Marc Boucher : L’innovation en temps de crise

0
Advertisement / Publicité

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Alors que la majorité du monde musical est en arrêt quasi total depuis le mois de mars, Marc Boucher n’est pas à court de projets.

Présent sur la scène internationale depuis plus de 25 ans et ayant plusieurs enregistrements à son actif, il a fondé en 2011 le Festival Classica de Saint-Lambert. Salué par la presse internationale, le festival est rapidement devenu l’un des événements musicaux incontournables au Québec. Il s’attaque maintenant à un nouveau projet, leconcertbleu.com. Cette nouvelle plateforme numérique, mise de l’avant par le Festival Classica, sera développée en collaboration avec la firme québécoise de transformation numérique ellicom/LCI LX. « C’était planifié avant, depuis deux ou trois ans, mais ça a été propulsé par la pandémie. Pendant six mois, on a développé presque l’entièreté du projet en explorant tous les aspects d’une plateforme comme celle-là et en étudiant les autres plateformes existantes. La nôtre est un projet d’économie sociale pour le milieu de la musique classique. Le but est de créer de la richesse et des revenus pour les artistes et organisations. »

Advertisement / Publicité

La formule est simple : les musiciens, qui s’abonnent à la plateforme pour une somme pressentie de 100 $, se créent une chaîne personnelle et y déposent leur contenu, un récital par exemple, qu’ils sont responsables de produire eux-mêmes. Une fois le contenu déposé en ligne, celui-ci est rendu disponible aux utilisateurs du site pour le visionner dans le confort de leur maison. La monétisation du contenu, calculée par le nombre de visionnements, reviendra à 70 % directement aux artistes. 

« Il faut trouver un moyen de retourner aux concerts avec des spectateurs dans les salles ou non, en respectant les règles sanitaires évidemment, et surtout mettre du contenu en ligne. Ça va devenir une façon nouvelle de consommer la musique, complémentaire aux concerts devant public. Ce qu’il faut arrêter de manière radicale dès maintenant, c’est déverser nos contenus sur des plateformes qui dévalorisent les produits artistiques.  »

À l’heure actuelle, la grande majorité des services de diffusion continue ne permettent pas aux artistes de vivre grâce à leurs enregistrements. L’année dernière, Geneviève Côté, chef des affaires du Québec et des arts visuels de la SOCAN, affirmait que pour 1 million d’écoutes sur Spotify, seulement 5000 $ étaient générés comme revenus partagés entre le distributeur, la maison de disques et les artistes. Les nombres d’écoutes en musique classique ne se comptant pas en millions, ce nouveau concept permettra aux musiciens québécois à la fois de jouir d’une nouvelle vitrine tout en leur offrant une nouvelle source de revenus. 

Marc Boucher

La plateforme permettra également aux gens en région éloignée d’avoir accès à des produits artistiques de haute qualité tout en découvrant des artistes québécois provenant des quatre coins de la province. On prévoit également s’associer avec différentes régions afin d’offrir, par exemple, un panier gastronomique avec des produits du terroir couplé à une offre musicale. Marc Boucher assurera également la direction artistique d’un autre projet rendu possible, ou du moins facilité, par la pandémie : l’enregistrement d’une intégrale des mélodies de Massenet. Le compositeur, surtout connu pour ses grands opéras, est l’auteur d’au moins 317 mélodies. C’est d’ailleurs le compositeur le plus prolifique du genre. Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin, Michèle Losier, Julie Boulianne, Magali Simard-Galdès, Anna-Sophie Neher, Florence Bourget, Frédéric Antoun, Étienne Dupuis, Philippe Sly, Antonio Figueroa, Joé Lampron-Dandonneau et Marc Boucher lui-même se partageront les mélodies, accompagnés par Olivier Godin qui jouera sur un piano de concert Érard de 1854. 

« C’est une autre opportunité que nous offre le COVID parce que la plupart des artistes engagés dans le projet auraient autrement été à l’étranger. La situation actuelle nous permettra donc d’enregistrer environ 200 mélodies d’ici décembre et nous prévoyons terminer l’enregistrement au printemps. »

Malgré son enthousiasme face aux projets qu’il développe en ce moment, Marc Boucher espère que la pandémie aura pour effet de réformer le domaine de la musique classique au Québec. 

«  La pandémie nous fait voir que le milieu artistique est très fragile. Le milieu de la musique n’était pas prêt à affronter cette crise, comme plusieurs secteurs d’ailleurs. Dans notre domaine, au Canada, nous sommes tous des travailleurs autonomes. Cette pandémie révèle qu’il n’y a pas de système de protection pour les travailleurs autonomes. Ceux qui existent sont inefficaces et doivent être réformés de façon profonde. C’est tout le milieu artistique québécois qui est à risque de se trouver un autre emploi, ce qui est une tragédie quand le gouvernement investit des sommes importantes dans l’éducation pour former des musiciens. En France et en Allemagne, il y a des systèmes instaurés afin de les protéger. Il doit y avoir une réforme du statut d’artiste, surtout pour des situations de crise. »

L’édition 2020 du Festival Classica, initialement prévue à la fin du printemps, se tiendra cette année en décembre. Malgré les 35 concerts en salle annulés, Marc Boucher a tenu à offrir une version virtuelle du festival. Quinze concerts seront donc diffusés, du 11 au 20 décembre, sur leconcertbleu.com et inaugureront cette nouvelle plateforme.

Pour plus d’information et pour ne rien manquer de cette édition sous le signe de l’innovation, visitez le www.festivalclassica.com.

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.