Choeur St-Laurent : 50 ans

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Pour souligner le 50e anniversaire du Choeur Saint-Laurent, nous donnons la parole à ceux qui ont forgé son identité.

Iwan Edwards : Retour en arrière

Lorsqu’il a fondé le Chœur Saint-Laurent en 1972, Iwan Edwards n’avait qu’une ambition : réunir des gens grâce à la musique. Cinquante ans plus tard, il est ému de constater que le chœur est toujours bien vivant, ­débordant de nouveaux projets. « Quand le chœur a été mis sur pied, je n’envisageais pas qu’il puisse y être encore 50 ans plus tard. Le but était ­seulement de ­donner l’occasion à des chanteurs de l’Ouest de la ville [de Montréal, NDLR]de chanter dans une chorale, c’était ma mission. C’était un groupe relativement petit au début et qui s’est ­développé au fil du temps », se remémore le chef émérite du Chœur Saint-Laurent.

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Dès ses débuts, le chœur s’est tourné vers l’oratorio et la musique sacrée, même s’il n’interprétait pas exclusivement des œuvres de ce répertoire. « C’était un répertoire qui me venait naturellement, car j’avais baigné dedans depuis mon enfance. En choisissant ce répertoire, j’essayais de ­combler ce que je percevais comme un besoin dans la ­communauté dans laquelle je travaillais. Je ne sais pas si j’avais tort ou raison, mais nous avions beaucoup de succès lorsque nous faisions des œuvres du répertoire sacré, alors on a continué, poursuit-il. Ce qui m’importait principalement était de mettre en lumière des textes, ce n’était pas juste l’aspect technique de la musique. On visait ­toujours la ­perfection, mais l’expression était le plus important. »

Le bilinguisme du chœur s’est aussi imposé de lui-même. Dès les premières années, des francophones ont rejoint les rangs du chœur et le statut bilingue du chœur s’est installé. « C’était naturel pour moi. J’ai grandi au Pays de Galles dans une société bilingue où le gallois et l’anglais se côtoyaient. Je n’étais pas impliqué politiquement et les problèmes qui existaient au Québec à ce moment-là ne m’interpellaient pas ­particulièrement, tout ce qui m’intéressait (et m’intéresse encore), c’était les humains et l’humanité »

« S’il continue dans cette voie, il aura du succès, grâce à une bonne administration et un très bon chef. Cela va de soi. J’espère ­sincèrement qu’il survivra un autre cinquante ans et plus encore ! »

Durant sa longue carrière où il a côtoyé de nombreux chanteurs amateurs et professionnels, Iwan Edwards s’est taillé une place ­importante dans le milieu musical canadien. Il est devenu membre de l’Ordre du Canada en 1995 et a reçu la Médaille du jubilé d’or ­d’Élisabeth II en 2002. Il a amené le Chœur Saint-Laurent à atteindre un très haut calibre, le chœur étant même invité pendant 25 ans à se produire comme principale composante du Chœur de l’Orchestre symphonique de Montréal. « Je ne sais pas si je peux dire que j’étais inspirant pour les choristes, mais je ne criais pas, je les encourageais, je blaguais avec eux. À travers les encouragements, ils devenaient meilleurs et donnaient le meilleur d’eux-mêmes. Je faisais ce que je pouvais pour les aider, tout simplement. »

En parallèle avec le Chœur Saint-Laurent, Iwan Edwards a travaillé de 1965 à 1979 à l’école secondaire de Lachine et de 1979 à 1990 à l’école FACE (Formation artistique au cœur de l’éducation) où il a mis sur pied des programmes de chorale. « J’ai toujours adoré travailler avec des enfants. Pour moi, il n’y a pas de différence dans ma façon de travailler. Il faut traiter les enfants et les jeunes comme des adultes. C’est ainsi que se développe un respect mutuel. C’est là que ­l’humanité se fait sentir. »

