Gregor Piatigorsky: Maitre Violoncelliste

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Le documentaire The Cellist: The Legacy of Gregor Piatigorsky de Murray Grigor et Hamid Shams relate l’histoire du virtuose russo-juif-américain au moyen d’un captivant montage de sons, d’images et de vidéos historiques ainsi que des interviews qui comprennent un touchant extrait de Denis Brott, du Festival de musique de chambre de Montréal.

Un élément inédit particulièrement émouvant fait voir Gregor Piatigorsky à Porto Rico, jouant un court extrait du Concerto pour violoncelle de Schumann sous la direction de son vieil ami Pablo Casals.

La recherche qui a précédé la réalisation du documentaire a été menée par un autre protégé de Piatigorsky, Terry King, dont le Gregor Piatigorsky: The Life and Career of the Virtuoso Cellist constitue la biographie définitive et la meilleure  description de la manière dont Piatigorsky jouait de la musique.

 

Les artisans du film ont également obtenu un accès exclusif aux Archives Piatigorsky de la Colburn School of Music, située dans le centre-ville de Los Angeles, la ville où Piatigorsky a terminé sa première tournée américaine en 1929 en jouant son rôle signature, la partie soliste au violoncelle dans le poème symphonique Don Quichotte, de Richard Strauss, avec le Los Angeles Philharmonic.

Piatigorsky est également devenu un favori des Montréalais. Le 16 mai 1944, il interprète le Concerto pour violoncelle en ré majeur de Haydn et Don Quichotte avec l’OSM lors d’un concert de collecte de fonds en temps de guerre.

Après la projection, les élèves se sont dits impressionnés par le côté saisissant de sa vie. « Wow ! Un docteur Jivago de la musique classique ! », s’est exclamé une ado, qui a ajouté à quel point elle avait aimé la reconstitution de sa fuite de la Russie. En fait, tous souhaitaient avoir pu le rencontrer.

L’enseignement et le mentorat ont apporté à Piatigorsky certaines de ses plus profondes satisfactions artistiques et personnelles. Il a marqué son enseignement d’un humanisme dont ont bénéficié ses élèves. Ce que nous appelons aujourd’hui des « leçons de vie ».

Comme nous tous, qui sentons s’éloigner nos héros, Piatigorsky était aussi heureux que Scrooge le jour de Noël quand il a constaté qu’il était lui-même devenu un héros aux yeux de jeunes et brillants violoncellistes d’une génération qui reflétait la culture pop d’alors – lire cheveux longs, drôles de pantalons et tout l’attirail typique de l’époque.

Parmi ceux-ci figurent Nathaniel Rosen, Steven Isserlis, Raphaël Wallfisch, Jeffrey Solow, Mischa Maisky et Laurence Lesser. Les étudiants de Piatigorsky continuent à occuper des postes d’enseignement importants dans les conservatoires et les universités. Piatigorsky a formé les principaux violoncellistes des orchestres de Boston, New York, Chicago, Dallas, Houston, San Francisco, Cleveland, Pittsburgh, Minneapolis, Philadelphie, Washington DC, Berlin, Londres, Vancouver et Toronto.

L’un des plus doués de ces jeunes était Denis Brott. L’avenir ne lui semblait pas rose lorsqu’un de ses amis de Los Angeles lui a organisé une audition avec l’aide de Laurence Lesser, alors l’assistant de Piatigorsky. Brott a donc joué devant Piatigorsky lui-même dès le lendemain et a été accepté dans la classe sur-le-champ.

Comme la toute première projection publique du film The Cellist y est présentée, il est pertinent que le dernier week-end du Festival de musique de chambre de Montréal 2018 soit consacré au violoncelle.

« Le violoncelle m’a séduit parce qu’il attirait ceux qui partageaient ouvertement leur amour de l’instrument, sans possessivité ni compétitivité, dans un esprit de collégialité, dit Brott. Monsieur Piatigorsky a toujours prôné cette même approche élevée qui consiste à servir la musique, qui m’a énormément inspiré dans ma jeunesse et m’a toujours inspiré depuis, comme il l’a fait pour bien d’autres. »

Amit Peled, qui utilise maintenant le violoncelle de Pablo Casals, jouera le 14 juin le trio op. 97 « Archiduc » de Beethoven et le lendemain soir un solo pour violoncelle incluant des œuvres de Bach et Ernest Bloch.

« Piatigorsky m’a démontré que des violoncellistes de grande taille avaient déjà existé », dit Peled, faisant allusion à la stature imposante qu’il partage avec Piatigorsky. « Blague à part, le fait d’avoir étudié avec Bernard Greenhouse, un ancien élève de Casals, et avec Laurence Lesser, qui a travaillé auprès de Piatigorsky, signifiait pour un jeune artiste la possibilité de se rapprocher au plus près des deux grands-pères de la lignée des violoncellistes du 20e siècle. »

Enfin, Terry King résume l’influence de Piatigorsky sur ses élèves comme une combinaison de la joie de faire de la musique et de la découverte de soi.

« Tous ceux qui ont étudié avec Piatigorsky en conservent sûrement de très bons souvenirs, mais en ce qui me concerne, j’ai trouvé auprès de lui le courage de devenir moi-même, de croire en mes intuitions et de travailler avec amour et créativité. »

Ce film captivant sera projeté dans le cadre de la programmation du Festival de musique de chambre de Montréal le 17 juin à 13 h à la salle Pollack. L’entrée est gratuite. www.festivalmontreal.org

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