Critiques CD

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Quatuor Bozzini

Gyula Csapó : Déjà ? Kojâ ?

Étiquette : Collection QB

Numéro de catalogue : CQB 1821

★★★✩✩

Depuis quelques années, le Quatuor Bozzini ajoute à sa discographie des enregistrements consacrés à un seul compositeur ou une seule compositrice, parfois même à une seule œuvre. C’est le cas de son dernier album, Déjà ? Kojâ ?, mélange de français et de persan que l’on peut traduire par « Déjà ? Vers où ? » Le titre est celui d’un quatuor à cordes de Gyula Csapó, compositeur d’origine hongroise.

Commandée par le Quatuor Bozzini, l’œuvre connaît plusieurs versions avant d’être achevée en 2016. Elle est structurée en trois parties de plus de vingt minutes chacune, ce qui en fait une œuvre imposante. On y retrouve des matériaux musicaux élémentaires qui, selon la volonté de Csapó, ne s’accomplissent jamais comme de véritables objets constitués. Ce quatuor serait, pour reprendre les mots de son auteur, « le testament épique d’une enfant qui, traînant son jouet derrière elle, peu importe le terrain, est la première témoin des marques indélébiles qui s’y forment – les marques du voyage ». C’est en effet tout un parcours musical qui nous est offert, celui où se frottent et s’entrechoquent diverses textures sonores, tantôt fines, tantôt épaisses. Un voyage qui, entre instants paisibles et instants mouvementés, saura mettre l’auditeur constamment sur le qui-vive. JB

 

Confidences

Maurice Ravel : Shéhérazade, M. 41; Claude Debussy : Trois chansons de Bilitis; Robert Schumann : Gedichte der Königin Maria Stuart, op. 135; Robert Fleming : The Confession Stone.

Caroline Gélinas, Mezzo-soprano; Olivier Godin, piano.

Atma Classique ACD2 2781.

Durée : 56 minutes.

Révélation de l’année Radio-Canada 2017-2018, catégorie classique, boursière de la fondation Jacqueline-Desmarais, Fondation Hnatyshyn, Prix Étoiles Stingray, Jeunesses musicales du Canada et Art Song Fondation of Canada, la jeune mezzo-soprano Caroline Gélinas présente son premier album, en compagnie du pianiste Olivier Godin, sous étiquette Atma Classique.

Shéhérazade de Maurice Ravel, composé de trois mélodies, ouvre l’album. On y découvre une chanteuse au timbre velouté et langoureux, parfait pour interpréter ce cycle exotique du compositeur français. La diction est claire, on sent un réel souci de nous raconter une histoire. Le jeu du pianiste, tout en subtilité, nous emporte avec une certaine nonchalance dans cet univers.

Les Trois chansons de Bilitis du célèbre compositeur impressionniste Claude Debussy suivent. On y retrouve une grande sensualité, particulièrement dans La Chevelure. Le jeu subtil et raffiné d’Olivier Godin soutient merveilleusement le texte qui évoque des créatures mythologiques.

Dans les Gedichte der Königin Maria Stuart (Poèmes de la reine Marie Stuart) de Robert Schumann, la mezzo-soprano, à travers les textes de la reine déchue, nous fait découvrir sa vulnérabilité et sa sensibilité. Ce cycle est le dernier composé par Robert Schumann et les mélodies qui le composent, toutes en mineur, nous éclairent sur ses sentiments vers la fin de sa vie. Les mélodies évoquent une grande lourdeur de l’âme.

Le cycle The Confession Stone du compositeur canadien Robert Fleming, composé à l’origine pour la mezzo-soprano Maureen Forrester, complète le disque. Les poèmes religieux écrits par Owen Dobson sont inspirés par les « Negro spirituals » ; les mélodies sont également teintées de ces sonorités. L’interprétation de Gélinas et Godin est ici très tendre et nous fait découvrir toutes les couleurs vocales de la jeune mezzo-soprano. MF

 

Arvo Pärt:

The Symphonies
(ECM New Series)

NFM Wroclaw Philharmonic et Tonu Kaljuste

Note : ★★★★✩

Pour la plupart des compositeurs, un cycle de symphonies marque un progrès significatif entre leurs débuts, où ils cherchent plutôt à imiter leur modèle, et leurs plus hauts sommets. Pensez à Brahms avec toute cette sur-influence de Beethoven qui encombre sa première symphonie et les influences importantes de sa quatrième symphonie sur Mahler. Arvo Pärt n’est pas de ce genre-là.

Ses deux premières symphonies, écrites au milieu des années 1960, consistent en un dodécaphonisme typique de Schoenberg, auquel s’ajoute une superposition polyphonique ; elles peuvent être considérées comme un affront intentionnel à la domination soviétique en Estonie. La troisième symphonie, datée de 1971, marque sa conversion à l’orthodoxie russe avec des voix du ciel, des chorals de Bach et d’autres formes de spiritualité. La quatrième, datée de 2008 et intitulé « Los Angeles », est dédiée à Mikhaïl Khodorkovski, le chef d’entreprise russe emprisonné par la kleptocratie de Poutine. Il s’agit plus d’un mojito fait à base de canneberges biologiques (oui, je sais, pas de canneberges dans un mojito !).

Il va sans dire que les premières symphonies, composées avec courage, sont de loin les plus impressionnantes. Le modernisme de Pärt, autodidacte, lui permet de garder un esprit plus ouvert que les sérialistes occidentaux. Dans la deuxième symphonie, il joue avec l’improvisation. C’est un rebelle, prêt à soutenir n’importe quelle cause tant que celle-ci n’est pas totalitaire.

La troisième symphonie est d’une écoute facile. Le quatrième ressemble à une bouillie musicale. Les performances du NFM Wroclaw Philharmonic et de Tonu Kaljuste sont tout simplement des gestes d’amour et l’enregistrement, paru chez ECM, est impeccable.

Et le meilleur dans tout cela : ECM a eu recours au dernier des grands écrivains de livret en la personne de Wolfgang Sandner. Ses notes sont un modèle d’information et d’analyse utile, évitant la flagornerie lourde qui imbibe aujourd’hui la plupart des livrets en papier glacé. J’ai beaucoup appris, chose qui arrive rarement avec de nouveaux enregistrements. Rien que pour le livret, ce CD vaut la peine d’être acheté. NL/JB

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