Feinberg/Winterberg: Les œuvres perdues (Melism)

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Le seul lien entre ces deux compositeurs est leur statut de victime et la dernière syllabe de leurs noms. Tous deux ont été réduits au silence pour des raisons politiques et ni l’un ni l’autre n’a trouvé la reconnaissance qui lui était due.

Samuil Feinberg (1890-1962), élevé dans la cosmopolite Odessa, a été exempté de la Première Guerre mondiale pour invalidité et a pris un poste d’enseignant au Conservatoire de Moscou. Sa carrière solo de pianiste a été entravée par le stalinisme et il a vécu dans l’obscurité presque totale, connu uniquement pour avoir été le premier pianiste en URSS à donner un récital public du Clavier bien tempéré de Bach.

Les trois œuvres de cet album datent de 1912 à 1919, ce qui peut expliquer l’excès de similitudes avec Scriabine, bien que la sonate pour violon et piano de 1912 soit davantage orientée vers l’Europe centrale et la langue de Janáček

et Szymanowski. Nina Pissareva Zymbalist est l’interprète sensible de cette pièce évocatrice, avec le pianiste Christophe Sirodeau.

La fantaisie et la suite pour piano de Feinberg de 1917 et 1919 sont plus abstraites et mystiques, tirant vers le jeu percussif de Bartók et Berg, loin des styles russes. Feinberg a été réprimé dans les années 1930 et activement persécuté dans les années 1940. Ces minuscules aperçus, interprétés par Sirodeau, donnent envie d’entendre davantage son talent évident. Apparemment, Glenn Gould était un amateur.

L’histoire de Hanus Winterberg (1901-1991) est encore plus poignante. Élève d’Alois Haba et d’Alexandre Zemlinsky à Prague, il a oscillé − comme Victor Ullmann − entre atonalité, microtonalité et sérialisme sans jamais perdre une véritable expression personnelle. Sa sonate pour piano de 1936 rappelle fortement celle d’Ullmann qui, lorsque les nazis sont entrés à Prague, a été envoyé à Terezin et Auschwitz. Winterberg resta en dehors de Terezin jusqu’en janvier 1945, écrivant par après une Suite 1945 avec le nom du camp de concentration entre parenthèses. Elle a des affinités étranges avec la suite pour piano de Karl Amadeus Hartmann à Dachau, une marche pénible à pas de piano dans un avenir sans promesse.

Winterberg a déménagé en Allemagne en 1947, s’est marié trois fois et ne s’est jamais vraiment installé. Sa musique est disparue dans les archives bavaroises, étouffée jusqu’à récemment lorsque, après une action en justice prolongée, son fils a obtenu qu’elle puisse être jouée. Si on s’en tient à la belle interprétation de Sirodeau, elle mérite d’être entendue bien plus souvent.

NL

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Traduction par Andréanne Venne

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A propos de l'auteur

Norman Lebrecht is a prolific writer on music and cultural affairs. His blog, Slipped Disc, is one of the most popular sites for cultural news. He presents The Lebrecht Interview on BBC Radio 3 and is a contributor to several publications, including the Wall Street Journal and The Standpoint. Visit every Friday for his weekly CD review // Norman Lebrecht est un rédacteur prolifique couvrant les événements musicaux et Slipped Disc, est un des plus populaires sites de nouvelles culturelles. Il anime The Lebrecht Interview sur la BBC Radio 3 et collabore à plusieurs publications, dont The Wall Street Journal et The Standpoint. Vous pouvez lire ses critiques de disques chaque vendredi.

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