Gabriel Pierné: Feuillet d’album (2021)

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Gabriel Pierné: Feuillet d’album
Antoine Laporte, piano
Autoproduit avec le soutien du CALQ (2021)

Le répertoire unique de ce double album est à lui seul une raison suffisante pour qu’on vous le recommande. Il n’en existe certainement pas d’autres comme tel. La deuxième raison est sans conteste la qualité du coffret en tant qu’objet et de la documentation fournie. Les images et le texte, incluant les notes de l’interprète, nous plongent dans l’univers musical méconnu de Gabriel Pierné (1863-1937), compositeur français contemporain de Claude Debussy et de Gabriel Fauré. Lorsqu’il était à la tête du Conservatoire de Paris, ce dernier, bien plus connu, aurait choisi les Variations en ut mineur, op. 42, de Pierné parmi les pièces imposées aux élèves de piano dans le cadre des épreuves de l’institution. C’est ce que confiait au public le pianiste Antoine Laporte, également chercheur au doctorat, lors d’un récital consacré au compositeur à la Chapelle historique du Bon-Pasteur qui coïncidait avec le lancement de cette parution.

La troisième raison est à l’évidence la qualité des œuvres elles-mêmes. Le titre Feuillet d’album qui figure sur la pochette du coffret est aussi celui d’un morceau extrait des Quinze pièces pour le piano de Pierné. C’est par ce cycle de pièces que débute le double album. Chacune d’elles a son caractère propre. Chacune nous montre une nouvelle palette d’émotions. On reste admiratif devant l’inventivité dont fait preuve le compositeur, passant d’une écriture fluide à une écriture plus carrée, du lyrisme ou d’une ambiance quasi aquatique à une atmosphère funèbre.

La dernière pièce du CD 1 nous fait découvrir une autre facette importante des compositions de Pierné : la virtuosité. Antoine Laporte restitue parfaitement le souffle et l’énergie de cette Étude de concert, op. 13, et c’est avec la soif d’en entendre davantage que nous passons au CD 2.

Dans Trois pièces formant une suite de concert, op. 40, on retrouve la même vitalité, la même fougue. Plutôt enjouée dans le premier mouvement, plutôt rêveuse et aérienne dans le “Nocturne en forme de valse” et, enfin, endiablée dans l’”Étude symphonique”. On apprécie le talent d’orchestration de Pierné. Antoine Laporte prend à bras le corps la partition et nous livre là une brillante exécution. Il persiste avec la même force et précision d’attaque dans les neuf Variations en ut mineur, notamment dans les deux derniers mouvements rapides. On peut néanmoins regretter qu’Antoine Laporte ait opté pour une seule piste longue de 25 minutes et non isolé chacune des variations.

En ordre chronologique, il conclut par une autre série de six pièces publiées à titre posthume dans laquelle Pierné rend principalement hommage à ses maîtres, à d’autres qui l’ont influencé et à certains de ses amis compositeurs. “Gulliver au pays de Lilliput” est la dernière de ces pièces, une musique à programme atypique tout à l’honneur du style de Pierné qui prend bien soin d’y injecter une dose d’humour. À noter ici la participation de Philippe Côté à la narration de ce célèbre conte.

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la médiation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. Membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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