuerons à présenter ces concerts en ligne, peut-être davantage sous forme de diffusion en direct afin que l’expérience reflète réellement ce qui se passe dans la salle de concert. Il y a une énorme différence entre la façon dont nous réagissons à la musique en direct et à la musique préenregistrée. La musique en direct défie le temps. Elle le met en suspens et nous fait tout oublier. »

En avril, le Vancouver Symphony Orchestra présentera un festival de musique de chambre mettant en vedette ses propres musiciens. Six concerts seront proposés, en commençant par une webdiffusion gratuite du Quintette pour clarinette de Mozart le 16 avril à 19 h 30 HNP. Le festival comprendra également des œuvres de Nielsen, Mendelssohn, Crumb, Caroline Shaw, Schoenberg et Purcell.

À partir de 9,99 $ pour un laissez-­passer de sept jours. www.theconcerthall.ca

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