L’orchestre Métropolitain en Europe dans la Cour des Grands

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L’année 2017 restera gravée dans la mémoire de Yannick Nézet-Séguin et son Orchestre Métropolitain. Leur tournée de sept concerts en Europe, qui s’est amorcée à la Konzerthaus de Dortmund le 26 novembre et s’est terminée à la Philharmonie de Paris le 3 décembre, a été sélectionnée pour un grand prix par le Conseil des arts de Montréal. Le gagnant sera annoncé en mars.

Comme je l’ai noté dans une dépêche de Paris, la tournée a été un succès à tous les niveaux : « Les spectateurs ont été charmés par les nouveaux arrivants. Les normes de jeu étaient élevées. Surtout, la tournée a été une apothéose pour un ensemble qui a longtemps fait son travail dans la banlieue de Montréal et dans la fosse de la salle Wilfrid-Pelletier. Ces musiciens pouvaient traverser l’océan et sonner comme un orchestre qui mérite une place dans les meilleures salles d’Europe. »

Comment cela est-t-il possible ? Une partie de l’explication est l’excitation pure de se présenter dans des villes célèbres, et l’autre la pleine confiance des musiciens en leur chef d’orchestre, une confiance réciproque. Lorsqu’on lui demande pour combien de temps on peut s’attendre à ce qu’il reste avec l’orchestre qui lui a donné sa première chance, Nézet-Séguin renverse la situation :

« Si je peux visiter ces grandes salles avec mon orchestre, enregistrer pour Deutsche Grammophon et ATMA et amener l’orchestre à des sommets encore plus hauts à chaque concert, pourquoi partirais-je ? »

Cologne, 30 Novembre

Dans le hall de la Philharmonie de Cologne, des CD sont rangés sur une table. Les abonnés de la série Internationale Orchester les regardent, intrigués.

« C’est excellent, » dis-je, pointant l’enregistrement ATMA de La Mer de Debussy par l’Orchestre Métropolitain, sans doute le plus gros succès de la tournée européenne. « Bien sûr ! » répond une femme d’âge moyen, presque avec indignation. « Yannick ! »

Bien sûr : Yannick. Les Allemands sont familiers avec le chef d’orchestre Nézet-Séguin, tout comme les Néerlandais, qui l’ont entendu mener l’OM une semaine plus tôt au Concertgebouw d’Amsterdam. Que le Concertgebouw représente le sommet de la tournée reste à confirmer – Rotterdam, Hambourg et deux concerts à Paris sont à venir –, mais le chef d’orchestre est confiant d’avoir atteint un nouveau plateau.

« Une soirée comme celle-ci démontre l’importance pour un chef d’orchestre d’avoir une relation durable avec un orchestre », déclare Nézet-Seguin, directeur musical depuis 2000, lors d’un point de presse après le concert. « Et c’est aussi une question de stabilité. Plusieurs des musiciens fondateurs d’il y a 37 ans sont encore présents. Ensemble, on fait de la meilleure musique. »

Naturellement, l’acoustique de ce fameux édifice de 1888 y est pour quelque chose. « Amplifiée par l’histoire », commentait succinctement Stéphane Tétreault, le soliste du Concerto pour violoncelle d’Elgar. Mais la grande musique ne se fait pas d’elle-même. Un jeu grossier sera entendu comme tel. Un jeu faible sans engagement ne quitte jamais la scène.

« C’est quelque chose de physique qui devient métaphysique », déclare Nézet-Séguin à propos des pianissimi haute définition qu’il a suscités (et obtenus) dans le Concerto pour la main gauche de Debussy, Elgar et Ravel. « Maintenant, je pense que nous avons atteint ce niveau avec le Métropolitain. »

La foi de Nézet-Séguin en ses musiciens pourrait se mesurer à sa décision de se passer de baguette dans La Mer. La raison de cette décision était de forcer l’écoute attentive qu’exige le Concertgebouw. La prestation d’Amsterdam était-elle plus extatique dans son évocation de lever de soleil et d’embrun ? « Je me suis beaucoup amusé au Concertgebouw », déclare un vétéran de la section des cordes. « Plus animée », ajoute un surnuméraire des cuivres.

À mes oreilles, les deux prestations étaient exquises. Debussy exige de diviser 16 violoncelles en quatre pupitres dans le premier mouvement. À Cologne et à Amsterdam, nous avons entendu comment huit musiciens disciplinés dans un état d’esprit nautique peuvent très bien réussir.

