La Faune Locale : la cruauté ordinaire

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La faune locale, de l’autrice Stéphanie Labbé montre la cruauté et l’égoïsme ordinaire qui peuvent métamorphoser l’être le plus civil en bête sauvage. Proposé dans une formule 5 à 7. Duceppe, 9 sept. -3 oct. 2025 Duceppe

Sur fond de violence sociale, La faune locale réunit trois personnages principaux et, par ricochet, scrute leurs couples. Claude est renvoyé sans ménagement d’une compagnie pharmaceutique qui l’employait depuis plus de 30 ans. Alors qu’il sombre dans le désarroi et la colère, son épouse s’éloigne. De son côté, la très efficace Joanie, qui a limogé Claude, est obnubilée par son désir de maternité – qu’il se réalise avec ou sans son compagnon actuel. Sarah, engagée afin de soutenir Claude dans sa quête d’un nouvel emploi, a des relations complexes avec le père de ses enfants, un médecin fortuné qui est tombé amoureux d’un homme. Le nouveau ménage souhaite que les enfants déménagent chez eux.

Le spectateur pressent qu’un drame va se produire. Crédit photo : Danny Taillon

Le spectateur pressent qu’un drame va se produire. Crédit photo : Danny Taillon

Labbé se penche ici sur l’individualisme et la soif de réussite qui caractérisent la société contemporaine. La faune locale est une pièce efficace de 55 minutes, bien ficelée – un thriller psychologique impitoyable et cruel. Le spectateur pressent qu’un drame est sur le point de se produire sans pouvoir le prédire puisque toutes les situations dépeintes semblent explosives. Claude va-t-il céder aux élans de vengeance qui l’animent? Sarah va-t-elle se révolter contre de son ex-mari ? Et que va-t-il se passer avec Joanie? Les trois histoires se croisent et se superposent dans une tension palpable, sur une scène recouverte de gazon synthétique.

Véronique Côté signe la mise en scène et utilise habilement l’intimité des coulisses du Théâtre Jean-Duceppe. Les interprètes, qui sont excellent et ne quittent jamais l’espace scénique, livrent avec vivacité des répliques d’abord moqueuses, puis incisives et enfin agressives. En montrant la sauvagerie qui gagne chacune des relations des personnages, la pièce se fait le miroir de la brutalité des mécaniques de pouvoir et celui de la douleur et des blessures qu’elles engendrent. Léger bémol : le terme « homicide » appliqué à un féminicide en contexte de violence conjugale dépare un texte si actuel.

Les comédiens ne quittent jamais l’espace scénique. Crédit photo : Danny Taillon

Les comédiens ne quittent jamais l’espace scénique. Crédit photo : Danny Taillon

En conclusion, La faune locale vaut vraiment le détour. C’est un spectacle rythmé, avec de très bons dialogues et les spectateurs, qui sont tout près des comédiens dans le tout petit espace dédié aux  5 à 7, sont au bout de leurs chaises pendant toute la représentation.

Pour les amateurs, sachez que le Théâtre La Bête Humaine a offert à Stéphanie Labbé une résidence pour la saison et que sa seconde production Après t’avoir bordé tendrement, je meurs sera à l’affiche CTDA dès novembre.

La pièce La faune locale est présentée dans une formule 5 à 7 au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 3 oct. 2025 Duceppe

Avec Marie Bernier, Yannick Chapdelaine, Alexandre Dubois, Tania Kontoyanni, Stéphanie Labbé, Roger La Rue

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