Critique de disque | Rare Donizetti, Alfredo il Grande chez Naxos

0
Advertisement / Publicité

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

80%
80%
  • Naxos
    4
  • User Ratings (0 Votes)
    0

Donizetti : Alfredo il Grande

Antonino Siragusa, ténor (Alfredo), Gilda Fiume, soprano (Amalia), Lodovico Filippo Ravizza, baryton (Eduardo), Adolfo Corrado, basse (Atkins), Valeria Girardello, mezzo-soprano (Enrichetta), Antonio Garés, ténor (Guglielmo), Orchestre du Donizetti Opera, Chœur de la Radio hongroise, Corrado Rovaris, chef

Naxos, 2025

En 1823, le jeune Donizetti, 25 ans, fait ses débuts sur une des scènes les plus importantes d’Italie, le Teatro San Carlo de Naples, avec Alfredo il Grande. Son illustre devancier Rossini vient de quitter les lieux, après plusieurs triomphes. La pression est forte sur le nouveau venu qui a de très grands cothurnes à chausser ! 

Le public napolitain accueille très mal cet opéra qui raconte les fuites et les combats d’un roi d’Angleterre menacé d’invasion par des ennemis venus du Danemark, si bien que l’œuvre n’est jouée qu’une seule fois avant de disparaître de l’affiche pendant deux siècles. Donizetti sera plus heureux par la suite avec ses autres opéras tirés de l’histoire d’Angleterre, notamment sa « trilogie des reines ».

En 2023, le Festival Donizetti de Bergame, ville natale du compositeur, donne l’occasion de réviser le jugement sévère des premiers spectateurs. L’œuvre, montée dans une mise en scène très simple, a été captée pour un DVD déjà paru. La version audio qui nous arrive aujourd’hui donne à entendre une musique bien sûr marquée par l’influence de Rossini, mais d’une fébrilité juvénile et réjouissante. L’amateur de Donizetti reconnaîtra en passant un motif qui deviendra plus tard le célèbre « Chacun le sait  » de La fille du régiment.

Le livret jugé un peu primaire à l’époque s’avère plutôt d’une redoutable efficacité en proposant seulement des scènes fortes, sans temps mort. Chacun des personnages a ainsi l’occasion de faire preuve de noblesse, de courage et de vaillance, tant dans ses actions que dans son chant ! Cavatines pleines d’élan, cabalettes enlevantes, chœurs vibrants, bref tout Donizetti est déjà là et on ne s’ennuie pas une minute.

D’une partition très concentrée, on retient surtout les ensembles, dont un trio et un quintette très réussis. Les airs d’Alfredo sont aussi fort convaincants, dont l’un avec un envoûtant obligato de clarinette. De même, le finale de l’opéra se démarque : un impressionnant rondo que chante la reine Amalia, accompagnée par un petit orchestre sur scène en plus du grand dans la fosse, ce qui donne des sonorités assez originales. 

La prise de son sur le vif manque de velouté, mais elle rend bien l’urgence de cette recréation où tous les interprètes devaient être un peu nerveux. En roi Alfred, Antonino Siragusa n’a peut-être pas la voix idéale pour une tessiture qui demanderait plus de coffre, mais il tire bien son épingle du jeu grâce à son aisance dans la virtuosité. Sa partenaire Gilda Fiume, davantage à sa place, déploie une voix d’une belle ampleur tout en maîtrisant l’art des ornements. Quant à l’ennemi danois Atkins, il est tellement méchant qu’il n’a même pas droit à un seul air !

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Share:

About Author

Passionné d’art lyrique depuis son adolescence, Pascal Blanchet est détenteur d'un doctorat en musicologie de l'Université de Montréal. Une version abrégée de sa thèse a été publiée en France chez Acte Sud (Hervé par lui-même. Écrits du père de l’opérette). Outre son activité de choriste professionnel, il est scénariste pour des émissions jeunesse à la télévision québécoise et pour des spectacles musicaux joués partout au Québec : Opéra-bonbon ou L’aventure gourmande d’Hansel et Gretel et Les origines du bing-bang avec Jeunesses musicales Canada, ainsi que Lionel et Mary avec les Productions Rigoletta.

Comments are closed.