La Faculté de musique de Toronto : l’institution de classe mondiale célèbre ses 100 ans

0

La faculté de musique de l’Université de Toronto compte aujourd’hui l’un des plus importants corps étudiants de toutes les écoles de musique : 896 à ce jour. Il y a cent ans, la faculté n’avait pas d’étudiants et seulement quelques professeurs.

En effet, la faculté ne comptait littéralement aucun étudiant, car avant 1918, l’Université de Toronto n’exerçait que l’administration d’examens à des candidats externes qui étudiaient de manière indépendante. Si un candidat réussissait un certain nombre d’examens, il obtenait son diplôme en musique. Pour les lecteurs actuels, l’analogie la plus proche de ce format serait les examens proposés par le Royal Conservatory of Music qui, soit dit en passant, fut lié à l’Université de Toronto de 1919 à 1991.

CROISSANCE STABLE

La structure de la faculté basée sur les examens a changé après la fin de la Première Guerre mondiale. En 1919, le corps professoral hétéroclite de l’Université de Toronto donne dix-huit conférences sur la théorie et l’histoire de la musique. Au cours des décennies qui suivent, des classes régulières ont été introduites, suivies d’un accroissement du curriculum et des programmes. L’année 1962 fut marquante puisque la faculté a emménagé dans son siège actuel, l’édifice Edward Johnson, qui est également le premier édifice conçu pour les études musicales au Canada.

L’année 2018 marque une date tout aussi importante, puisque la faculté fête son 100e anniversaire. Les célébrations du centenaire abondent, notamment la visite de nombreux invités de marque, des collaborations de concerts entre plusieurs régions et des événements publics informatifs. La faculté a de quoi être fière. À ce jour, on compte près de 7000 diplômés de 14 programmes d’études différents.

BRILLANT AVENIR

Alors que la faculté se prépare à entrer dans son deuxième siècle, elle peut contempler de nombreuses réalisations et en espérer davantage. Quand on lui demande ce qu’il a en tête pour les cent prochaines années, le doyen Don McLean répond :

« Qui en 1918 aurait pu prédire le monde musical de 2018 ? Enregistrement, radio, diffusion, Internet ! Qui se risquerait à imaginer 2118 ? Mais nous savons que la musique du prochain siècle sera internationale – locale en action, globale en portée; elle sera interdisciplinaire – son impact dans beaucoup d’autres disciplines et domaines deviendra normatif; et elle sera innovante – la musique continuera d’être à la fine pointe du développement technologique comme l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et la bio-ingénierie, et elle conduira au développement d’infrastructures permettant de créer des espaces “sonores” habitables. »

Quoi qu’il en soit, comme le dit le doyen McLean, l’Université de Toronto préparera sûrement « la prochaine génération de leaders culturels centrés sur la communauté et mondialement informés ».

DANS LEURS PROPRES MOTS

Tout au long de cette longue et riche histoire d’excellence académique et artistique, la faculté a tissé une communauté diversifiée et dynamique d’innombrables étudiants, professeurs et anciens élèves. Voici les faits saillants de quelques personnes qui sont passées par la faculté de musique.

Quel aspect de la pédagogie aimez-vous le plus ?

J’aime faire partie du processus de développement et assister aux changements chez les jeunes chanteurs âgés de 18 à 30 ans. Je suis un catalyseur pour la progression de leur talent artistique en tant que chanteurs. Chaque voix et chaque talent sont si différents que je renouvelle constamment mes idées et ma compréhension, tout en nourrissant les leurs. En tant que mentor dans le programme de pédagogie vocale pour diplômés, je vois des talents intuitifs s’épanouir et se développer. Faire des découvertes vocales et musicales ensemble est extrêmement satisfaisant. Au fur et à mesure que mes élèves prennent confiance en leur talent, je fais un pas en arrière et je les regarde inspirer, soutenir et encourager les autres. Le monde a besoin de cette interaction musicale.

