Critiques de concerts (octobre 2021)

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Opéra de Montréal
Riders to the Sea/Le Flambeau de la nuit

Photo: Yves Renaud

Ce que vous avez manqué
Un programme double sombre (25 septembre) associant des opéras en un acte de Vaughan Williams (1927) et Hubert Tanguay-Labrosse (première). Tous deux abordent avec sincérité le thème de la tragédie en mer et de la perte d’une famille. La solide distribution, menée par la mezzo-soprano au timbre profond Allyson McHardy, réunissait plusieurs artistes prometteurs de l’Atelier. Tanguay-Labrosse s’est révélé un chef d’orchestre efficace, tant pour la musique mélancolique de Riders que pour sa propre partition plus éclectique. I Musici de Montréal résonnait de façon vibrante dans la fosse du Théâtre Maisonneuve. La metteuse en scène Édith Patenaude a bien géré l’entrée discrète du chœur (le Ballet Opéra Pantomime à la sonorité lucide). Une soirée où le drame au premier plan a cédé le pas à l’ambiance générale.

Là où ça coince
Le décor de Patrice Charbonneau-Brunelle et les costumes d’Elen Ewing associent le morne au noir, bien qu’un tissu tressé et quelques évocations de feu en arrière-plan aient apporté un peu de relief visuel à la pièce Flambeau. L’accent irlandais de John Millington Synge dans Riders était parfois difficile à comprendre. Les surtitres français à la rescousse ! Arthur Kaptainis

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Hong Kong Philharmonic/
Avan Yu/Jaap Van Zweden
Clyne/Rachmaninoff/Dvořák

Ce que vous avez manqué
Une brillante interprétation par Avan Yu (10 septembre) de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov avec le Philharmonique de Hong Kong sous la direction de Jaap Van Zweden au Centre culturel de Hong Kong. Le pianiste canadien né à Hong Kong a exécuté les grands sauts récurrents et les glissandi difficiles avec le juste mélange de ferveur et de maîtrise. Il a su prendre le dessus dans ce test de dynamique, où le soliste se retrouve souvent sur le fil du rasoir, comme dans un face-à-face avec un combattant invisible. Autre point positif, la première asiatique de Within her Arms de la compositrice britannique Anna Clyne, une étude sur la perte et la mémoire pour 15 cordes debout qui rappelle la douceur de la musique élisabéthaine tout en faisant écho aux champs sonores résonnants et oniriques du Nouvel Âge.

Là où ça coince
Nulle part, bien que la Septième symphonie de Dvořák, l’équivalent orchestral du rock classique, admirablement exécutée avec la rigueur requise digne de Brahms, soit un document d’une autre époque, celle des grandes déclarations, qui ne connaît pas encore la rencontre inattendue et réelle de la masse avec le feu et le soufre. Adam Sacks

La salle Bourgie célèbre ses 10 ans
Les Violons du Roy (Jonathan Cohen)/
Musiciens de l’OSM (Rafael Payare)

Photo: TamPhotography

Ce que vous avez manqué
Au programme de l’Orchestre symphonique de Montréal, en ce concert du 19 septembre, la Sérénade pour treize vents de Richard Strauss et la Sérénade pour cordes de Dvořák. L’occasion d’entendre, donc, deux formations différentes au sein d’un même orchestre et d’en apprécier les couleurs. Tout le souffle du romantisme est là, dans ces œuvres. L’orchestration y est absolument remarquable, notamment dans l’andante de Strauss et le finale de Dvořák.

Dans l’ensemble, la plénitude et l’homogénéité du son ont habité la salle. Par tout un éventail de nuances, l’OSM a parfaitement réussi à rendre le lyrisme et le relief qui font la beauté de ces musiques.

Là où ça coince
Les Violons du Roy ont débuté par le Concerto brandebourgeois no 4 de Bach, célèbre pour son duo de flûtes et violon, et ont poursuivi avec la troisième suite de la Water Music de Haendel, qui fait aussi la part belle aux flûtes. Dans les faits, Vincent Lauzer et Caroline Tremblay, aux flûtes à bec, et Ariane Brisson, à la flûte traversière, ont bien trop souvent été écrasés par le poids des cordes. Dans l’œuvre de Bach, le violon solo Pascale Giguère a fait parler son ardeur et sa virtuosité, avec brio certes, mais parfois avec excès. Justin Bernard

