École nationale de cirque : trente ans d’excellence

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D’envergure et de reconnaissance internationales, l’École nationale de cirque est depuis trente ans le creuset dans lequel se fondent les compagnies de cirque contemporain les plus frappantes. Entrevue avec Éric Langlois, directeur général du célèbre établissement.

Spectacle annuel ENC 2018 à la Tohu. Photo : Roland Lorente

L’École nationale de cirque (ENC) est une école supérieure d’art, au même titre que l’École nationale de théâtre ou le Conservatoire supérieur de musique. Appuyée par une équipe pédagogique et artistique de plus de 80 enseignants, dotée d’espaces adaptés à toutes les disciplines et munis des meilleurs équipements, l’ENC accueille des étudiants de partout au pays et sur la planète. Le taux de placement des diplômés tourne autour de 95 % !  Sensible à l’évolution de la pratique professionnelle des artistes de cirque, l’École a pris l’avenir du développement du cirque au Canada à bras-le-corps, facilitant l’éclosion de nombreuses compagnies de cirque québécoises – le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize et Les 7 doigts de la main, pour ne citer que cette magistrale trinité circassienne de l’excellence québécoise.

La première école de cirque professionnelle en Amérique du Nord naît en 1981. Attirant d’abord des artistes intéressés par le théâtre acrobatique, l’École se spécialise rapidement. Les cofondateurs Guy Caron, clown, et Pierre Leclerc, acrobate, conçoivent un programme pour former de véritables artistes de cirque et la réponse est immédiate. En 1989, l’ENC s’installe à l’ancienne gare Dalhousie, dans le Vieux-Montréal, et devient vite l’une des plus importantes écoles de cirque au monde. L’ENC suscite un tel engouement qu’elle fonde ensuite, avec le Cirque du Soleil et En Piste, la TOHU où elle emménage en 2003. « Notre réputation à l’international a évolué de façon heureuse », commente le directeur général de l’École. Celle-ci reçoit en effet chaque année des candidatures d’une vingtaine de pays différents – plus de la moitié des étudiants viennent de l’étranger. « Les élèves qui arrivent d’Europe ont en général déjà commencé leur formation, ce qui désavantage les Canadiens qui ne bénéficient pas encore de formation préparatoire », note Éric Langlois, réaliste.

Spectacle annuel ENC 2018 à la Tohu. Photo : Roland Lorente.

Pour pallier cette situation, puisque tous sont soumis aux mêmes règles d’admission, l’École s’est dotée d’un programme préparatoire parascolaire (9 à 17 ans), qui offre les bases de la formation à raison de treize heures par semaine. L’étape supérieure voit passer les vrais mordus à une vingtaine d’heures par semaine. Ces filières alimentent à raison de 50 % nos propres programmes, souligne Éric Langlois. Parallèlement, l’enseignement du cirque de loisir au niveau prépréparatoire (4 à 17 ans) n’est pas à négliger. « Ces petites classes font indéniablement partie des filières de formation, on y détecte des talents et elles participent à l’éducation d’une population aux codes du cirque, une famille à la fois. » L’ENC s’est aussi vu confirmer l’octroi d’un million de dollars sur cinq ans pour des projets destinés à soutenir la filière du cirque de loisir et pour consolider les ressources enseignantes. L’idée est de constituer une école supérieure à Québec, associée au cégep de Limoilou, reconnue comme l’ENC par un diplôme octroyé par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, pour que le statut de l’artiste de cirque soit toujours mieux reconnu socialement.

L’École se veut un laboratoire d’expérimentation et de création, où ses élèves-créateurs se révèlent et s’épanouissent; elle a une mission de recherche. Aux profils danse et théâtre s’est ajouté un tout nouveau programme de mise en piste, l’équivalent de la mise en scène. Deux étudiants sont engagés pour un programme de deux ans; ils apprennent cette pratique de la création – c’est un projet porteur. Éric Langlois explique : « Parce que nous devons former des artistes en innovation, nous nous sommes engagés dans toutes sortes de recherches qui ont débouché sur une trentaine de projets de dernier cycle. » Pour bien connaître l’offre du milieu, savoir comment elle évolue et change, une institution d’enseignement doit être en phase avec son milieu. Par exemple, en ce moment en Allemagne, il y a beaucoup d’occasions d’emploi de cirque dans les cabarets, il faut le savoir; il faut que perdure l’équilibre entre comprendre et s’ajuster au marché. Les artistes de cirque sont des travailleurs autonomes, l’École doit donc leur donner le plus de débouchés possible, car « à coup de 22 ou 25 diplômés par an, nous créons notre propre concurrence », remarque Éric Langlois. Il est satisfait de l’excellence technique de l’école, mais souhaite répondre encore mieux aux besoins des compagnies et à ceux du public. Cirque Alfonse, Vague de cirque, Machine de cirque, Throw2Catch, ReCircle, Cie du Poivre Rose, Les Improbables … De plus en plus de jeunes veulent créer leur propre compagnie.

Spectacle annuel ENC 2018 à la Tohu. Photo : Roland Lorente.

« Je dis souvent que Jeannot Painchaud est notre meilleur ambassadeur : il parle de l’ENC sur toutes les tribunes, ici comme à l’international », rappelle le directeur de l’ENC. C’est le paradoxe québécois : nous avons de grandes compagnies, mais elles ne tournent pas au Québec parce que les salles ne savent pas quoi programmer. Il faut éduquer les journalistes, développer une culture du cirque et mettre les programmateurs au courant des contraintes de son accueil. Un travail de fond auquel la merveilleuse organisation En Piste s’est attelée, souligne le directeur.

Le conseil d’Éric Langlois ? « Il faut cultiver la poésie, ce qui nous amène ailleurs. »

Les auditions pour l’École nationale de cirque se tiendront en février. www.ecolenationaledecirque.ca

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