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«Je vis entre deux mondes, » explique la pianiste et compositrice Alice Ping Yee Ho. Originaire de Hong Kong, elle a étudié la musique au Royaume-Uni et en Allemagne avant de s’installer à Toronto. À propos de cette rencontre entre la musique chinoise traditionnelle qui a bercé son enfance et son éducation en musique classique occidentale, elle affirme que sa « capacité d’écoute et de création en a été façonnée ».
Sa formation en Europe l’aide à composer de façon logique, presque mathématique, alors que les influences de sa culture d’origine l’encouragent à envisager l’impact émotionnel d’une pièce et parfois à s’éloigner de ce qui peut être la progression la plus « logique ».
Son nouvel album The Imagined, avec la pianiste Christina Petrowska Quilico, présente des œuvres complexes sur le plan technique qui reflètent « son vécu et son esprit » autant que ceux de ses collaborateurs. Tout en insistant sur les histoires et espaces imaginés, sa musique traduit et évoque des émotions réelles, comme la nostalgie, l’introspection et la paix.

Christina Petrowska Quilico et Alice Ping Yee Ho. Photo : Cathy Ord
Une touche personnelle
Composé par Ho au cours des quatre dernières années, The Imagined rassemble quatre œuvres pour piano seul, dont trois ont été écrites pour des pianistes d’origine chinoise : Tong Wang, Han Chen and Philip Chiu. « Cet album me tient particulièrement à cœur », dit-elle, évoquant l’entrecroisement des influences est-asiatiques et des traditions occidentales qui le traversent.
Dans l’avant-dernière pièce, The Chinese Nightingale, inspirée d’un conte chinois qui met en scène un rossignol magique voyageant dans le temps, Ho marie ses deux mondes en plus d’inspirations réelles et imaginées.
Commandée par la Müzewest Concerts Society de Vancouver, cette œuvre pour piano seul et instruments électroniques fait appel à une combinaison de vieilles chansons populaires modifiées et de voix humaines qu’elle a fusionnées avec de multiples couches de sons synthétiques. En parallèle, elle exige du piano une fonction ou un son différent. Ce morceau « est un défi pour le pianiste parce que [le piano]imite en quelque sorte un instrument chinois, le pipa, explique-t-elle. Le trémolo est une technique traditionnelle de cet instrument. Son effet est très dramatique – parfois très angoissant, parfois très romantique – et je voulais le reproduire. »
Ho crée ainsi un univers sonore unique qui, enrichi par les sons d’instruments anciens, illustre le cheminement de l’oiseau mystique et rappelle un espace familier et imaginaire qui ne peut être visité qu’à cet instant.
Trouver sa voix
Maintenant bien établie, Ho a mis des années à développer son style. Aux artistes émergents, elle conseille d’« utiliser leur propre culture comme source d’inspiration et de force. Et aussi de faire preuve de curiosité, d’ouverture d’esprit… parce que trouver sa voix exige beaucoup de patience. »
Souvent, on attend des artistes issus d’une culture ou d’un parcours particulier qu’ils jouent le rôle de porte-parole – une seule personne qui représente et défend les expériences de tout un groupe. Si elle reconnaît que ces attentes peuvent être difficiles à satisfaire, elle suggère aux jeunes de partager leurs propres histoires et points de vue, car « le monde a besoin de voix authentiques et sincères ».
The Imagined paraîtra le 8 mai sur étiquette Navona.
Une version longue du premier morceau, Pictures from an Imaginary Exhibition, sera jouée en première mondiale avec le Kindred Spirits Orchestra le 16 mai.
www.alicepyho.com
Traduction : Véronique Frenette
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