Depuis l’époque où Iwan Edwards était chef avec Michael Zaugg (2008-2013) et Philippe Bourque (depuis 2014), il y a toujours eu de la place pour un chef assistant au sein du Choeur Saint-Laurent. La démarche s’est officialisée en 2019 en devenant le Programme de mentorat en ­direction Iwan Edwards afin d’offrir aux jeunes chefs une occasion de parfaire leurs connaissances et de ­diriger un chœur d’envergure. « Le mentorat est un privilège et permet de faire un ­travail crucial avec les jeunes chefs, parce qu’ils ont besoin d’être ­guidés et de prendre de l’expérience. C’est un programme que ­j’appuie à 100 %, commente-t-il. Au Chœur Saint-Laurent, puis à l’Université McGill, j’ai eu la chance de pouvoir transmettre mes connaissances. Je ne voulais pas nécessairement être un exemple, mais je voulais aider les gens et avoir du plaisir en le faisant. » S’il tient tant à ce programme de mentorat, et à l’éducation des jeunes chefs en général, c’est qu’Iwan Edwards n’a pas eu ce soutien. Autodidacte, le violoniste de formation a appris la direction à travers ses expériences et ses divers engagements professionnels. Très jeune, il chantait dans la chorale de sa paroisse et c’est grâce à cette ­expérience qu’il était déjà sensible à la direction chorale.

Lorsqu’il s’est installé à Montréal au début des années 1970, il n’y avait pas une grande tradition chorale dans la ville, ni dans la province en général. « Il y avait l’Ensemble vocal Tudor de Montréal, formé de ­professionnels, et l’Elgar Choir, que j’ai dirigé un an, mais c’était à peu près tout. Le succès que j’ai eu à Montréal a peut-être suscité un intérêt pour le chant choral. Je ne sais pas si j’ai vraiment eu un impact, mais il y a à présent une grande diversité de chorales en ville. J’ai fait ce que je pensais qui devait être fait. » Iwan Edwards, qui a été à la tête du Chœur Saint-Laurent pendant 36 ans, souhaite qu’il continue à rayonner et à grandir : « S’il continue dans cette voie, il aura du succès, grâce à une bonne administration et un très bon chef. Cela va de soi. J’espère ­sincèrement qu’il survivra un autre cinquante ans et plus encore ! »

Philippe Bourque : regarder vers l’avant

Philippe Bourque est un passionné. Cela se perçoit immédiatement lorsqu’on discute de son métier de chef de chœur, du chœur Saint-Laurent et du grand concert célébrant ses 50 ans d’existence. Si le chef a une relation particulière avec le Chœur Saint-Laurent, c’est qu’il adore le vaste répertoire de l’oratorio. « Comme chef, j’ai ­toujours eu de la ­difficulté à choisir entre diriger seulement un orchestre, un chœur ou des solistes. Ce que j’aime, c’est vraiment l’amalgame des trois. Aussi, la possibilité de diriger des œuvres allant de la Renaissance à la modernité offre une étendue d’œuvres incroyable. Les œuvres demandent souvent des effectifs larges et j’aime avoir un chœur de 100 voix et un orchestre de 50 musiciens et toutes les combinaisons possibles », explique-t-il. Fils de révérend protestant, il a développé un grand intérêt pour la philosophie et la théologie. Il comprend bien les subtilités du répertoire sacré et des textes choisis pour être mis en musique. Ce lien avec l’Église protestante est une des raisons pour lesquelles le maestro est attiré par la musique de Mendelssohn, ce dernier étant luthérien d’origine juive. Ce ­protestantisme teinte sa musique. C’est aussi à cause de la façon dont il compose pour la voix. « Mendelssohn est l’un des rares compositeurs qui savent écrire aussi bien pour orchestre que pour la voix et le chœur. Chacun se sent très à l’aise dans sa voix et c’est très agréable. Il est également capable de prendre des éléments du passé et les projeter vers le futur. »

Philippe Bourque : Tam Photography

Pour célébrer le 50e anniversaire du Chœur Saint-Laurent, et en ­voulant éviter le répertoire convenu des messes et requiem, le directeur artistique s’est tourné vers la Lobgesang de Mendelssohn. Cet hymne de louange lui est apparu comme une pièce parfaite pour célébrer de façon grandiose le passé du chœur tout en se tournant vers son avenir. Composée en 1840 à l’occasion d’un festival célébrant le 400e ­anniversaire de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, sa symphonie-cantate était vue par Mendelssohn comme une célébration de la ­victoire de l’esprit humain et de la lumière divine sur les ténèbres, l’invention de ­l’imprimerie étant le symbole du savoir. Les textes de la Lobgesang sont issus de la Bible, premier livre à avoir été imprimé à grande échelle, mais ont tous été paraphrasés par Mendelssohn, sauf le choral Nun danket alle Gott, souvent utilisé dans la musique ­luthérienne. « Mendelssohn élevait beaucoup la musique ancienne, notamment de Bach. Il composait beaucoup de chorals, il voulait montrer qu’il était un “vrai” luthérien et il tenait à la dissémination du savoir pour toute l’assemblée. Il y a un côté très participatif à sa musique », ajoute M. Bourque. Rarement interprétée, c’est la première fois que la Lobgesang sera chantée par le Chœur Saint-Laurent.

