Critique | SMCQ – Brasier, Portrait de Linda Bouchard

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Pour son dernier concert de la saison, la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) a proposé, ce dimanche premier mai à la salle Pierre Mercure, un Portrait de la compositrice québécoise Linda Bouchard. Les cinq pièces au programme, écrites entre 1996 et aujourd’hui, ont illustré avec éclat la richesse d’un univers esthétique dans lequel l’intensité des phénomènes naturels côtoie la subtilité d’une écriture musicale foisonnante et colorée.

Compressions (1996, pour orchestre de chambre), en ouverture du concert, a instantanément plongé les spectateurs dans une superposition de flots sonores très denses dans lesquels domine la puissance des nombreux cuivres de l’ensemble. L’instrumentation particulière de la pièce (huit cuivres, quatre cordes, un percussionniste et deux claviers) joue sur l’inégalité des rapports de forces : aux masses tumultueuses constituées des cuivres et de la percussion répondent les échos arides et désincarnés des différentes parties solistes des instruments à cordes. L’ensemble de la SMCQ, impressionnant de justesse et de précision sous la direction fluide et animée de Janna Sailor, a parfaitement retranscrit les nombreux mouvements dynamiques de cette partition exigeante et luxuriante.

L’observation de l’eau, sous toutes ses forces, ses matières et ses textures, est au cœur de l’écriture de Liquid States (2004, pour ensemble de musique de chambre amplifié). Cette seconde pièce du concert, construite autour d’un continuum de sons percussifs, utilise le piano comme un véritable instrument de percussion : la pianiste, la violoniste et le clarinettiste sont ainsi invités, pendant une longue partie de la pièce, à taper et frotter les cordes du piano à l’aide de maillets et de pinceaux. Cet enchevêtrement de différentes strates rythmiques et pulsées, en évolution constante, est brutalement interrompu, au milieu de la pièce, par un changement saisissant d’atmosphère : la musique, toute en longues notes tenues et en résonances, semble alors évoquer une soudaine immersion sous-marine. Le choc créé par ce contraste musical, déroutant et imprévisible, représente certainement l’un des moments les plus marquants du concert.

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L’exploration de la lumière, à travers Réfraction (2015, pour orchestre à cordes) permet à Linda Bouchard d’explorer une esthétique plus intimiste dans laquelle l’écriture musicale, éthérée et pleine de silences, donne aux différentes couleurs instrumentales une teinte presque lyrique. Le monde sonore de cette pièce, constitué d’harmoniques naturelles évanescentes, du frémissement des trémolos ou de pizzicati étouffés, offre un véritable sentiment de plénitude magnifié par la battue très expressive de Janna Sailor.

La création de Fracture (commande de la SMCQ, pour orchestre à cordes, percussions et piano) a opéré un fort contraste avec la douceur de Réfraction : cette pièce, inspirée par les tremblements de terre ainsi que par le choc de la pandémie actuelle, s’ouvre par un univers de bruits, de strates désordonnées, de déchirures sonores et de nuages de textures très denses. Les gestes et les figures s’entrechoquent, se suspendent et bifurquent dans un tourbillon d’événements d’une rare vitalité. Peu à peu, les déflagrations sonores se raréfient pour laisser place à de courts motifs aigus qui s’inscrivent dans une trajectoire musicale conduisant l’auditeur, finalement, vers l’apaisement et l’espoir. Fracture, d’une richesse exceptionnelle, est une pièce qui s’écoute et se vit de manière physique : une expérience vibrante, une immersion profonde dans une matière sonore qui porte en elle la rumeur des bruits de notre monde actuel.

Pour terminer ce concert-portrait de Linda Bouchard, la pièce Brasier (2001, pour orchestre de chambre), illuminée par un éclairage rouge, propose une vision poétique violente et exaltée du feu : un magma sonore bouillonnant et sauvage, dans lequel les éclats métalliques du large pupitre de percussions sont progressivement rejoints par les couches superposées des cuivres, des bois et des cordes. Un sommet d’intensité et de fureur, interprété avec toute la force et l’énergie nécessaires par l’Ensemble de la SMCQ, et qui a constitué une conclusion haletante à ce dernier concert de la saison.

Le concert sera webdiffusé gratuitement à partir du 1er juin 19h 30. http://www.smcq.qc.ca/

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