Quatre cors ont également été très appréciés lors du début tranquille de la coda, que le chef d’orchestre a amenée de façon organique à une vibrante apothéose. La fin du deuxième mouvement n’était pas moins magique, une tapisserie de vents et de percussions tissées avec des harpes délicates. L’impulsion de la finale était irrésistible. On associe cette musique à la couleur, mais le rythme est ce qui donne vie au paysage marin.

Une ovation a suivi dans les deux villes, tout comme un discours reconnaissant livré en anglais de la scène. Puis, comme rappel, Nimrod d’Elgar, merveilleusement doux, sauf lorsque les émotions refoulées sont libérées dans une splendeur victorienne.

Chaque concert de cette tournée, à l’exception des deux derniers, s’ouvre avec une œuvre québécoise, soit Kaléidoscope de Pierre Mercure (1948) – ouverture à Dortmund – ou Exil intérieur (2012) de l’ancien compositeur en résidence Éric Champagne. J’étais assis trop près de la scène de la Philharmonie de Cologne (un amphithéâtre enveloppant datant de 1988) pour repenser affectueusement à ce pot-pourri de 16 minutes d’impulsions consonantes et dissonantes, qui atteint au moins 10 conclusions fortissimo retentissantes avant de finalement se terminer. Les fanfares stridentes et les solos injustifiés étaient plus faciles à écouter à Amsterdam. Mais il faut signaler que dans les deux cas le public a accueilli chaleureusement ce manifeste anti-minimalisme.

Après le champagne est venu le caviar, sous la forme du Concerto pour la main gauche de Ravel. Il ne pouvait y avoir aucun début brumeux dans l’acoustiquement vive Philharmonie de Cologne, mais la ligne de contrebasson était parfaitement juste, lyriquement parlant. Alexandre Tharaud semblait plus soutenu au Concertgebouw (où le piano lui-même semblait être en meilleur état). Mais ce Français amoureux du Québec a eu du mal dans les premières minutes à créer l’effet majestueux qu’exige fondamentalement ce chef-d’œuvre étonnant. Les deux soirs, il a utilisé la partition.

Pas de telle béquille pour Tétreault, qui a combiné un phrasé expressif et un ton plaintif pour créer une interprétation personnelle d’une œuvre qui n’en demande pas moins. Le jeune homme de 24 ans a été qualifié de « casse-cou » par le directeur général du Concertgebouw, Simon Reinink, après la prestation pour sa large gamme dynamique. Les rythmes étaient également remarquablement libres et des touches de portamento étaient prodiguées lorsque nécessaires.

Rien de tout cela ne sonnait statique. En effet, l’instinct de Tétreault pour appliquer et retenir le vibrato était si naturel qu’il fallait un effort critique pour le remarquer. « Vous jouez encore mieux, plutôt que d’être intimidé », a déclaré Nézet-Séguin au violoncelliste, en évoquant tous les fantômes du Concertgebouw. « Ce qui est gage des Grands. » L’accompagnement de l’OM était convenablement chaleureux.

Heureusement, le Concerto pour violoncelle à la Philharmonie de Paris a été diffusé sur Mezzo Live HD. (Visitez www.mezzolivehd.tv pour plus d’information.) En y réfléchissant bien, un enregistrement stéréo à l’ancienne pourrait être bienvenu. Bien sûr, Tétreault enregistre pour Analekta, Nézet-Séguin pour ATMA. Peut-être une étiquette hybride pourrait-elle être créée : A et A.

Ce n’était pas un concert de concertos, même si le concept initial de la tournée tel que formulé à Paris était particulièrement chargé en solistes. On retient de Dortmund, Cologne et Amsterdam un très bon orchestre jouant en harmonie avec son chef d’orchestre.

« L’atmosphère est détendue, mais à un niveau élevé », a déclaré le premier cor Louis-Philippe Marsolais lors d’un petit-déjeuner à Amsterdam. « Il (Nézet-Séguin) s’attend au meilleur, mais il sait qu’il ne l’obtiendra pas en vous étrillant. »

« Sa présence nous calme tous », confirme le premier trombone Patrice Richer, un vétéran de 1999 qui a rejoint l’orchestre lorsque Joseph Rescigno était directeur musical. « Il a confiance en tout le monde, peu importe qui. Il nous fait nous sentir mieux et mieux jouer. »

Quant au concert du Concertgebouw, on pourrait dire qu’il s’agit d’un rêve devenu réalité, sauf que peu de musiciens de l’OM ont imaginé que leurs voyages s’étendraient plus loin que Toronto, encore moins à l’étranger.