Orchestre symphonique de Montréal/Rafael Payare
Farrenc/Haydn/Brahms

Ce que vous avez manqué
La dernière de trois représentations à l’OSM (26 septembre) de la Deuxième symphonie de Brahms sous la direction de Rafael Payare. Les mouvements du milieu ont été bien accueillis. Les cordes sonnaient à plein régime dans l’Adagio ma non troppo et avec légèreté dans la séquence presto de l’Andante grazioso. Payare, dirigeant de mémoire, a su garder le rythme vivant. La Symphonie concertante en si bémol majeur (Hob.I:105) de Haydn, de facture courtoise, était particulièrement intéressante dans le finale, où les solistes (Andrew Wan au violon, Brian Manke au violoncelle, Ted Baskin au hautbois, Stéphane Lévesque au basson) discutaient comme des philosophes pleins d’esprit dans un salon des Lumières.

Là où ça coince
Le finale était convenablement vigoureux, mais les qualités pastorales du premier mouvement n’ont pas toutes émergé. Les violons sonnaient de façon insistante dans les forte soutenus, assez nombreux. La gestuelle de Payare semblait dépasser les résultats de l’interprétation. Le public, cependant, a clairement exprimé son appréciation de son style exubérant sur le podium. Aucun programme imprimé ou annonce des œuvres jouées n’était prévu. Combien de spectateurs ont su qu’ils écoutaient l’Ouverture no 2 en mi bémol majeur de Louise Farrenc ? AK

SMCQ
In Auditorium – Portrait d’André Hamel

Ce que vous avez manqué
Véritable pièce de résistance, la deuxième des cinq œuvres “au programme de ce concert du 26 septembre », In Auditorium (1998), a frappé par son attrayante modernité (26 septembre). Une pièce psychédélique, tellement bouillante d’idées qu’elle ferait aimer la musique contemporaine à n’importe qui. Parmi ces trouvailles, il y a par exemple le son émis par des instruments à vents sur la scène, repris et prolongé par d’autres instrumentistes à vents placés sur les hauteurs, au niveau du balcon. Par ailleurs, le style de direction était des plus atypiques. Il arrivait que le chef Cristian Gort ne dirige pas du tout, laissant aux musiciens le soin de faire leurs entrées, ou qu’il dirige avec ses dix doigts, indiquant une suite de chiffres que seuls les musiciens pouvaient comprendre.

Là où ça coince
Il y avait certes beaucoup d’éléments de modernité qui attirent et éveillent la curiosité, mais aussi des moments presque insoutenables, tant la limite de l’acoustiquement tolérable semblait avoir été franchie. Le bruit du verre frappé, au début de L’être et la réminiscence (2017), la saturation du son des saxophones du quatuor Quasar, dans Brumes matinales et textures urbaines (2007), et les vibrations assourdissantes des haut-parleurs, dans Intérieur nuit (2006), ont nui considérablement à la fois à l’expérience du concert et à l’appréciation des œuvres. On s’étonne même que le public n’ait pas été prévenu. Idem pour le court métrage de 2006, dans le registre de l’horreur, pour lequel André Hamel a composé la musique. On imagine très mal un jeune public devant de telles images. JB

Met Orchestra and Chorus/
Yannick Nézet-Séguin
Verdi Requiem

What you missed
Une interprétation commémorative incisive et détaillée (11 septembre) du Requiem de Verdi par l’orchestre et le chœur du Metropolitan Opera sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, retransmise en direct de New York sur les ondes de PBS. Les dynamiques ont été admirablement choisies. Si les sections du Dies Irae ont conservé leur élan caractéristique, elles n’ont pas manqué de subtilité. La mezzo-soprano Michelle DeYoung (en remplacement d’Elīna Garanča) a eu du mal à maîtriser ses aigus dans le Kyrie, mais a néanmoins livré de beaux moments. La soprano Ailyn Pérez, née pour chanter ce rôle, a émis des notes aiguës planantes dans le Lacrimosa et a chanté avec émotion. Le ténor Matthew Polenzani s’est montré très efficace; le baryton-basse Eric Owens un peu moins, en raison de son vibrato. Simplement mais magnifiquement filmé, ce Requiem a commencé convenablement par une introduction nocturne au Ground Zero par la présentatrice Misty Copeland.

Là où ça coince
Bien que les trompettes pendant le Dies Irae aient été éclairées de manière proéminente, elles n’ont pas donné l’impression d’être hors scène, comme Verdi le prévoyait. PBS a coupé la diffusion en direct des dernières minutes. Marco Monteferrante

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