Prix Azrieli: Le NEM de retour sur scène

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Le 22 octobre prochain, le Nouvel Ensemble Moderne (NEM) fera sa rentrée à l’occasion du concert gala des prix Azrieli – une rentrée chamboulée par la pandémie, par le report de plusieurs concerts jusqu’en 2021 et la mise en place de nouvelles initiatives en ligne, en attendant un retour à la normale. Lorraine Vaillancourt, directrice musicale du NEM, retrouvera enfin la scène qui a tant manqué aux artistes et aux musiciens. Elle renouera avec la création musicale, d’une part, et, d’autre part, avec une culture qui a inspiré de nombreux compositeurs de musique contemporaine.

Pour le NEM, ce sera à tous égards un soir de premières. Premier concert depuis le début du confinement, pour la première fois sans public à la salle Bourgie, avec quatre premières au programme. Les créations des trois compositeurs récompensés par les prix Azrieli (Keiko Devaux, Yotam Haber et Yitzhak Yedid) seront présentées ainsi qu’une nouvelle orchestration de Jonathan Monro du cycle de trois chansons Dissidence de Pierre Mercure, pour voix et 14 instrumentistes.

Pour Lorraine Vaillancourt, ce sont aussi des premières collaborations. « Keiko Devaux a étudié à l’Université de Montréal et c’est là que je l’ai connue. Elle était notre compositrice en résidence jusqu’à très récemment. Cette année-là, elle avait écrit pour le NEM. Je la connais, donc, mais je n’ai pas encore dirigé sa musique. J’apprends à connaître les deux autres compositeurs avec plaisir. Cela fait deux semaines que je commence à recevoir leurs partitions [NDLR, l’entrevue a été réalisée le 26 août] ». L’un d’entre eux, Yotam Haber, est conseiller artistique pour le festival Mata à New York, fondé entre autres par Philip Glass, un festival auquel le NEM a déjà été invité et qui rassemble, en son sein, plusieurs compositeurs de la communauté juive.

Yitzhak Yedid

Tout comme Yotam Haber, Yitzhak Yedid puise dans ses origines pour trouver l’inspiration. Leurs œuvres respectives incorporent en effet des fragments de chants et de prières liturgiques juifs dans un langage musical résolument tourné vers la modernité. « Je me penche depuis plusieurs années sur les manières d’explorer mon passé tout en portant un regard sur mon avenir. Mon objectif était de composer une œuvre basée sur des textes de poètes israéliens contemporains chantés par une mezzo-soprano, et d’y marier – ou d’y opposer – des cantillations traditionnelles et des textes liturgiques tirés des enregistrements réalisés par Leo Levi, lesquels sont pratiquement toujours récités par des hommes », explique Yotam Haber. Yitzhak Yedid, quant à lui, s’est intéressé à la musique juive sépharade et à la texture microtonale de ses mélodies. Dans Kashosh Kadosh and Cursed, il s’en inspire pour créer des harmonies d’une grande densité et y intègre des thèmes liturgiques. « Ce sont des œuvres importantes, d’une vingtaine de minutes, très consistantes par leur contenu, leur rapport à la poésie et aux textes hébreux. Je suis très contente que la Fondation Azrieli nous ait choisis comme interprètes. Depuis mars, évidemment, nous n’avons pas du tout retravaillé ensemble. C’est le 21 septembre au matin que je retrouve les musiciens autour de l’œuvre de Yitzhak Yedid », se réjouit Lorraine Vaillancourt. La directrice musicale du NEM nous confie deux expériences marquantes qui l’ont notamment amenée à découvrir cette culture musicale. « Du temps où nous faisions des biennales, nous en avions organisé une autour des musiques du Moyen-Orient et une autre centrée sur le thème de la paix. À cette occasion, le NEM avait joué plusieurs compositeurs d’origine juive. De plus, j’ai eu la chance de faire partie d’une mission culturelle à Jérusalem et à Tel-Aviv. Nous étions un petit groupe d’artistes (musiciens, gens du théâtre et des arts visuels) à rencontrer certains compositeurs. Nous en avons invité d’autres à venir ici. C’est dans notre imaginaire collectif. On a tous entendu à un moment ou un autre ces magnifiques chants de cantor et de liturgies juives, même si on ne le sait pas toujours. »

Yotam Haber. Photo: Brian Tarnowski

Toutefois, quelles que soient les origines ou les racines des compositeurs, c’est avant tout le contenu des œuvres et leur apport à la création musicale qui doivent primer. « Quand j’écoute un compositeur, je me demande rarement de quelle origine il est et encore moins de quelle religion. Tout cela n’est pas nécessaire, estime Lorraine Vaillancourt. Bien sûr, certains compositeurs puisent de façon précise dans la musique de leur pays d’origine, folklorique ou religieuse. Ce sont des compositeurs qui, semble-t-il, sont intéressés par leur histoire, qui se demandent comment on fait pour ne pas oublier cette histoire et, en même temps, regarder vers l’avenir. C’est le défi de tout créateur et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais fondé le forum des jeunes compositeurs, au tout début. » Sur le sujet de l’identité, Lorraine Vaillancourt ajoute : « En 1991, quand nous avons organisé le premier forum, la question était beaucoup plus tranchée. Les jeunes compositeurs n’étaient pas encore sortis de leur pays. Ils vivaient au cœur de leur nationalité, si je puis dire. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il reste de l’identité quand on sait qu’ils viennent souvent d’une famille recomposée, qu’ils naissent quelque part, qu’ils étudient ailleurs et vivent ensuite de nouveau ailleurs ? Il y a un tel voyage qui se fait, une telle circulation d’idées que ça devient très riche, exigeant et difficile d’intégrer tout ça […] C’est intéressant ensuite de voir comment ils voient leur propre identité. »

L’œuvre de Keiko Devaux, par exemple, témoigne d’influences multiples, récoltées au gré des voyages de la compositrice. Les rencontres contribuent au métissage culturel et jouent ici un rôle de transmission important, souligne Mme Vaillancourt. « Keiko est née dans l’ouest du Canada. Elle fait référence, dans Arras, à des chansons qu’elle entendait en Alberta. On est loin de l’Orient, bien sûr, mais cette part-là est quand même en elle. Elle a étudié en Europe et a beaucoup fréquenté Salvatore Sciarrino, un compositeur qu’elle admire, je pense. Il n’y a pas seulement la racine, il y a aussi tout ce que l’on apprend, toute l’influence des compositeurs européens jusqu’à Bartók, Schoenberg. Ce qui reste important, c’est que ces jeunes s’inscrivent dans un mouvement de création, de découvert. »

Certains événements auxquels devait participer le NEM ont dû être reportés jusqu’en 2021. C’est le cas des représentations de L’Orangeraie, opéra contemporain de Zad Moultaka sur un livret de Larry Tremblay. Une vidéo regroupant l’ouverture et quelques scènes de cet opéra est néanmoins en préparation pour le mois d’octobre, dans une mise en espace adaptée aux circonstances, afin de donner un avant-goût au public. En novembre, le NEM prévoit un concert à l’abbaye d’Oka, devant public, avec deux compositeurs au programme, André Hamel et Sandeep Bhagwati.

Le concert du 22 octobre sera diffusé en direct sur medici.tv et sur la page Facebook de la fondation.

Pour tous les détails à venir, visitez www.lenem.ca

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