« Nous avons tellement entendu parler de cette salle, déclare Richer. Cela fait partie de notre éducation. À l’école, vous pensez :  “J’aimerais tant jouer là.” Et maintenant nous y sommes. Jamais en cent ans je ne pensais que cela arriverait. »

Notes en passant. Les musiciens de l’OM sont arrivés à Rotterdam un jour plus tôt pour assister à une réception donnée à l’hôtel de ville par le maire, Ahmed Aboutaleb, qui a dit des mots gentils à Nézet-Séguin tout en rappelant le rôle joué par le Canada dans la libération des Pays-Bas.

Étaient également présents des membres de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, dont YNS est le chef principal sortant. Les solistes à Rotterdam sont la contralto Marie-Nicole Lemieux dans Les nuits d’été de Berlioz et Jean-Guihen Queyras dans le Concerto pour violoncelle n° 1 de Saint-Saëns. Les numéros orchestraux sont le Kaléidoscope de Pierre Mercure et les Variations Enigma d’Elgar.

La soprano et chef d’orchestre Barbara Hannigan était dans la foule au Concertgebouw, pour rencontrer Yannick et sa sœur Sheila Hannigan, qui joue dans la section des violoncelles.

Plaisanterie de la tournée: Après une répétition plutôt réussie du Concerto pour violoncelle d’Elgar à Dortmund : « Pensez à ce qu’il pourrait faire avec un meilleur instrument ! » Tétreault utilise le superbe Stradivarius Comtesse de Stainlein, ex-Paganini de 1707 prêté par Jacqueline Desmarais, qui a également rendu la tournée OM d’Europe possible.

Rendre ses priorités claires. Nézet-Séguin dans une entrevue pour le magazine interne du Concertgebouw : « Montréal est la ville où vit toute ma famille, mes parents, mes sœurs. Mon partenaire joue de l’alto dans cet orchestre. C’est vraiment l’endroit où se trouvent mes racines. Les quatre ou cinq programmes par an ne me prennent pas beaucoup de temps. »

La citation la plus mémorable a été transformée en titre : « Mes chats vivent à Montréal. »

Hambourg, 2 décembre

« Suche Karte ». Cherche billet. C’est toujours un bon signe, littéralement, dans les pays germanophones, où il est courant d’annoncer votre situation malheureuse en écrivant deux mots en gros sur un morceau de carton.

Effectivement, une visite à la billetterie de l’Elbphilharmonie a confirmé que la cinquième partie de la tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain affichait complet. Huit mille demandes, 2100 sièges. Suche Karte…

L’énorme demande ne peut s’expliquer par les raisons habituelles. Les solistes Marie-Nicole Lemieux et Jean-Guihen Queyras sont bien connus, certes, mais pas au point de faire salle comble.

Yannick Nézet-Séguin est reconnu partout. Hambourg n’est pourtant pas sa ville. En effet, ce que cette ville recèle qui se rapproche le plus d’un maestro résident nord-américain est Kent Nagano comme directeur musical général de l’Opéra d’État de Hambourg .

Et le répertoire ? Pierre Mercure, Berlioz, Saint-Saëns et Elgar : guère un menu fait pour les Hambourgeois. Clairement, la romance d’un orchestre canadien peu connu qui fait ses débuts à l’étranger a captivé l’imagination du public de Hambourg.

« Pendant 37 ans, cet orchestre est resté au Canada », a déclaré YNS à la foule après une interprétation manifestement excellente des Enigma Variations d’Elgar. « Maintenant, il est à l’extérieur du Canada pour la première fois. »

Cela a provoqué une salve d’applaudissements. Nous avons même entendu un cri de « Merci ! » après le rappel, Pavane pour une infante défunte de Ravel, joué avec des bois mélodieux et les cordes les plus douces imaginables.

Il y a eu beaucoup de choses dont on peut être reconnaissant, notamment le lieu, l’époustouflante Elbphilharmonie, une féerie de 110 mètres de haut en panneaux de verre incurvés perchée de façon improbable sur les briques restantes d’un entrepôt riverain datant de 1963.

L’intérieur est aussi remarquable. Des escaliers dignes d’Escher mènent à une salle à différents niveaux de sièges en terrasse, y compris certains qui sont plutôt alpins. Il y a un parterre, mais le concept est distinctement de musique en cercle.

Quant au design, il n’est pas tant futuriste que rétro moderne. Certaines courbes n’auraient pas été déplacées à Expo 67. Les surfaces, inévitablement, sont blanc cassé et gaufrées avec des échancrures en forme de coquille dans le but de diffuser le son.