La forme de la Lobgesang est particulière, ce qui a poussé plusieurs à l’appeler Symphonie no 2. En effet, les trois premiers mouvements sont exclusivement orchestraux et représentent 30 pour cent de l’œuvre complète.

Professeur et chef à l’Université McGill, Philippe Bourque a invité le Grand Chœur de l’Université McGill à se joindre au Chœur Saint-Laurent. « Pour ce genre d’œuvres, j’aime avoir un ratio de 2 choristes pour un musicien. L’apport du Grand Chœur de McGill me permet d’obtenir cette amplitude très satisfaisante. C’était également dans une volonté de transmission du savoir, à l’image de Mendelssohn. », commente le chef de chœur. Professeur dans l’âme, M. Bourque a d’ailleurs mis sur pied depuis trois ans un programme de mentorat en direction chorale auprès de jeunes chefs. Le Chœur Saint-Laurent innove également en créant son propre orchestre. Le concert du 1er avril sera donc la première fois où l’on aura l’occasion d’entendre l’Orchestre du Chœur Saint-Laurent, formé de musiciens professionnels de Montréal. Le premier violon sera nul autre qu’Antoine Bareil qui joue, entre autres, au sein du réputé Quatuor Molinari.

Le concert s’ouvrira avec le Schicksalslied de Brahms, une œuvre romantique qui évoque le destin, notamment dans son utilisation des timbales. « Le texte est basé sur la mythologie grecque qui compare l’idée que les dieux sont libérés de tout mal, débarrassés de tout ­fardeau et dans la joie ineffable alors que nous, pauvres mortels, devons souffrir en faisant notre chemin sur la terre. Ça m’a fait ­penser à la Covid alors que le monde artistique souffre et doit continuer sur un chemin très difficile. Ça m’a également fait penser aux 50 ans ­d’histoire du Chœur Saint-Laurent avec ses hauts et ses bas, il faut ­toujours recommencer et se renouveler. J’aime l’idée qu’il y a de beaux jours dans le futur. »

Le Chœur fera appel à trois solistes canadiens, la soprano Marianne Fiset, la soprano Ellen Wieser et le ténor Benjamin Butterfield. « Pour célébrer notre cinquantième, on voulait faire appel à des artistes qui ont une carrière bien établie. Marianne Fiset mène une carrière ­internationale et c’est une fierté québécoise. Ellen Wieser est très connue sur la scène montréalaise et nous avions déjà travaillé avec elle. Benjamin Butterfied a déjà chanté avec le Chœur Saint-Laurent, du temps d’Iwan Edwards qui lui a donné ses premières expériences comme soliste, je trouvais que ça faisait un beau lien avec notre concert », souligne M. Bourque.

Perspectives des choristes

Faire partie d’un chœur, c’est partager sa passion de la musique, faire des rencontres et vivre des expériences marquantes et diversifiées. Afin de souligner le 50e anniversaire de fondation du Chœur Saint-Laurent, certains de ses membres partagent avec nous leur vision de ­l’ensemble vocal.

Membre du chœur depuis 1974, la soprano Barb Moffat a été invitée à y chanter à la fin de ses études à l’école secondaire de Lachine où elle chantait sous la direction d’Iwan Edwards. C’est en 1977, au sein du chœur, qu’elle fit la rencontre de Brad Moffat qui allait devenir son mari deux ans plus tard. « Nous chantons ensemble dans le chœur depuis tout ce temps, dit-elle, et nous gérons notre horaire en ­fonction des activités du chœur. Nous avons des amis de longue date qui font partie du chœur et certains d’entre eux se sont aussi rencontrés en chantant dans le chœur. »

Plusieurs des personnes interrogées ont souligné l’importance du chant choral dans leur vie et leur profond engagement envers le chœur, comparant l’activité chorale à faire partie d’une équipe sportive, mais sans l’aspect compétitif. C’est le cas de Carol Tremaine, une soprano qui fait partie du chœur depuis septembre 1984, quelques semaines seulement après avoir immigré au Canada. « Mon amour du chant choral­ s’explique certainement en grande partie par le partage d’une expérience unique entre collègues. Être dans un groupe d’amis qui partagent une passion et travailler ensemble avec un but commun, c’est très spécial », commente Mme Tremaine. Natalia Grijalva, soprano du chœur depuis 2013, ajoute : « Il y a une certaine pureté dans le chant choral, une ­expérience cosmique sans pareil. C’est un langage universel qui transcende l’expression même de la parole. Chaque voix est unique, mais c’est la synergie de ­l’ensemble qui vient nous chercher, les choristes comme l’auditoire, au plus profond de notre être. »