– Lorna MacDonald, professeure associée et
responsable des études vocales

Les cours particuliers de composition, notamment (mais pas exclusivement) avec des étudiants diplômés qui posent des questions importantes et cherchent des réponses au-delà de la technique musicale. Je dis souvent que si mes étudiants apprennent de moi la moitié de ce que j’apprends d’eux, ils auront beaucoup appris. Le meilleur apprentissage se déroule dans un environnement de confiance et entre amis. Le respect d’un enseignant doit être mérité, pas exigé. J’insiste pour que mes élèves m’abordent par mon prénom et les encourage à ne pas être d’accord avec moi pour qu’ils puissent développer leur propre réponse créative au monde. Ce contact personnel est incroyablement stimulant et je suis rarement fatigué d’enseigner en privé pendant de nombreuses heures. Je considère ce type de contact comme un cadeau et j’en suis reconnaissant.

– Christos Hatzis, professeur de composition

Enseigner est un processus d’exploration constante dans un environnement collaboratif et j’adore cette découverte partagée. Voir et entendre les moments de déclic au fil du temps, observer les jeunes musiciens devenir plus matures et indépendants, puis prendre leur envol, tels sont les privilèges remarquables d’une carrière d’enseignement de 43 ans. Quel cadeau ! Si les élèves apprennent à aimer le processus de cette manière, leur croissance musicale continue est assurée.

– Hilary Apfelstadt, professeure émérite d’études chorales

Comment l’Université de Toronto a-t-elle fait de vous un meilleur artiste ?

Une grande partie du développement musical est due aux mentors. J’ai eu la chance que l’Université de Toronto me présente un de mes meilleurs mentors, la Dre Elizabeth McDonald. Grâce à ses conseils, j’ai beaucoup appris sur ce que signifie être un grand artiste : disposer d’une technique fiable, mais aussi être le genre de personne sur laquelle les autres peuvent compter. Non seulement elle m’a appris à chanter, mais elle m’a aussi encouragée à explorer ce que mes oreilles entendent et ce que mon cœur considère comme socialement juste; les trois ne doivent pas être séparés. Ses conseils n’ont été que plus soulignés par mes autres mentors : la Dre Hilary Apfelstadt, le Dr Stephen Philcox et les professeures Mia Bach, Kathryn Tremills et Monica Whicher, pour n’en nommer que quelques-uns. Ils m’ont tous appris à me surpasser et à être une artiste complexe et responsable. Ils ont donné l’exemple et on ne pouvait qu’être inspiré.

– Alexandra Smither, soprano
(BMus de l’Université de Toronto, MMus de Rice)

L’Université de Toronto m’a certainement aidée dans mon parcours pour devenir l’artiste que je souhaite être. Pendant mes études, j’ai pu travailler avec des professeurs et des artistes vraiment inspirants aux côtés d’un groupe d’étudiants talentueux et assidus. Le programme a poussé mes limites musicales pour laisser place à une musicienne qui comprend la musique et une voix qui m’était inconnue.

– Clarisse Tonigussi, fondatrice du projet Canadian Women Composers (BMus et MMus de l’Université de Toronto)

DANS L’ORDRE HABITUEL : LORNA MACDONALD, HILARY APFELSTADT, ALEXANDRA SMITHER, CHRISTOS HATZIS, CLARISSE TONIGUSSI. ILLUSTRATION : HEFKA.

Quelle a été votre expérience la plus inoubliable à l’Université de Toronto en tant que créateur musical ?

J’ai eu beaucoup d’expériences inoubliables. Certaines de mes collaborations musicales ont commencé avec des collègues de l’Université de Toronto, comme le Gryphon Trio, avec lequel je me suis engagé dans un voyage de découverte mutuelle à travers notre collaboration dans le théâtre multimédia musical avec Constantinople; le St. Lawrence String Quartet, quand il fut invité à la faculté de musique et me commanda mon deuxième quatuor à cordes en 1999. Peu de temps après la première à Toronto, le quatuor a enregistré un disque avec mes deux quatuors à cordes pour EMI et effectué une tournée internationale avec ces œuvres. La première de mon premier concerto pour flûte avec le virtuose de la flûte française Patrick Gallois accompagné de professeurs et de musiciens étudiants à Walter Hall en 2003; l’interprétation de ma composition pour orchestre The Isle is Full of Noises par l’Orchestre symphonique de l’Université de Toronto en 2017. Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses expériences merveilleuses.