Lequel son était superbe. L’équilibre était excellent dans Les nuits d’été de Berlioz (Lemieux moins encline à s’attarder) et le Concerto pour violoncelle n° 1 de Saint-Saëns (Queyras, vital et incisif). Les deux ont reçu leur part de bravos. Hélas, l’œuvre inaugurale canadienne, le Kaléidoscope de Mercure, n’a pas reçu l’accueil qu’elle méritait. Comme toujours, le numéro orchestral principal a fait la plus forte impression. Elgar explore un large éventail de couleurs et de niveaux dynamiques et les joueurs OM étaient à la hauteur. Quiconque pouvait douter des habiletés techniques de cet orchestre a dû se raviser en entendant les doubles croisés fortissimo de la Variation XI (ceux-ci représentant un bulldog dévalant une berge pour se baigner).

Pourtant, c’était la projection juste de l’état d’esprit britannique du compositeur, plein de cœur et indubitablement incomparable, qui rendait cette prestation si impressionnante. Tout le monde parle de Nimrod, mais le point culminant fut la Variation V, sous-titrée « RPA » Il serait difficile d’imaginer des cordes plus chaleureuses ou des bois plus bavards et agréables. Nézet-Séguin comprend cette musique et les joueurs, ipso facto, la comprennent aussi.

Paris, 4 Décembre

Avez-vous déjà vu un chef d’orchestre pleurer sur scène ? Je veux dire, un autre que Leonard Bernstein ?

Nous pouvons ajouter à cette liste exclusive le nom de Yannick Nézet-Séguin, qui a été vu s’essuyer discrètement les yeux dimanche après les Enigma Variations d’Elgar, une prestation qui a marqué la conclusion officielle d’une tournée européenne de six villes et sept concerts de l’Orchestre Métropolitain.

Il y aurait un rappel : Pavane pour une infante défunte de Ravel, faite dans les tons les plus souples imaginables. Nous devons résister à la tentation de considérer la dernière chose entendue comme la meilleure. Mais bonté, quel son !

Et quelle ovation des Parisiens, qui ont fait salle comble aux deux concerts, donnés dans le cadre d’un « week-end Montréal » (lisait-on dans le programme) et juste à côté du festival « Le Québec à la Villette » (La Villette étant l’ancien quartier d’emballage de viande où la salle de la Philharmonie, sinueuse et hypermoderne, a ouvert ses portes en 2015).

Tout cela rend plutôt curieux le fait que la Phiharmonie de Paris n’ait pas jugé bon d’inclure une composition québécoise dans l’un ou l’autre des programmes. Chaque hall en Allemagne et en Hollande a accepté une pièce d’ouverture écrite au Canada. Nézet-Séguin a réussi à faufiler dans les dernières minutes l’Exil intérieur d’Éric Champagne en rappel, ce qui signifie qu’il a fait partie des diffusions Mezzo Live HD et Radio Classique.

Nézet-Séguin a qualifié les Parisiens de « cousins » dans un discours sincère adressé depuis la scène. La veille, il a attiré l’attention sur la présence d’Elgar au programme (le Concerto pour violoncelle avec Stéphane Tétreault) en tant qu’expression de l’héritage britannique du Canada. Comme dans la musique, l’équilibre diplomatique était parfait.

La tournée, bien sûr, portait sur le langage universel et sur la façon dont cet orchestre le parle. La prestation était à un niveau élevé du début à la fin. La contralto Marie-Nicole Lemieux, actrice chantante, a livré sa prestation la plus inspirée des Nuits d’été de Berlioz devant un public qui comprenait les mots.

Non que cette compréhension ait empêché le public de tousser entre les mélodies, ce qui à son tour a provoqué beaucoup de « chut ! » dans le public et même un cri de « Silence ! » après Le spectre de la rose. Peut-être que tout ce qui parle de « mon tombeau » met certaines personnes mal à l’aise.

Pourtant, ils ont applaudi chaleureusement Lemieux et ont répondu avec enthousiasme au léonin Jean-Guihen Queyras dans le Concerto pour violoncelle no 1 de Saint-Saëns. Ce Français d’origine montréalaise, parlant de la scène, a fait allusion à ses racines québécoises et à ses émotions évoquées par la tournée avant de jouer l’elliptique Trois Strophes sur le nom de Paul Sacher d’Henri Dutilleux en solo en rappel.

Les Variations Enigma d’Elgar se sont aussi bien déroulées. C’est une mesure de la flexibilité expressive de l’orchestre que chaque concert apporte une lumière supplémentaire sur une variation ou une autre. Cette fois, j’ai été particulièrement séduit par le charme de l’Allegretto qui précède Nimrod.

Le point culminant a été l’Elgar de Tétreault, livré comme toujours avec une expression profonde et un ton éloquent. Un phrasé varié dans le finale a offert un microcosme de ce qui rend ce garçon de 24 ans si attachant.

