Backbone – Un spectacle de danse qui donne des frissons

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Chef de file des arts autochtones contemporains au Canada et à l’étranger, Red Sky Performance crée, produit et diffuse des œuvres qui mettent en lumière les thèmes, l’esthétique et les valeurs des Premières Nations. Sa fondatrice Sandra Laronde, issue de la communauté Teme-Augama Anishinaabe (peuple des eaux profondes), en est également la directrice générale et artistique. Née à Temagami, dans le nord de l’Ontario, elle a créé la compagnie en 2000 pour donner la parole aux artistes métis, inuits et des Premières Nations. Les peuples autochtones forment le cœur de Red Sky, mais des gens de tous horizons contribuent à ses spectacles.

Au moyen d’une analogie, Mme Laronde explique ce qui constitue un regard artistique autochtone. « Telle une tresse, trois éléments le composent, raconte-t-elle depuis Toronto, où sa troupe est installée. L’esprit, l’âme et le corps. Qu’est-ce qui fait la puissance d’une création ? La présence de ces trois éléments. »

Les Montréalais pourront juger des mérites d’un de ses plus récents succès. Sous sa direction, Backbone sera présenté au début de 2019 à la Cinquième salle de la Place des Arts. Ici, « backbone » fait référence aux vertèbres, mais aussi à un concept autochtone lié à la terre qui renvoie à la chaîne de montagnes s’étendant de la côte ouest des Amériques jusqu’en Antarctique et constitue l’épine dorsale de ces continents. Selon les peuples autochtones, les montagnes ressemblent à une « colonne vertébrale ». Commandé et coproduit à l’origine par le Centre des arts de Banff, le spectacle a été remanié et présenté en première au Berkeley Street Downstairs Theatre de Toronto (l’une des salles de la compagnie Canadian Stage) en 2017, avant de s’envoler vers l’Europe et l’Asie.

« Red Sky » sont les deux premiers mots du nom spirituel de Mme Laronde en ojibwé (anishinaabemowin). Directrice des arts autochtones du Centre des arts de Banff de 2007 à 2016, elle a mis sur pied le programme de résidence de danse autochtone, en plus d’assurer l’essor considérable du programme des arts autochtones en favorisant la participation de centaines d’artistes autochtones d’un bout à l’autre du pays et au-delà.

Deux visions s’affrontent

La conception autochtone d’un territoire est diamétralement opposée à celle d’un non-Autochtone. Sandra Laronde confie qu’elle en avait « assez qu’une étendue de terre soit une chose inerte et morte, comme en témoigne l’expression “escalader une montagne”. »

« Pour qu’un public occidental (non autochtone) comprenne ce concept, j’ai choisi de le représenter par la colonne vertébrale – intacte, vivante et sensible. Un autre point de divergence concerne les frontières nationales. La cartographie occidentale diffère de la représentation non géographique autochtone dans la mesure où la première pratique la délimitation des territoires, alors que la seconde est plus complète, fluide et continue. »

Mme Laronde n’aime pas le terme « descriptif » pour caractériser la façon dont son peuple désigne les noms de lieux. Alors que les Occidentaux utilisent des toponymes, comme Angus Lake, les Autochtones évoquent les particularités d’un territoire, par exemple « au confluent de deux rivières ».

Trois chorégraphes

Backbone est une création de trois chorégraphes : Sandra Laronde, Jera Wolfe et Ageer. Artiste associé et danseur de Red Sky, M. Wolfe a aussi chorégraphié sa production Miigis. Diplômé du Royal Winnipeg Ballet, il se spécialise en danse contemporaine. En plus d’avoir participé pendant un an, en Allemagne, au spectacle musical de Disney Tarzan, il a fait partie du corps professoral de la résidence de danse autochtone au Centre des arts de Banff.

L’artiste invité Ageer est originaire de la Mongolie-Intérieure. Il a étudié la danse à l’Institut des arts de l’Université de Mongolie-Intérieure de 2006 à 2008 et a remporté plusieurs prix. Depuis 2009, il est danseur principal du Groupe des arts de la scène d’Hohhot, la capitale de la région. Il participe à la dernière mouture de Backbone qui met en vedette neuf danseurs et un musicien. « Par la façon dont il bouge sur scène, il personnifie pleinement la nature, affirme Mme Laronde. Il est électrisant et sobre. »

Rick Sacks est le compositeur et musicien sur scène. Avec son malletKat – une sorte de marimba électronique –, il crée des sons puissants comme un troupeau de bisons affolés, un grand feu ou un tremblement de terre. D’autres membres de la compagnie participent aussi à la musique du spectacle.

Un des aspects du spectacle auquel les critiques font souvent allusion, et qui est d’ailleurs propre à tous les spectacles de Red Sky, est son côté athlétique. En effet, les danseurs de la compagnie sont également des athlètes de haut niveau.

Depuis 2003, Red Sky a donné plus de 2253 spectacles dans douze pays sur quatre continents, en participant notamment à deux olympiades culturelles (Beijing et Vancouver) et au spectacle d’inauguration du Canada à l’Expo 2010 de Shanghai. La compagnie a reçu deux prix Dora Mavor Moore en plus d’avoir été trois fois mise en nomination. Elle a aussi remporté le prix Expressive Arts du Smithsonian Institute et deux prix CAMA (Canadian Aboriginal Music Awards). Largement reconnue pour son mentorat et son leadership, Mme Laronde a obtenu plusieurs distinctions, dont un doctorat honorifique de l’Université Trent.

Traduction par Véronique Frenette

Backbone sera présenté à la Cinquième salle de la Place des Arts du 19 au 23 mars.
www.redskyperformance.com

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