Lotte Brott : femme de mérite

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Les administrateurs et les critiques musicaux entretiennent généralement une relation cordialement antagoniste. Peu d’administrateurs se sont montrés aussi cordialement, chaleureusement et ingénieusement antagonistes que Lotte Brott (1922-98), la femme qui a dirigé pendant des décennies l’Orchestre de chambre McGill.

Cet ensemble, désormais rebaptisé Orchestre classique de Montréal, a choisi de concevoir sa saison 2021-22 autour du thème des Femmes de mérite, en hommage au centenaire imminent – le 8 février – de sa matriarche au tempérament de fer.

Si Mme Brott était surtout connue dans le milieu comme la puissance administrative derrière le podium occupé par son mari Alexander Brott (1915-2005), elle était aussi une violoncelliste régulière de l’OCM (ainsi que de l’OSM, de 1941 à 1987). Cette triple fonction lui a néanmoins laissé le temps d’élever deux fils musiciens accomplis, Boris et Denis, tous deux bien connus des Montréalais, le premier ayant succédé à son père à la direction artistique de l’OCM.

Denis Brott, Alexander Brott, Boris Brott, Itzhak Perlman et Lotte Brott

Il serait peut-être opportun de mentionner maintenant que Mme Brott a accompli son travail herculéen malgré des problèmes de santé, qui auraient eu raison des plus forts. Non que cet obstacle ait été apparent pour les spectateurs, dont beaucoup ont dû supposer, sans doute avec raison, qu’elle était assise sur scène avec son violoncelle avant l’ouverture de la salle par empressement à s’échauffer.

Les heures de la journée étaient consacrées à l’orchestre et au maintien de sa liste de solistes invités internationaux. Ou à entretenir les relations avec les abonnés. Le numéro indiqué dans la brochure de la saison était celui du domicile de Mme Brott, avenue Earnscliffe, à NDG.

J’ai reçu ma part d’appels. Parfois, l’objectif apparent était de demander des conseils – comme si les pensées d’un critique d’une trentaine d’années pouvaient être d’une quelconque utilité à l’une des directrices musicales les plus rusées d’Amérique du Nord. Souvent, l’objectif réel était d’émettre un élégant blâme sur un commentaire de la critique de la veille. Je me souviens d’avoir reçu des reproches pour avoir manqué un Messie. Je me souviens aussi que Mme Brott a écouté avec intérêt ma suggestion que l’orchestre envisage de présenter un autre oratorio de Haendel à connotation saisonnière : Judas Maccabæus (toujours une bonne idée).

Son succès était en partie le fruit de son charme personnel. Née à Mannheim et scolarisée en Suisse, Mme Brott (née Goetzel), polyglotte, a apporté l’élégance européenne à la recherche de commanditaires, domaine dans lequel elle peut être considérée comme une pionnière canadienne.

« La technique de Lotte consistait à tout formuler de manière positive, écrit Alexander dans ses mémoires. Nos concerts étaient un “privilège prestigieux” auquel les commanditaires voulaient naturellement être associés. Elle ne suppliait jamais. »

On peut se demander comment Mme Brott se serait adaptée aux avancées technologiques du nouveau siècle.

Des messages textes le lendemain matin ? Rien ne résistait à Lotte Brott.

Traduction par Mélissa Brien

La saison de l’Orchestre classique de Montréal s’ouvre le 9 novembre à la salle Pierre-Mercure. www.orchestre.ca.

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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