Così fan tutte à l’UdeM, une distribution prometteuse desservie par la production

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Jeudi 28 février, l’Atelier de l’opéra de l’Université de Montréal présentait Così Fan Tutte de Mozart dans une salle Claude-Champagne presque comble. Étant donné l’absence de fosse dans cette salle, la production était sur une scène surélevée, de sorte que l’orchestre se trouvait dans une fosse artificielle. Cette année, ils ont éprouvé des difficultés avec le matériel de son. Il y avait des microphones sur scène pour l’enregistrement du concert et des moniteurs également pour permettre aux chanteurs de mieux entendre l’orchestre et le clavecin. Cependant, il semble que les moniteurs étaient réglés à un volume trop élevé et on a observé des hausses soudaines de volume, qui devenaient particulièrement perceptibles quand les chanteurs étaient au centre de la scène. Le son général en était affecté et la beauté naturelle de leur voix aussi.

Emmanuel Hasler, ténor (Ferrando) et Kirsten LeBlanc, soprano (Fiordiligi). Photo: Andrew Dobrowolskyj

Qu’à cela ne tienne, le point fort de l’événement était sans contredit le chant. Tous ces chanteurs d’opéra en formation étaient très bien préparés musicalement et montraient un bon potentiel. La soprano Kirsten Leblanc a interprété une Fiordiligi énergique. Bien que sa voix soit encore trop jeune pour le rôle, elle possédait un bon legato, une résonance équilibrée et un aigu brillant.

Dans les basses, le baryton Pierre-Étienne Bergeron (dans la deuxième distribution, en remplacement d’un David Turcotte mal portant) avait une voix idéale pour Guglielmo : une portée lyrique, un timbre romantique velouté, des registres égalisés et une maîtrise de différentes nuances.

Dominic Veilleux, baryton (Don Alfonso) et Lila Duffy, soprano (Despina). Photo: Andrew Dobrowolskyj

La distribution des voix n’était pas idéale, mais c’est souvent ce qui arrive dans les productions étudiantes, certains des jeunes chanteurs n’ayant pas encore tout à fait déterminé leur type de voix. Dorabella, par exemple, a été chantée par une mezzo-soprano légère et le rôle s’est révélé trop lourd pour sa voix. Le baryton Dominic Veilleux a interprété Don Alfonso, qui aurait mieux convenu à un « basso buffo » qu’à un baryton lyrique.

La soprano Lila Duffy s’efforçait d’insérer un peu d’humour dans une atmosphère ennuyeuse et une mise en scène incompréhensible. Elle chantait d’une voix agréable et éduquée. Cependant, elle exagérait à l’occasion. Par exemple, lors d’un passage du premier acte, elle a remplacé un trille simple par le célèbre passage haut de l’aria de la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée. Cela a permis de mettre en évidence sa voix aiguë, mais ce n’était cohérent ni musicalement ni dramatiquement. C’était comme au bon vieux temps quand un ténor célèbre interrompait l’opéra pour chanter un passage d’O sole mio.

Camille Brault, mezzo-soprano (Dorabella), Emmanuel Hasler, ténor (Ferrando), David Turcotte, baryton (Guglielmo), Kirsten LeBlanc, soprano (Fiordiligi), Le Chœur de l’Atelier d’Opéra de l’Université de Montréal. Photo: Andrew Dobrowolskyj

La production a semblé manquer de force directrice. Le metteur en scène n’avait pas une vision claire des personnages ou même un sens esthétique particulier. La scénographie était austère et les costumes semblaient venir tout droit du placard de grand-papa et grand-maman. Pour être honnête, le public aurait été mieux servi avec une version concert de l’opéra.

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Così fan Tutte, UdeM, 28 février 2019, se poursuit jusqu’au 3 mars, Salle Claude-Champagne.

Pierre-Étienne Bergeron, baryton (Guglielmo), Camille Brault, mezzo-soprano (Dorabella), Lila Duffy, soprano (Despina), Kirsten LeBlanc, soprano (Fiordiligi), Dominic Veilleux, baryton (Don Alfonso), Emmanuel Hasler, ténor (Ferrando), Chœur de l’Atelier d’opéra de l’Université de Montréal.

musique.umontreal.ca

 

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