« L’instrument ne définit pas le musicien ». Réflexions et conseils d’Alexandre Da Costa

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« Jouer sur un Stradivarius est fascinant pour un musicien, peut susciter des marques d’appréciation chez ses pairs, attirer l’intérêt des médias et alimenter les conversations dans les cercles de la musique classique, dit le violoniste Alexandre Da Costa. Mais, il ne faut pas donner trop d’importance à l’instrument en lui-même, ce n’est qu’un outil. Le plus important, c’est la qualité de la prestation de l’instrumentiste, sa sensibilité artistique. » Le virtuose canadien est bien placé pour soutenir ces propos. Da Costa joue depuis presque vingt ans sur des Stradivarius et reconnaît, bien entendu, la chance qu’il a eue et qu’il a toujours : il bénéficie d’un prêt jusqu’en 2027 du Stradivarius Deveault de 1701, offert par Maryse et Guy Deveault, avec lesquels Alexandre Da Costa s’est lié d’amitié et pour lesquels il exprime sa profonde reconnaissance. « Il est très rare qu’un prêt de Stradivarius soit octroyé sur une période aussi longue (10 ans) à une même personne », dit-il. Il affirme que cela confère à son jeu une chaleur humaine particulière en pensant à ses deux grands amis, Maryse et Guy, « sachant qu’ils me soutiennent dans mes projets et qu’il y a une grande harmonie entre nous », dit-il, soulignant que ce prêt intervient à une étape cruciale de sa carrière.

Il se souvient avec émotion de son premier Stradivarius, prêté par le Conseil des arts du Canada (CAC) après sa victoire lors d’un concours de violon. « C’était un moment fort dans ma jeune carrière. Avoir accès à un instrument d’une grande valeur signifiait que j’allais vers d’autres sommets », indique-t-il. Une telle faveur lui a permis d’avancer très rapidement dans sa carrière, notamment en lui permettant de rencontrer et de travailler avec des chefs d’orchestre et d’avoir le soutien inestimable de mécènes.

Club sélect

Cependant, Alexandre Da Costa tient à souligner que le talent et les efforts des jeunes interprètes ne se limitent pas à la qualité de leurs instruments. « Dans un grand concours comme, par exemple, le Concours musical international de Montréal, il y a des musiciens qui jouent sur des instruments de grande valeur. Mais, il y a aussi des musiciens qui, même s’ils jouent sur des instruments de peu de valeur comparativement à un Stradivarius, réussissent aussi à faire entendre leur voix artistique et c’est fabuleux ! » Il invite les auditeurs des concours à ne pas comparer les sons des instruments et à être plus attentifs à la qualité de la prestation musicale des participants.

Tout est question de perception. Da Costa note la persistance de la notion que si on n’a pas accès à un violon d’un grand maître, on ne fait pas partie d’un club. « C’est un peu problématique. Bien entendu, plus on fait des efforts, plus on élargit le réseau de contacts dans les milieux de l’industrie de la musique. Ce qui permet, par exemple, d’avoir accès à de très bons instruments. Cependant, le fait de juger la qualité du jeu d’un musicien par la qualité de l’instrument est une erreur. »

Pour ce jeune chef d’orchestre, il faut faire preuve d’ouverture d’esprit et reconnaître que certains bons musiciens ont choisi de ne pas jouer nécessairement sur un grand violon. Il déplore que les grands instruments deviennent un étalon de mesure et relève qu’il y a de grands artistes qui n’ont ni l’envie, ni le temps, ni le talent de chercher des appuis dans la communauté des mécènes pour obtenir des instruments de grande valeur.

Éviter les divorces déchirants

« Je recommande aux jeunes de chercher un instrument, qu’il soit moderne ou ancien, avec lequel on se sent à l’aise et, idéalement, qu’ils peuvent se procurer personnellement. Il faut avoir un instrument à soi qui n’est pas nécessairement de grande valeur monétaire, mais qui sonne bien. »

Pour ce violoniste, il est important de chercher à avoir un prêt à long terme. « Un prêt de quelques mois pour faire un concours ou des auditions peut occasionner un certain nombre de problèmes tant logistiques que psychologiques, dit-il. Avoir à se séparer d’un instrument après l’avoir apprivoisé durant de longues journées de travail et de communion peut constituer un divorce violent. » À cet égard, Alexandre Da Costa mentionne les grandes possibilités qu’offre la banque d’instruments du CAC qui dispose de douzaines d’instruments de très grande qualité, offerts en prêts de trois ans.

Il note avec optimisme la multiplication et la diversification des sources de financement des arts et apprécie beaucoup l’aide précieuse des mécènes pour la promotion des artistes et les invite à encourager les prêts d’instruments à long terme. « Les musiciens ont absolument besoin d’une certaine stabilité psychologique, cruciale pour l’entretien de leur créativité artistique et pour éviter d’avoir les soucis de la recherche répétée à court terme de prêts d’instruments et d’avoir à réapprendre à connaître et à établir les liens de complicité et d’intimité avec ce nouvel instrument dont on sait qu’on devra se séparer très bientôt. C’est tout simplement douloureux. Et parfois même déchirant. »

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