Magali Simard-Galdès fait ses débuts à l’Opéra de Cologne

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On a beaucoup écrit, et avec raison, sur les musiciennes et musiciens qui ont perdu des mois de travail à cause de la pandémie. Qu’en est-il de celles et ceux qui, par miracle, ont l’occasion de remonter sur scène ?

Magali Simard-Galdès était en Irlande lorsque la pandémie a forcé le monde entier à fermer boutique et rentrer à la maison. De retour à Montréal le 13 mars, elle s’est retrouvée devant un agenda quasiment vide, comme la plupart des artisans du spectacle à travers le globe.

Elle a d’abord voulu profiter du temps libre afin de se préparer pour un enregistrement de l’intégrale des mélodies de Massenet à paraître l’an prochain chez ATMA, puis pour préparer des rôles qu’elle espère chanter un jour comme la Lulu de Berg. Après avoir joué à la nounou avec son neveu et contemplé un mode de vie un peu plus traditionnel, elle s’est inscrite à des cours en développement durable au HEC en septembre.

Depuis la rentrée, Magali a pu enregistrer les mélodies de Massenet qu’elle avait préparées, un des seuls projets à ne pas avoir succombé au coronavirus. Elle devait, au printemps, chanter sa première Adele dans Die Fledermaus à l’Opéra de Québec, à l’été participer au Festival Classica de Saint-Lambert puis prendre part au prestigieux Equilibrium Young Artists Program sous la tutelle de Barbara Hannigan. Ce n’est que partie remise, pour le dernier projet en tout cas.

Le 16 octobre, Magali apprend d’une collègue que l’Opéra de Cologne cherche désespérément à remplacer celle qui devait interpréter le rôle d’Agnès dans l’opéra Written on Skin. La chanteuse, souffrante, avait dû renoncer à la nouvelle production.

Magali Simard-Galdès dans le rôle d’Agnès à l’Opéra de Montréal © Yves Renaud

La tâche n’était pas facile. L’œuvre du compositeur britannique George Benjamin, créée en 2012 au Festival d’Aix-en-Provence, est très complexe musicalement. Il existe seulement une poignée d’interprètes qui maîtrisent le rôle principal et qui peuvent remplacer une collègue au pied levé. Magali Simard-Galdès l’avait justement chanté à l’Opéra de Montréal en janvier dernier.

«  J’ai reçu un courriel le 19 octobre dans lequel la direction artistique de l’Opéra de Cologne me demandait si j’étais prête à reprendre le rôle d’Agnès très rapidement. En quelques heures, tout était réglé : mon billet d’avion était réservé pour le 21, j’allais commencer les répétitions le 26 et la première était prévue pour le 22 novembre. »

À ce moment, il était possible d’entrer en Allemagne sans faire de quarantaine. Si un test de dépistage de la COVID-19 avait été fait moins de 48 heures avant l’entrée au pays et que le résultat était négatif, c’était suffisant. Par souci de sécurité, la compagnie d’opéra lui demanda de faire deux jours de quarantaine supplémentaires en attendant les résultats d’un deuxième test avant de commencer les répétitions. 

L’ensemble de la distribution ayant déjà effectué deux semaines de travail, Magali allait être sollicitée sans arrêt dès sa première journée. Toutes les scènes où le rôle d’Agnès n’apparaît pas étaient déjà montées.

« Ce n’est pas le genre de rôle qu’on peut reprendre comme ça, même après l’avoir interprété sur scène. J’ai mis 18 mois à l’apprendre. Les premières semaines de répétitions ont été très éprouvantes musicalement même si je me souvenais bien assez bien de la partition. J’ai tout de suite commencé avec la mise en scène tout en essayant de me souvenir d’une musique que je n’avais pas chantée depuis janvier. »

Contrairement à certaines compagnies d’opéra qui ont réussi à rescaper une partie de leur programmation en proposant des versions concerts, l’Opéra de Cologne a tenu à créer cette nouvelle production de Written on Skin avec mise en scène – une mise en scène COVID-19. Celle-ci a été réorganisée afin de protéger l’équipe artistique en respectant les mesures de distanciation.

