Études (Hérésies 1-7) – L’habitat immersif nomade

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Après avoir fait éclore les études (hérésies 1-7) à Paris en 2016, la performeuse et chorégraphe Antonija Livingstone présentera pour la première fois, du 8 au 12 mars 2019, sa cocréation avec la scénographe Nadia Lauro, au MAI (Montréal, arts interculturels).

« Nous sommes ravies du partenariat avec la galerie du MAI et Danse-Cité. Il est intéressant que la première soit présentée pendant la Journée internationale des femmes. Nous dansons ensemble dans hérésies 1-7. Nous exprimons plusieurs formes de féminité. Pour moi, la ville de Montréal est comme une ex-flamme, une ex-amoureuse. J’ai toujours quelque chose à lui offrir », mentionne Mme Livingstone, travaillant depuis 2002 avec Damaged Goods/Cie Meg Stuart, en Europe.

Symposium sur les méthodes queer

En collaboration avec les artistes Stephen Thompson et Kennis Hawkins, ainsi qu’avec le compositeur berlinois Brendan Dougherty, les études figurent à mi-chemin entre la performance et les arts plastiques. D’une certaine manière, il s’agit d’un véritable sanctuaire queer.

Soulignons qu’il n’y a pas d’interprète dans cette compagnie formée d’« hérétiques ». « Le rôle qu’on associe au terme interprète ne fait pas partie de l’idéologie de ma pratique. Nous sommes tous des caretaker kin de la performance devant le public, qui nous rejoint dans cette situation de soins. Les artistes activent les éléments sculpturaux sur scène, ce qui produit une chorégraphie. Tout le monde jette son corps à la bataille, moi y compris. Je ne peux m’y soustraire », souligne-t-elle.

La chorégraphe, qui multiplie les projets en Europe et en France, a beaucoup œuvré, notamment avec Benoît Lachambre, Meg Stuart, Jennifer Lacey, ainsi qu’avec la créatrice en arts visuels Dominique Pétrin. Quant aux artistes avec qui elle s’est liée pour les études (hérésies 1-7), elle n’a qu’une pluie d’éloges à leur offrir. « Stephen, originaire de Calgary, est basé depuis 12 ans en France. Il est l’agent principal du spectacle. C’est un performeur, un danseur et un chorégraphe. Il s’affirme sur plusieurs niveaux de création et comprend dans son cœur mes enjeux. Kennis Hawkins est une danseuse new-yorkaise et docteure en formation de médecine chinoise. Elle représente pour moi une reine amazone dans la virtuosité de sa présence, de son élégance. »

Photo : Géraldine Perrier-Doron

Le tempo de l’escargot

La présence des animaux tient une place importante dans l’œuvre de Livingstone, qui a établi un rapport performatif avec des pythons, des chihuahuas, des chevaux de trait avec leurs compagnons humains. « Au début, je ne savais pas pourquoi [j’intégrais des animaux dans les événements performatifs]. Mais les animaux ont une écoute profonde. Il faut nous-mêmes participer à cette écoute pour améliorer la condition humaine et les conditions entre espèces », croit-elle.

Dans les études, un escargot géant est utilisé comme agent hérétique marquant le rythme du scénario, comme un métronome qui bat la mesure de manière poétique, mais soutenue, la partition de l’installation. « On a créé une bibliothèque chimérique dont nous sommes les bibliothécaires. Je suis fascinée par la notion d’une bibliothèque remplie de livres sacrés, comme un espace de drague. Cet espace de culture et de littérature est comme une espèce en voie de disparition qui nécessite des soins », explique-t-elle.

Les sept hérésies sont des actions, des relations et des choses. Elles n’ont rien à voir avec des actions contre une religion ou contre un gouvernement. Ce qui est ici véhiculé, c’est davantage l’indépendance d’esprit pour la qualité de la présence, peut-être démodée.

« On parle d’un geste sculptural, de mouvement, de sketch, bref, d’une étude élaborée en série et coexistant dans l’environnement, comme des voix polyphoniques. Il y a des notions d’éros, de logos et de pathos, que ce soit l’écoute, le toucher, la lenteur ou la réflexion. On veut affirmer doucement les hérésies contemporaines », précise la conceptrice des études (hérésies 1-7).

Photo : Géraldine Perrier-Doron

Il fait Chaud

Au-delà de sa création des études (hérésies 1-7), Antonija Livingstone est réellement passionnée de collections performatives. Le moteur créatif est reparti de plus belle et est même en pleine ébullition. « Je suis en pleine création avec Chaud, une nouvelle collection 2018-2020. Cette collection se construit avec une jeune artiste, compositrice et performeuse invitée de Montréal, Mich Cota. Grâce aux efforts du commissaire Ji-Yoon Han de la Fonderie Darling et de la ménagerie de verre à Paris, où Livingstone est artiste associée, la collection est coproduite par l’Agora de la danse. Il y aura une avant-première à Montréal, en septembre 2020 », précise-t-elle.

« Pour l’instant, Chaud n’existe pas sur un plateau ni dans une galerie. Nous avons travaillé beaucoup à l’extérieur, dans les jardins, des châteaux, les champs et les ruelles. Nous avons travaillé en plein air, avec la lumière de la lune, un arc-en-ciel ou l’odeur du fumier frais fumant au vent. Tous ces détails sont essentiels pour la vitalité de la création et ses créatrices qui la composent », poursuit Livingston.

Cet esprit nomade accompagne Antonija Livingstone dans pratiquement tous les aspects de sa vie, qu’elle assume pleinement. « Oui, je voyage beaucoup, mais je suis très enracinée dans ma pratique. Je suis très nomade dans le sens où j’aime semer et transplanter beaucoup d’idées. On pourrait dire que ça me met dans un état artistique polyamoureux », conclut-elle.

Les études (hérésies 1-7), du 8 au 12 mars 2019 au MAI (Montréal, arts interculturels) à Montréal.
www.m-a-i.qc.ca

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