Festival international de Bergen : Au pays de Grieg

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L’avant et l’après. Qui, désormais, ne pense pas en ces termes ? Pour des raisons évidentes, plusieurs amateurs de musique ont la nostalgie du premier et le dédain du second.

Pourtant, j’étais là, assis à ma table de cuisine à suivre en temps réel un concert du Festival international de Bergen. La technologie nécessaire pour réaliser ces petits miracles existait bien avant que frappe la pandémie, mais clairement le confinement de l’année dernière a rendu l’utilisation d’Internet (et dans mon cas, d’un ordinateur portable vieux de sept ans) indispensable comme moyen de diffuser et de suivre les arts vivants.

La fête de Bergen de deux semaines, qui donne aux gens une raison de visiter la deuxième ville de Norvège depuis 1953, s’est engagée cette année à renverser la vapeur. La plupart des présentations, couvrant la danse, le théâtre, le cinéma et le folklore ainsi que la musique, sont proposées en diffusion continue, puis sont enregistrées dans les archive accessibles deux jours après la diffusion en direct. Le concert du 3 juin de l’Orchestre philharmonique de Bergen, sous la direction du chef américain James Gaffigan, est offert jusqu’au 23 juin.

James Gaffigan. Foto Thor Brødreskift

La question pour les amateurs à l’étranger est de savoir si de tels événements sont suffisamment captivants pour mériter la dépense de 250 couronnes norvégiennes (à peu près 36$ CA) le billet régulier pour un spectacle de moins d’une heure sans intermède, quand il y a évidemment de nombreux concerts gratuits présentés sur YouTube. La réponse dans ce cas-ci dépend peut-être de ce que vaut pour les spectateurs l’écoute du Concerto pour piano de Grieg joué depuis la Salle Grieg dans la ville d’origine de Grieg par un soliste et un orchestre norvégiens.

Missy Mazzoli. Foto: Thor Brødreskift

Cette impérissable partition a été entendue à chaque Festival international de Bergen à part ceux de 1955 et de 2011. Le panthéon des solistes comprend Sviatoslav Richter (en 1968) et András Schiff (1982). Un Canadien, Jon Kimura Parker, s’est ajouté à la liste en 1991. Leif Ove Andsnes a joué l’oeuvre trois fois, en 1988, 1993 et 2002.

Håvard Gimse. Foto: Ilja Hendel

Cette année, son compatriote Håvard Gimse s’y est attelé pour la deuxième fois, sa première interprétation au festival datant de 1996. Les cascades de l’ouverture étaient brillantes et le sens du rubato était infailliblement naturel. Les chants d’oiseaux aigus de l’Adagio semblaient provenir de la forêt et les rythmes de danse du finale avaient une vigueur splendide.

L’orchestre de Gaffigan a bien rempli son rôle. Les violoncelles ont su faire ressortir le second thème più tranquillo. Les solos avaient du cœur, même si les temps de répit de la flûte étaient plus apparents qu’à Montréal (où on se fait gâter depuis de nombreuses années).

Il y eut des applaudissements rythmés, que Gimse (dont le complet froissé avait l’air emprunté à Boris Johnson) a récompensés par une miniature sporadiquement belle du postromantique norvégien David Monrad Johansen (1888-1974). Le titre, tel que révélé par les sources du festival, est Sålest hua gætl-guten i Lom ette’ gåmålt (Google Translate n’est pas d’un grand secours dans ce cas-ci).

Missy Mazzoli

Ce n’était pas le seul élément inhabituel du programme, et Gimse n’était pas le seul pianiste. La compositrice en résidence du festival, Missy Mazzoli, a ouvert le concert avec la première de The night ahead and no real fate, une pièce de cinq minutes pour piano et électronique résonnante (au lieu de l’orchestre). Les extrêmes du clavier furent amplement explorés. La musique a – tout juste – réussi à rester du côté classique de la mouvance Nouvelle âge.

Vint ensuite l’Adagio de Barber dans l’arrangement usuel pour orchestre à cordes. Une note dans la section de discussion soulignait que cet air pouvait « presque être considéré comme la musique nationale de deuil aux États-Unis ». Le rythme ferme et tourné vers l’avenir de Gaffigan et l’ardeur des musiciens de Bergen mettaient au jour les beautés de cette grande œuvre. Peut-être qu’on devrait l’entendre plus souvent comme telle, en tant que musique pure, plutôt que comme œuvre d’occasion.

Le Festival international de Bergen continue jusqu’au 9 juin. Allez au https://fib.no/

Traduction par Andréanne Venne

 

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A propos de l'auteur

Arthur Kaptainis has been a classical music critic since 1986. His articles have appeared in Classical Voice North America and La Scena Musicale as well as Musical Toronto. Arthur holds an MA in musicology from the University of Toronto. Since 2019, Arthur is co-editor of La Scena Musicale.

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