Magali Simard-Galdès et Robin Adams
© Paul Leclaire

« Nous nous sommes tous sentis très rassurés par les mesures de sécurité prises par la direction. Il fallait se laver les mains en entrant dans la salle de répétition et porter un masque en tout temps, sauf pour chanter. Dans la mise en scène, on se tient à 4 mètres les uns des autres quand on chante face à face, à 3 mètres quand on chante côte à côte vers la salle et à 1,5 mètre si on est sur scène ensemble sans chanter. Le chef et l’orchestre sont derrière nous, dissimulés dans le décor. Benjamin Lazar a tout intégré dans sa mise en scène avec beaucoup d’imagination tout en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre. »

Au moment où Magali a entamé les répétitions, on prévoyait donner les représentations, 7 au total, devant un public de 250 personnes. Une semaine plus tard, on fermait toutes les salles de spectacle en Allemagne pour le mois de novembre. Il était cependant permis de continuer à répéter pour des représentations au calendrier le mois suivant. La dernière de Written on Skin était prévue pour le 9 décembre.

« On était un peu dans le brouillard. Les répétitions continuaient sans qu’on sache ce qui allait arriver. La première a été annulée, on a ensuite inséré les représentations restantes de novembre entre celles prévues en décembre. Finalement le théâtre a eu l’idée de faire une captation dans l’éventualité où les représentations de décembre seraient également annulées. On a donc continué notre travail en insistant un peu plus sur les détails pour s’assurer que toutes les subtilités soient bien perçues par la caméra. »

Ce qui devait arriver arriva. L’Allemagne prolongea la fermeture de ses salles de spectacle jusqu’au 20 décembre. Le scénario de la captation devint la seule possibilité pour l’équipe qui travaillait depuis presque deux mois de présenter son travail au public. On décida de filmer les deux générales ainsi que la première, à huis clos devant l’équipe du théâtre. L’enregistrement sera diffusé sur le site de l’Opéra de Cologne les soirs où les représentations avaient été prévues, à compter du 1er décembre. 

Magali Simard-Galdès et Cameron Shahbazi © Paul Leclaire

« Je suis tout de même très heureuse de faire partie de ce projet. Même si on donne cet opéra relativement souvent, je ne pensais pas pouvoir chanter le rôle d’Agnès de sitôt. Cela m’a permis d’aller plus loin dans mon interprétation et de découvrir un autre côté au personnage grâce à la perspective du metteur en scène, qui est bien différente de ce qu’on a fait à l’Opéra de Montréal.  C’est une œuvre prismatique, il y a des choix qui sont à 180 degrés les uns des autres. La musique est géniale, le texte est génial, j’ai hâte de partager tout ça avec le public même s’ils ne seront pas dans la salle. »

Bien qu’une seule représentation ait été donnée, un cachet prévu pour chaque représentation annulée sera versé aux artistes. Cependant, il est possible que les représentations annulées soient remises au printemps. Espérons que cette nouvelle pratique sera courante même après la fin de la pandémie et qu’elle remplacera l’infâme clause dite de force majeure.

Pour l’instant, Magali Simard-Galdès reste en Allemagne où quelques projets rendus possible par la pandémie, aussi étrange cela soit-il, pourraient avoir lieu au mois de décembre. Un enregistrement studio de l’opéra, le premier, sera effectué avec la distribution de Cologne, sous la direction de François-Xavier Roth. La captation sera une occasion pour la jeune chanteuse de graver son interprétation pour la postérité et la partager avec un public beaucoup plus large qu’il ne l’aurait été si les théâtres étaient restés ouverts. 

Written on Skin, de George Benjamin, sera diffusé le 1er décembre à 13:30 (heure de l’est) sur le site web de l’Opéra de Cologne

Agnès : Magali-Simard-Galdès

The Protector : Robin Adams

Angel 1 / The Boy : Cameron Shahbazi

Angel 2 / Marie : Judith Thielsen

Angel 3 / John : Dino Lüthy

Direction : François-Xavier Roth 

Viole de gambe : Margaux Blanchard

Orchestre : Gürzenich-Orchester Köln

Mise en scène : Benjamin Lazar

 

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