La « zone grise » d’Ali Kian Yazdanfar : Rassembler en contraste

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Souvent, le hasard fait bien les choses. C’est ainsi qu’un coup d’œil vers un tableau de Ferdos Maleki dans une galerie d’art de Magog a transporté  le contrebassiste Ali Kian Yazdanfar dans l’atelier de la peintre à San Diego. C’est finalement un autre tableau de l’artiste, Gratitude III,  qui inspire la pochette de l’album Sayeh Roshan paru

À  l’image  de cette pochette, l’album cache à travers ses dix-huit pistes des rencontres et des échanges inoubliables, fruit de plusieurs années de travail enfin concrétisé. « Plusieurs désirs sont à l’origine de l’album : celui de montrer un autre visage de la contrebasse, celui de me définir à travers le répertoire proposé et enfin celui de proposer une réflexion sur la multiplicité des cultures », résume Ali Kian Yazdanfar. Contrebasse solo de l’Orchestre symphonique de Montréal, il n’a eu de cesse de chercher à travers les années à faire résonner la tradition musicale iranienne avec la réalité de son quotidien québécois. « La contrebasse est souvent mal comprise comme instrument soliste, et dans un contexte intime, elle a une voix spécifique, elle fait vibrer le corps. »

C’est ainsi qu’à la faveur de la pandémie, Yazdanfar commence une série de commandes d’œuvres pour contrebasse et piano. Il fait des rencontres déterminantes avec les compositeurs Reza Vali, Parisa Sabet ou Amir Eslami. En complément de ces créations, il incorpore dans l’album un duo de musique traditionnelle iranienne avec le kamânche (instrument aigu à cordes frottées) et le tombak (tambour traditionnel).

L’ensemble du répertoire est articulé autour de l’idée de clair-obscur, d’équilibre entre tradition et modernité, Orient et Occident, entre le grave de la contrebasse et l’aigu du kamânche. Ainsi, la musique traditionnelle côtoie le répertoire nouveau dans une unité et une cohérence qui traduit la réalité d’une grande partie de la population du Canada aux origines plurielles. « L’album a un caractère rassembleur pour la communauté iranienne, mais également au-delà. Dans les nombreux concerts qui ont précédé la sortie de l’album, j’ai eu l’occasion de discuter souvent avec le public et je trouve ces moments très enrichissants. Cette musique nous fait réfléchir sur l’idée même d’appartenance. »

Les différences s’atténuent pour laisser place à un continuum musical à la fois fluide et complexe, léger et dense. Les modes et techniques de jeu du répertoire contemporain n’ont rien de si particulier dès lors qu’on se rend compte que la musique traditionnelle en est spontanément remplie. « En musique traditionnelle, on fait tout avec les instruments. Cela résulte du besoin de l’artiste de pouvoir s’exprimer comme il le souhaite. En éliminant les barrières, on peut finalement tout faire avec un instrument. Il y a certaines techniques que j’aime moins, alors je les évite naturellement, et d’autres qui me correspondent bien. »

Véritable pont entre les cultures, Sayeh Roshan parvient à dire en musique une réalité complexe et subtile trop souvent masquée par les discours simplistes ou manichéens qui résonnent autour de nous. Bien plus qu’un album, c’est une manière d’appréhender la différence avec sérénité, bienveillance et ouverture.

www.leaf.music
www.aliyazdanfar.com

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A propos de l'auteur

Benjamin Goron est écrivain, musicologue et critique musical. Titulaire d’un baccalauréat en littérature et d’une maîtrise en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne, il a collaboré à plusieurs périodiques et radios en tant que chercheur et critique musical (L’Éducation musicale, Camuz, Radio Ville-Marie, SortiesJazzNights, L'Opéra). Depuis août 2018, il est rédacteur adjoint de La Scena Musicale. Pianiste et trompettiste de formation, il allie musique et littérature dans une double mission de créateur et de passeur de mémoire.

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