Critique: « Nero and the Fall of Lehman Brothers » (prod. BOP)

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Le lieu avait de quoi surprendre. Pour sa nouvelle production, Ballet-Opéra Pantomime (BOP) avait choisi un vaste sous-sol d’église, dans le quartier Villeray. La compagnie y présentait NERO and the Fall of Lehman Brothers, opéra non moins surprenant de Jonathan Dawe. Créée en 2016 et commandée par l’Académie italienne de l’Université Columbia (New York), cette œuvre s’inspire prétendument de fragments de livret d’un opéra perdu de Händel. Elle mêle des personnages de la Rome antique à une histoire très contemporaine : la crise financière de 2008 qui a vu notamment la banque d’investissement Lehman Brothers faire faillite. Le post-modernisme à son meilleur!

La musique se veut à la fois moderne et à la fois un hommage à la musique baroque. Malheureusement, le compositeur confond modernité et pénibilité. Les lignes vocales sont d’une difficulté monstre, avec souvent des successions d’intervalles rapides et très étendus. Jonathan Dawe n’échappe pas non plus à une tendance déjà observée dans d’autres opéras contemporains : composer des passages musicalement denses, lyriques, sur des paroles souvent insignifiantes et répétées à l’envi. On ne sait pas si l’effet comique est recherché ici. Quoiqu’il en soit, le public a répondu volontiers par le rire.

Dans ce sous-sol d’église, les auditeurs s’étaient amassés sur des rangées en plan incliné. Face à eux, un gigantesque espace scénique – en l’occurrence un espace à bureaux – en forme de boîte, couchée sur le côté. Nous avions donc trois murs et un quatrième mur ouvert, celui-là même qui marque la frontière entre le réel et la fiction. Fascinant!

De cette production, on retiendra donc l’ingéniosité de la mise en scène et des décors ainsi que la très grande qualité des musiciens de l’orchestre sous la direction d’Hubert Tanguay-Labrosse. Ces derniers étaient assis à l’arrière, parmi les différents postes de travail, donnant ainsi l’impression de jouer le rôle – muet – d’employés de banque. L’ingéniosité venait aussi des sur-titres, traduction libre de l’anglais en français très québécois, jurons inclus! Rires assurés du public.

On retiendra l’excellente prestation de Shea Owens (Sénèque), très à l’aise dans l’aigu et dans ce type de répertoire, et la présence magnétique d’Allegra De Vita (Agrippine). De son côté, Geoffroy Salvas (Nero) a semblé bien moins confortable dans son interprétation, forçant par moments sa voix dans le registre supérieur. Molly Netter, quant à elle, avait un timbre atypique, semblable à celui d’un enfant, une voix peu soutenue mais pourtant d’une grande pureté.

Nero and the Fall of Lehman Brothers. Musique et livret de Jonathan Dawe, d’après des fragments d’un opéra perdu de Händel. Mise en scène : Maxime Genois. Scénographie : Félix Poirier. Direction musicale : Hubert Tanguay-Labrosse. Distribution : Geoffroy Salvas, baryton (Nero); Molly Netter, soprano (Poppea); Shea Owens, baryton (Seneca); Arthur Tanguay-Labrosse, tenor, Bruno Roy, baryton, et Matt Boehler, basse (Traders). Salle Guillet de l’Église Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, vendredi 14 juin 2018. Reprises les 15 et 16 juin, à 20h, et le 17 juin, à 16h.

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