– Christos Hatzis, professeur de composition

Participer au Festival international Bach avec Helmut Rilling et créer, produire et interpréter Marrying Mozart pour l’année anniversaire de Mozart. Deux événements qui ont poussé mes limites comme artiste.

– Lorna MacDonald,
professeure associée et responsable des études vocales

Travailler avec des compositeurs invités était un moment fort. Dans les études chorales, nous avons eu la chance d’avoir entre autres Alice Parker, Eleanor Daley, Ruth Watson Henderson, Morten Lauriden, Ola Gjeilo, Imant Raminsh et Steven Chatman. Les interprétations de leur musique et les collaborations correspondantes avec d’autres musiciens ont été une source d’inspiration. Nous avons également eu la chance de faire jouer deux fois des ensembles au Lincoln Center.

– Hilary Apfelstadt, professeure émérite d’études chorales

En 2017, alors que je terminais ma maîtrise à l’Université de Toronto, j’ai organisé seule une tournée pancanadienne d’un récital de musique vocale féminine canadienne. Ce fut l’expérience la plus amusante et stimulante que j’aie jamais vécue. Grâce à des contacts à l’Université de Toronto, j’ai également pu commander une nouvelle œuvre pour soprano et piano pour la tournée de la diplômée de l’Université de Toronto Rebekah Cummings (alors étudiante), que j’ai jouée dans dix-neuf concerts à travers le pays.

– Clarisse Tonigussi, fondatrice du Projet sur les compositrices canadiennes (BMus et MMus de l’Université de Toronto)

Lorsque j’ai commencé à travailler à l’Université de Toronto en 2010, j’ai eu la chance de faire partie du groupe de musique contemporaine GamUT, alors dirigé par Norbert Palej. J’y ai découvert la musique classique contemporaine. Norbert avait vraiment confiance en moi et m’a poussée, me confiant des œuvres de Schnittke et de Górecki au cours de mon premier semestre. Ces œuvres m’ont ouvert les oreilles à des sons que je n’avais jamais imaginés, à des mondes sonores que je n’avais jamais explorés. Je me souviens de m’être acharnée sur des partitions, d’avoir pleuré parce que je ne pouvais pas compter et de me sentir exaltée sur scène entre de nouveaux sons et collègues. Huit ans plus tard, une grande partie de mon art est basée dans ce monde. Ce premier concert a fondamentalement modifié le cheminement de ma carrière et je ne l’ai jamais regretté.

– Alexandra Smither, soprano
(BMus de l’Université de Toronto, MMus de Rice)

Qu’est-ce que vous vous efforcez de transmettre à vos étudiants ?

Être intrépide, honnête et authentique en tant qu’artiste. La créativité ne se maîtrise pas. Elle vous maîtrise lorsque vous lui permettez de vous posséder et de vous façonner. Il n’est pas facile pour les jeunes (ou qui que ce soit d’autre) qui craignent la perte de contrôle de se libérer de leurs inhibitions et de devenir des artistes et des créateurs importants. La certitude promise par l’objectivation de la réalité et promue par la culture universitaire est en contradiction avec la véritable créativité. Les professeurs de créativité doivent lutter pour endiguer l’avalanche de positivisme et créer un environnement propice à la réflexion et au ressenti libres et sans contrainte. Je trouve que les leçons de composition individuelles sont le meilleur moyen [de trouver]ce mode de communication personnelle profonde avec les étudiants. Je profite de l’occasion que me donne l’université pour faire de mon mieux en dialoguant personnellement avec les étudiants de cette façon.

– Christos Hatzis, professeur de composition

Traduction par Mélissa Brien

Partager:

A propos de l'auteur

Carol Xiong is ever-interested in connecting disparate cultures and human experiences. She holds a Bachelor of Music with honours in piano performance and music theory from the Eastman School of Music, as well as an ARCT with first class honours with distinction, in piano performance. She is currently pursuing her master's degree in piano interpretation at the Université de Montréal. You may find out more about her here: www.carolxiong.com

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.