Bergen : un concert de clôture plus contemporain que jamais

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Après 15 jours d’événements en tout genre, le Festival international de Bergen offrait un dernier grand spectacle, le 9 juin, mêlant musique et images. Il s’agissait d’une unique représentation, en direct simultanément devant public et en ligne, d’une œuvre née de la collaboration du compositeur norvégien Arne Nordheim et du chorégraphe américain Glen Tetley à la fin des années 1970.

Intitulée The Tempest, d’après la célèbre pièce de Shakespeare, cette œuvre évoque l’exil du duc Prospero et de sa fille sur une île entourée de magie et de mystères. Pour son édition 2021, le Festival a opté non pas pour la version d’origine – un ballet, dont la première norvégienne avait d’ailleurs eu lieu 30 ans plus tôt, lors de ce même festival – mais pour la suite orchestrale. La musique composée par Nordheim se retrouvait plus que jamais sur le devant de la scène.

Âmes sensibles s’abstenir. Cette musique ne pourrait pas être plus dissonante qu’elle ne l’est déjà, notamment son premier mouvement « Mer calme, tempête et éveil ». C’est, en effet, une véritable tempête sonore, à plein volume, qui venait de l’Orchestre philharmonique de Bergen, sous la direction de Edward Gardner. Les 5 autres mouvements n’atteignaient pas la même densité ou discordance, mais restaient tout de même difficiles d’approche (« exigeante » serait un terme plus favorable pour qualifier l’œuvre de Nordheim). Tour à tour, le violon alto, le hautbois, les percussions et le trombone (muni d’une sourdine) se sont relayés dans un rôle d’instrument soliste. Ce sont alors des motifs récurrents, comme les arpèges joués de plus en vite par l’alto solo dans « Lacrymae » (no 3), qui ont retenu notre attention et non plus les dissonances seulement.

Malgré cette accalmie, les images projetées sur grand écran, conçues par l’artiste et vidéaste suisse Sarah Derendinger, rappelaient bien souvent des scènes de meurtre. Il y avait certainement quelque chose de troublant à voir, par exemple, des images d’une femme souillée de sang ou celles d’un homme expirant sous l’eau jusqu’à son dernier souffle. Certes, pas de violence, une sérénité palpable, comme un abandon de soi devant la mort, mais, admettons-le, une ambiance très éloignée d’un concert de clôture typique.

Au côté de l’orchestre, le baryton Johannes Weisser et la soprano Mari Eriksmoen jouaient, eux aussi, le rôle de solistes. Ils sont intervenus, pour l’essentiel de leur contribution, au 5e mouvement, « Quatre jambes et deux voix », et jusqu’à la toute fin du 6e et dernier mouvement, « l’alerte de Caliban ». Les voix de ces deux chanteurs se sont très bien complétées. Elles n’ont jamais vraiment donné l’impression d’être en opposition, ou tirées par des forces contraires, mais plutôt en dialogue constant. Dans les derniers instants libérateurs de l’œuvre, lorsque les tensions cèdent finalement leur place à la sérénité et à la paix intérieure, Weisser et Eriksmoen ont fait preuve d’une attention particulière au détail pour créer un son plein et uni. Après tout ce que nous avions vécu, en images et en musique, c’était un final qui faisait beaucoup de bien.

Le concert a été suivi d’un mot du président et directeur artistique du Festival, Anders Beyer. Ce dernier a été rejoint sur scène par les acteurs Vilja Kwasny et Max Makowski, de la compagnie de danse Carte Blanche, qui avaient joué dans le film projeté sur écran.

Cette présentation du Festival international de Bergen est disponible en ligne jusqu’au 23 juin. À noter  www.fib.no/en/

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