Nicandro e Fileno : un enregistrement historique

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Un an après le succès de la coproduction entre le Nouvel Opéra et les Boréades, un album paru chez Atma Classique à l’automne vient couronner cette pastorale italienne en lui insufflant vie dans l’univers discographique.

Nicandro e Fileno est un opéra pastoral de Paolo Lorenzani sur un livret de Philippe-Julien Mancini, duc de Nevers. Il a été créé au château de Fontainebleau en septembre 1681, où le roi Louis XIV et sa cour venaient se reposer de temps à autre. Déjà subversif dans le contexte de son apparition, puisque le style italien était proscrit par Lully, alors secrétaire du roi, il ne l’est pas moins dans son propos : Nicandro et Fileno, deux amis âgés, conviennent d’épouser chacun la fille de l’autre. Mais les demoiselles ne l’entendent pas ainsi et sont plutôt attirées par le jeune Lidio, invétéré coureur de jupons.

L’absence de dimension théâtrale nous permet ici de nous concentrer sur la musique et la voix. Vocalement, on se délecte du début à la fin de la pureté des lignes, de la virtuosité des ornementations, de la canaillerie des héros éponymes aux émotions à fleur de peau des deux demoiselles. On savoure le timbre hyalin de Suzie LeBlanc ou encore les volutes tout en nuances de Philippe Gagné. Sans jamais perdre le texte, les chanteurs du Nouvel Opéra nous plongent au cœur de l’esthétique vocale baroque de cet opéra qui navigue entre les sentiments dominants du théâtre musical de l’époque : espérance, ironie, tendresse, trahison, enthousiasme et désespoir.

Les musiciens des Boréades sont tout aussi exquis. Encadrant l’œuvre de Lorenzani avec une ouverture et une chaconne de Lully – il y a peut-être ici quelque ironie à voir Lully, qui n’a pas rendu la tâche facile à son rival, l’enserrer ainsi –, l’orchestre fait montre de sa parfaite compréhension de ce répertoire. Tensions, inflexions, changements de vitesse donnent une direction claire et une âme à cette pastorale. Mark Edwards fait un travail de soutien admirable au clavecin.

On aurait bien du mal à trouver à redire de cette production. Il s’agit d’une franche réussite pour cette première historique de la pastorale de Lorenzani, œuvre qui dormait depuis plus de trois cents ans, îlot de style italien sorti de la mer indomptable de la tragédie en musique à la française. Le livret du disque de quarante-quatre pages contient même le texte de la pastorale en français, italien et anglais et la grande qualité de l’enregistrement préserve toute l’authenticité de l’œuvre. Nous avons déjà hâte à la prochaine coproduction.

www.atmaclassique.com

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie). Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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