Jean Marc Dalpé/ La Queens’ : La dimension politique fait partie de ce que j’ai envie de dire

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Au moment où les conséquences des actions de certains populistes ramènent l’Ontario francophone à l’avant-plan de l’actualité; La Queens’, le dernier texte de Jean Marc Dalpé, le plus franco-ontarien de nos auteurs, prend l’affiche du Théâtre de la Licorne jusqu’au 23 février. Entrevue.

Mise en scène par Fernand Rainville et sous la direction artistique de Jean-Denis Leduc, la pièce La Queens’ marque les retrouvailles attendues du tandem Dalpé- Rainville, qui avait produit, pour Le Théâtre de La Manufacture les puissants Trick or Treat (1999) et Août, un repas à la campagne (2006).

Réflexion sur la transmission du patrimoine, la production nous transporte dans le Nord de l’Ontario, quelque part sur la route 11 entre Smooth Rock Falls et Longlac, ou sur la route 101 entre Foley et Chapleau, dans l’hôtel-motel La Queens’, source de conflit entre deux sœurs au caractère bien trempé. Car la notion identitaire de l’héritage est centrale dans ce texte. Sommes-nous ce que nous sommes à cause de ce que nous héritons de nos ancêtres, ou le sommes-nous parce que nous nous en affranchissons ?  Le poids, l’importance du passé, en opposition à l’élan du progrès, à l’ouverture… c’est une dynamique qui s’applique à toutes les quêtes identitaires de ce monde, commence le célèbre auteur et comédien.

Quelle a été l’inspiration du spectacle? Plein de petites choses mais surtout mon expérience dans le Nord de l’Ontario, parce que c’est un endroit qui m’a vraiment touché, intimement et profondément, répond Jean-Marc Dalpé. Le Montréalais d’adoption a voulu convoquer les images et les rencontres qu’il y a fait et qui l’ont marqué. Aussi, parce qu’après un cycle d’écriture marqué  par des traductions et des adaptations, l’auteur a ressenti le besoin de retourner dans son territoire, son espace à lui. Jean-Marc Dalpé s’est donc donné du temps pour réfléchir et écrire une nouvelle pièce. Et il a eu envie de retourner dans le Nord, ce pays originel et émotif – ensuite ce sont des impressions, des éclairs d’idées qui ont pris le dessus. « L’idée de l’hôtel s’est imposée assez rapidement mais ça m’a pris quelques semaines avant de décider que l’établissement allait être l’enjeu de la pièce et ça s’est fixé; puis j’ai su que ça allait être une histoire d’héritage entre deux sœurs et là, l’histoire m’est arrivé d’un coup » confie encore l’homme de théâtre.

Car l’importance de l’hôtel et de son bar, dans une petite ville du Nord de l’Ontario, n’est pas à négliger – l’autre pôle d’attraction étant bien entendu l’église. Pourquoi l’hôtel appartient-il à deux femmes? « On écrit pour des acteurs et après avoir créé de beaux personnes pour les hommes dans des pièces comme Trick or treat,  je voulais me faire aimer par mes amies comédiennes et leur écrire de beaux rôles » répond l’auteur, d’un ton badin. Mes histoires sont ancrés dans un paysage, une réalité, un lieu physique et les histoires de La Queen’s sont campées dans une réalité et un lieu physique qui marque ses habitants, fait-il plus sérieusement. Cette difficulté, cette âpreté provoquent et inspirent l’auteur. Avec Jean Denis Leduc, nous avons initié le projet qui a bénéficié d’une résidence au Théâtre de la Licorne puis avec Fernand Rainville, un autre natif de Sudbury, nous l’avons raffiné, indique-t-il. « Il y a des productions qui collent au style de certains metteurs en scène… Avec Brigitte Haentjens, ce sont des adaptations, des œuvres qui viennent d’ailleurs et qui demandent un certain niveau de jeu et une théâtralité spécifique. Pour mes pièces, dans mon écriture, le registre est plus réaliste et j’aime qu’avec Fernand Rainville nous décidions de ce que nous voulons offrir comme expérience ».

Si les dimensions de l’écriture de Jean-Marc Dalpé sont multiples, il se dégage toujours de celle-ci une indéniable dimension politique. C’est parce que tout est politique, commente sobrement l’auteur. Il souligne: « Ma pièce La Queens’peut-être lue comme un drame familial, une histoire d’appartenance mais c’est aussi une fresque sociale et politique car la dimension politique fait partie de ce que j’ai envie de dire». Jean-Marc Dalpé aime le théâtre populaire, accessible et concret. Et la dimension populaire n’exclut pas le politique – comme le Wild West show de Gabriel Dumont, un spectacle collectif  auquel l’auteur et comédien a aussi participé et qui racontait l’histoire des Métis de l’Ouest et la fabuleuse aventure de Gabriel Dumont, le général de Louis Riel, jetant une autre lumière sur les célébrations du 150ème anniversaire de la confédération canadienne.

Revenant à La Queens’, l’auteur lance : « Je suis hyper content, c’est une merveilleuse distribution; je n’aurais pas pu demander mieux …  J’aime remettre le texte dans les mains d’une équipe talentueuse, qui va l’amener à un autre niveau c’est fantastique de voir et d’être surpris par quelque chose qu’on a amorcé ». Avis aux amateurs… La Queens’... Au Théâtre de la Licorne, jusqu’au 23 février. Avec David Boutin, Marie-Thérèse Fortin et sa voix merveilleuse, Alice Pascual, Dominique Quesnel et Hamidou Savadogo. https://theatrelalicorne.com

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