Chanter dans un chœur d’envergure comme le Chœur Saint-Laurent, c’est aussi faire partie d’événements marquants. Plusieurs des membres plus anciens ont mentionné la longue collaboration avec l’OSM qui a permis au chœur de chanter à plusieurs reprises à Carnegie Hall et au Lincoln Center et d’enregistrer des disques. « Être membre du Chœur Saint-Laurent, c’est faire partie de ­l’histoire de la musique chorale au Québec et partager la scène avec des musiciens hors pair », selon Natalia Grijalva. Pour Simeon Goldstein, ténor membre du chœur depuis 2014, un moment ­particulièrement marquant fut ­l’interprétation du Requiem de Mozart avec la Société chorale d’Ottawa en 2018. Barb Moffat se ­souvient quant à elle de la première fois que le chœur a présenté un oratorio complet. C’était La Création de Haydn, chantée en anglais, à l’église des Saints-Anges de Lachine en 1976. Ils sont également nombreux à avoir mentionné les fins de semaine ­intensives, notamment à CAMMAC, qui permettaient aux choristes de se perfectionner et de se rapprocher en tant que groupe.

Christopher Gaudreault, ténor et jeune chef d’orchestre et de chœur qui a bénéficié du mentorat de Philippe Bourque entre 2014 et 2018, se souvient d’un moment très important dans sa jeune carrière : la ­première fois qu’il a dirigé un orchestre symphonique. « Le 7 mai 2017, pendant la générale d’Elijah de Mendelssohn, Philippe voulait entendre l’acoustique de l’église Saint-Jean-Baptiste, alors il m’a invité à diriger un mouvement. C’est à ce moment que j’ai décidé de poursuivre ma formation en direction d’orchestre. »

Tous les choristes à qui l’on a parlé s’entendent pour dire que Philippe Bourque est un excellent pédagogue et qu’il fait preuve d’une grande générosité. « Philippe est généreux, patient et très clair. Il ne comptait pas son temps et sacrifiait même ses pauses pendant les ­répétitions pour m’enseigner et me montrer de nouvelles notions », souligne Christopher Gaudreault. Natalia Grijalva décrit Philippe Bourque comme « la raison pour laquelle le Chœur Saint-Laurent se distingue aujourd’hui ».

Des choristes ont comparé Philippe Bourque et Iwan Edwards, ­soulignant leur humour, leur éthique de travail et leur passion pour la musique. « Bien que leurs styles et leurs méthodes d’enseignement diffèrent, les deux ont une vision commune : le chant choral, c’est avant tout le partage des histoires, des émotions et de l’art avec le public », souligne Barb Moffat.

Si la pandémie a affecté, et affecte toujours, le Chœur Saint-Laurent, il a tout de même réussi à conserver une vitalité importante. Le conseil d’administration et Philippe Bourque ont décidé de poursuivre les ­activités du chœur de façon virtuelle. En plus d’apprendre et de ­répéter de nouvelles œuvres, les choristes ont eu accès à des cours de technique vocale, de la technique vocale, de la théorie musicale, des exposés sur l’histoire de la musique pour en apprendre davantage sur les compositeurs et les grandes œuvres ­musicales ainsi qu’à des conférenciers. Toutes ces activités ont été mises sur pied pour s’assurer de mobiliser les choristes et pour qu’ils soient prêts à revenir en personne dès que possible. Le Chœur Saint-Laurent a présenté avec succès les Quatre messes brèves de Bach avec Les Boréades en novembre dernier. « Chanter distancés a été tout un défi, confie Barb Moffat, il est plus difficile de créer la cohésion sonore.»

Alors que le chœur est de nouveau obligé de poursuivre ses ­activités de façon virtuelle, les choristes sont fébriles à l’idée de souligner le 50e anniversaire à la Maison symphonique le 1er avril prochain. « Ce ne sont pas tous les ensembles qui se rendent à 50 ans, c’est excitant de faire partie d’une telle occasion. Bien sûr, avec de la très belle musique », conclut Simeon Goldstein.

Le grand concert anniversaire du Chœur Saint-Laurent sera présenté le 1er avril 2022 à la Maison symphonique de la Place des arts de Montréal. www.choeur.qc.ca

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