This page is also available in / Cette page est également disponible en:
English (Anglais)
Plus que tout autre membre de l’orchestre, la flûte revêt un voile mythique. Depuis les flûtes néandertaliennes découvertes dans les grottes de Divje Babe, en Slovénie, au mythe du dieu Pan qui fabriqua sa flûte de roseau à l’image de la nymphe qui ne partagea point son amour, jusqu’à la légende du Joueur de flûte de Hamelin qui ensorcela les enfants des citoyens après avoir délivré leur village des rats – le son de la flûte fascine l’humanité.
Le cas de l’un des plus grands flûtistes de Serbie, Ljubiša Jovanović, ne fait pas exception. « Mon parcours a été lancé lorsque j’ai écouté l’Orchestre philharmonique de Berlin en 1972 lors du BEMUS (Fêtes musicales de Belgrade), raconte-t-il. Herbert von Karajan dirigeait et Sir James Galway jouait la flûte solo. À quinze ans, cette expérience a changé ma vie. Chaque phrase est restée gravée dans ma mémoire jusqu’à ce jour ».
Quelques années plus tard, Jovanović intègre la classe de flûte du professeur Miodrag Azanjac en tant qu’étudiant de premier cycle à l’Académie de musique de Belgrade (aujourd’hui la faculté de musique, Université des arts). Personnalité charismatique, Azanjac guide son talentueux nouveau venu vers l’expression de sa musicalité.

Ljubiša Jovanović et ses étudiants à l’université d’été de Pékin
La carrière de Jovanović connait un tournant majeur en 1980 alors que le célèbre flûtiste Jean-Pierre Rampal arrive à Belgrade pour jouer en concert. « J’ai été sélectionné pour jouer dans son cours de maître », explique-t-il. Pendant des heures, le maître et l’apprenti travaillent dans la salle de concert Kolarac, siège de l’Orchestre philharmonique de Belgrade. « Rampal a été impressionné par ma musicalité sincère et m’a proposé de me présenter à Christian Lardé, professeur à l’École Normale de musique de Paris. »
Sur la recommandation de Rampal, Jovanović rencontre Lardé l’année suivante et réussit son audition. L’un des membres du jury était le directeur de l’école, le compositeur et rédacteur musical du Figaro, Pierre Petit, qui insiste pour qu’on octroie une bourse d’études complète au jeune belgradois. Ce soutien financier lui permet d’obtenir le très convoité Diplôme de concertiste deux ans plus tard –distinction réservée aux plus talentueux étudiants.
Après ses études à Paris, en 1983, Jovanović suit des cours avec Aurèle Nicolet en Suisse pendant un an. Considéré comme un des plus grands flûtistes du XXe siècle, Nicolet a enseigné à des générations de flûtistes, de Emmanuel Pahud (Philharmonie de Berlin) à Irena Grafenauer et Marina Piccinini.
« Mon amitié avec Nicolet était profonde, sincère, et a duré jusqu’à la fin de sa vie , se souvient Jovanović. Lardé et Nicolet, avec leur amour, leur patience et leur sagesse, ont produit un immense impact sur moi », conclut-il. Après trois ans à l’étranger, il rentre à Belgrade avec l’intention de transmettre son expérience aux générations de jeunes talents.
Entre 1988 et 1997, Jovanović est nommé à l’Orchestre de la radio, puis flûte solo de l’Orchestre philharmonique de Belgrade, avant de devenir professeur de musique de chambre et de flûte à la faculté de musique – poste qu’il occupe toujours. Bien que les sanctions imposées au pays pendant la guerre des années 1990 aient fortement limité le développement de la vie artistique en Serbie, Jovanović continue de jouer abondamment comme soliste, chambriste et dans l’orchestre.
Après 2000 le pays renaît, et un vent nouveau se lève. Pour marquer 25 ans de pratique artistique en 2004, Jovanović invite Emmanuel Pahud et Sylvia Carredu à se produire avec le nouvellement fondé Camerata Serbica, un orchestre de 45 membres, lors d’un concert à guichets fermés au Centre Sava de Belgrade (3000 places). Sous son égide, l’orchestre fait venir en Serbie les plus grands noms de la musique : Luciano Pavarotti, Vladimir Ashkenazy, Sting, Andrea Bocelli…

Guoliang Han et Ljubiša Jovanović
En 2005, Jovanović rencontre Guoliang Han, professeur de flûte au Conservatoire central de Pékin, lors du jury d’un concours international de flûte à Bucarest, en Roumanie. « Han est arrivé avec un groupe de jeunes phénomènes auxquels il avait enseigné. Grâce à la qualité de leur jeu, six d’entre eux se sont retrouvés parmi les dix finalistes. Ce fut une révélation », se souvient-il. Reconnaissant le potentiel des concurrents chinois, Jovanović leur apporte son soutien pour obtenir les premiers prix.
« Nous nous comprenions. Tout comme moi, Han s’est formé en Occident, mais est retourné dans son pays plutôt que de rester à l’étranger », explique Jovanović. Quelques mois plus tard, il reçoit une invitation à donner un cours de maître et une série de récitals en Chine. L’accueil chaleureux des étudiants et des enseignants conduit au renouvellement de la collaboration entre Jovanović, Han et leurs étudiants qui se rencontrent une fois par an en Chine, vingt années de suite. Ce partenariat est couronné d’un prix décerné à Jovanović par l’Association chinoise de la flûte en reconnaissance pour ses contributions au développement de la pédagogie de la flûte en Chine.
Artiste Haynes depuis 2015, Jovanović joue sur une flûte Haynes, une Sankyo en bois et deux têtes : une Faulisi en or et une Mancke en bois. « Toute vie musicale n’est qu’une recherche de la sonorité idéale », dit-il en évoquant les années passées à partager sa générosité, son empathie et son art avec le monde entier.
This page is also available in / Cette page est également disponible en:
English (Anglais)