Mieczyslaw Weinberg : Symphonies no 2 et no 21 (Deutsche Grammophon)

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Je savais déjà lorsque ce joyau est sorti de l’enveloppe qu’il serait mon coup de cœur de la semaine.

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J’ai commencé à écrire sur Weinberg au début des années 1990, alors qu’il était inconnu en dehors de la Russie et oublié à l’intérieur. Des immigrants m’ont fait entendre sa musique pour cordes et j’ai trouvé qu’elle communiquait de manière si directe et personnelle que je n’arrivais pas comprendre qu’elle soit à ce point ignorée. Weinberg, un Juif polonais qui s’était réfugié en Union soviétique en 1939, est tombé dans les bonnes grâces de Chostakovitch et a survécu de justesse à l’incarcération dans la machine à tuer de Staline. Bien qu’il ait des éléments gestuels en commun avec son ami et mentor, Weinberg est un musicien original, habité par ses propres fantômes.

La Symphonie no 2 pour orchestre à cordes date de 1946, peu après que Weinberg eut appris que toute sa famille en Pologne avait été décimée par les Allemands. Cette symphonie est plus élégiaque que funèbre, rappelant Metamorphosen de Richard Strauss et, dans son Adagio, les cordes de la Symphonie no 9 de Mahler. Ce n’est que dans le finale que nous percevons la résilience de Chostakovitch ainsi que sa féroce résistance morale. Le Kremerata Baltica joue comme si chaque note était une vie humaine, chose qu’on entend rarement.

La Symphonie no 21, intitulée « Kaddish », a été écrite en 1991, vers la fin de la vie de Weinberg. Comme on peut s’y attendre en voyant le titre, c’est une sorte de messe juive pour les morts, qui regorge de citations funéraires venant de Chopin, Mahler et des tropes bibliques (il savait clairement mieux réciter la Torah que Bernstein dans sa Symphonie no 1).

D’une durée d’un peu moins d’une heure, elle commence sur une note aussi sombre que la Symphonie no 2, avant d’entraîner tous les coins de l’orchestre dans un kaléidoscope éclatant de l’expérience de la mort. Gidon Kremer joue l’un des passages solos les plus émouvants que j’aie entendus et la chef, Mirga Gražinytž-Tyla, chante un solo de soprano avec une grâce aussi surréaliste que sincère.

Tiré d’un concert public de l’Orchestre symphonique de Birmingham, cet enregistrement dégage un sens d’événement et de découverte. Il est assuré que Weinberg, pour son centenaire, se révélera enfin à un public mondial et que des débutants comme Mirga, 32 ans, crieront ses mérites sur les plus hauts toits pour le restant de nos jours. Mirga fait ses débuts sur l’étiquette allemande, de même que Weinberg. Si vous ne pouvez pas patienter jusqu’à la prochaine dose de Weinberg, consultez le catalogue de Kremer sur une autre étiquette allemande, ECM. La musique ici mérite véritablement cinq étoiles et l’interprétation est tout simplement enflammée.

Traduction: Andréanne Venne

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A propos de l'auteur

Norman Lebrecht is a prolific writer on music and cultural affairs. His blog, Slipped Disc, is one of the most popular sites for cultural news. He presents The Lebrecht Interview on BBC Radio 3 and is a contributor to several publications, including the Wall Street Journal and The Standpoint. Visit every Friday for his weekly CD review // Norman Lebrecht est un rédacteur prolifique couvrant les événements musicaux et Slipped Disc, est un des plus populaires sites de nouvelles culturelles. Il anime The Lebrecht Interview sur la BBC Radio 3 et collabore à plusieurs publications, dont The Wall Street Journal et The Standpoint. Vous pouvez lire ses critiques de disques chaque vendredi.

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