Bon, retour à Paris. Alexandre Tharaud n’était pas l’interprète idéal du Concerto pour main gauche de Ravel, mais il a produit une cadence confiante (et reçu assez d’applaudissements pour donner un prélude de Scriabine en rappel). La montée orchestrale depuis les profondeurs était évocatrice. En tant que plateforme pour l’OM lui-même, ce concerto était un excellent choix.

De même que La Mer de Debussy, même si l’interprétation du samedi (conservée pour la postérité par Mezzo) était plus rigide et moins picturale dans le premier mouvement qu’elle ne l’avait été à Cologne et à Amsterdam. Je me demande si la longue pause décrétée par YNS avant le début a rappelé aux musiciens la présence de toutes ces caméras. Heureusement, la prestation a pris son envol dans le deuxième mouvement et Nézet-Séguin a encore démontré dans la finale son penchant pour créer un élan irrésistible.

Que Nézet-Séguin ait délaissé la baguette si souvent démontre l’intimité de son lien avec l’OM et la probabilité de sa permanence. Peut-être que sa charge de travail relativement modeste à Montréal – à partir de 2020, il jonglera avec le Metropolitan Opera et le Philadelphia Orchestra – fait partie de l’équation heureuse. YNS est certainement une donnée connue, mais aussi une force créative internationale dont chaque arrivée semble particulière.

« Il y a une véritable camaraderie dans cet orchestre », a déclaré le tromboniste Michael Wilson, l’un des rares membres présents à la fondation de l’OM il y a 37 ans, lors d’une célébration post-tournée. « Il n’y a pas de querelles, pas de prises de têtes. Et Yannick en fait partie. C’est un être véritablement chaleureux. »

Wilson parle probablement pour tous en exprimant une combinaison de gratitude et d’étonnement envers l’orchestre qui a commencé comme un ensemble dédié à l’île de Montréal et qui a maintenant une tournée européenne et un cycle de symphonies de Bruckner derrière lui.

La morale de l’histoire ? « Si vous restez assez longtemps, de bonnes choses arrivent. »

Et le gagnant est… Une question d’opinion. Les six salles de concert de cette tournée étaient de grande qualité, bien qu’une certaine dureté puisse placer De Doelen à Rotterdam, une installation de 1966 au vaste intérieur, en bas du classement.

Le clarinettiste principal Simon Aldrich donne les honneurs au Concertgebouw d’Amsterdam de 1888. « Il y a un épanouissement qu’on ne trouve pas dans les autres salles », dit-il, tout en admettant que le prestige du lieu est difficile à exclure d’un jugement subjectif.

Son numéro 2 a été la Philharmonie de Paris, la favorite de Nézet-Séguin, suivi de près par son homonyme à Hambourg, ouverte en début d’année. J’inverserais cet ordre tout en les gardant proches. On pourrait très bien proposer une égalité à trois avec la Dortmund Konzerthaus (2002). La Philharmonie de Cologne (1988) est très bien si vous n’êtes pas assis trop près. Quoi qu’il en soit, c’est très serré.

Travail en équipe: Bien organisé avec seulement une journée libre au milieu d’un horaire de sept concerts, la tournée était relativement paisible. Une blessure au pied dans les deuxièmes violons et un passeport laissé dans un étui à instruments n’ont pas été trop difficiles à résoudre.

« Je suis très fier de mon équipe », a déclaré Jean Dupré, PDG de l’orchestre, qui a fait ses débuts à la Philharmonie de Paris (en particulier, la grande salle Pierre Boulez) en présentant un bouquet au maestro que YNS a tenu haut comme une torche olympique.

C’est un geste que l’ancien chef du comité olympique canadien a pu apprécier. « Si vous maîtrisez les bases, a ajouté Dupré, vous permettez aux gens de faire de leur mieux. »

Profil public: Le public de Hambourg était de loin le plus habillé et le plus démographiquement divers. C’est vraisemblablement les plus jeunes qui ont applaudi entre les airs des Nuits d’été et leurs aînés qui les ont fait taire.

Ailleurs en Allemagne et en Hollande, les cheveux allaient du gris au blanc (sans tenir compte des teintures). Il y avait un bon mélange à Paris, des gens habillés et d’autres arborant un foulard artiste qui ont l’air de fumeurs de Gauloises même s’ils sont non-fumeurs. À Hambourg et à Paris, les nouvelles installations ont créé une vague d’intérêt public.

VIP apercus: L’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, était présent samedi. Dimanche, le pianiste américain formé en France Nicholas Angelich était assis dans la rangée devant moi.

Traduit par Mélissa Brien

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto.

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