Critique de disque | Sayeh Roshan, Ali Kian Yazdanfar, Brigitte Poulin

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Sayeh Roshan

Ali Kian Yazdanfar, contrebasse; Brigitte Poulin, piano

Leaf Music, 2025

Le nouveau projet d’Ali Kian Yazdanfar, Sayeh Roshan, est le genre d’album qui se savoure autant par l’écoute musicale que par la lecture du livret, pour mieux s’y plonger. Le contrebassiste se place ici au carrefour entre les cultures persanes et occidentales, d’une part, et entre la création et le folklore, d’autre part. En compagnie de Brigitte Poulin au piano, il donne vie à des œuvres nouvelles dont la plupart ont été spécialement commandées pour ce projet.

Les compositeurs de ces musiques, fruits d’un fascinant métissage culturel, sont tous iraniens ou originaires d’Iran. Parmi eux, Behnoosh Behnamnia est aussi un joueur de kamancheh, instrument à cordes frottées. Avec Bamdad Fotouhi au tombak, il figure sur l’album en tant qu’interprète et offre plusieurs épisodes séduisants de musique folklorique persane, en alternance avec les pièces pour contrebasse et piano. L’œuvre en trois mouvements d’Amir Eslami, qui inaugure Sayeh Roshan, joue même sur l’ambiguïté entre instruments traditionnels et occidentaux, notamment grâce à des effets sonores qui servent d’imitation.

Ce qui frappe, ce sont d’abord les textures vibrantes et les riches harmoniques merveilleusement rendues par la captation en studio. Les couleurs du piano se diffusent lentement à mesure que les notes sont tenues tandis que Yazdanfar explore lui-même la richesse acoustique de son propre instrument par une variété de techniques plus ou moins douces. Malgré la virtuosité de la partie de contrebasse, on regrette que le registre soit trop aigu. Il semble qu’un violoncelle, par son timbre naturellement plus brillant, aurait été mieux adapté aux circonstances.

L’ultime composition de Reza Vali utilise, elle aussi, l’art de l’imitation pour suggérer la voix humaine à travers le registre suraigu de la contrebasse. Yazdanfar et Poulin ajoutent aux sonorités de leurs instruments par quelques passages chantés, mais ceux-ci s’avèrent trop fragiles, tant au chapitre de la captation que du chant lui-même. Il s’agit d’une expérience auditive pour le moins singulière. Les auditeurs sont prévenus !   

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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