Pour le concert d’ouverture de la 92e saison de l’OSM, qui a eu lieu mercredi 17 septembre, Rafael Payare avait puisé dans le répertoire de Berlioz; un compositeur qu’il affectionne particulièrement. On se rappelle encore de son interprétation passionnée et passionnante de La Symphonie fantastique, il y a un an jour pour jour, ce qui concordait aussi avec l’inauguration des cloches d’orchestre ! Les cloches ont à nouveau résonné, mais cette fois pour La Damnation de Faust… une soirée qui devait tenir toutes ses promesses.
Du côté des musiciens de l’orchestre et des choristes de l’OSM, ce fut certes une soirée exceptionnellement réussie. Dirigés par un maestro toujours aussi bondissant de passion, ils ont interprété cette musique tantôt avec souplesse, tantôt avec vigueur. Les cordes se sont illustrées par l’ampleur du relief et la sensation de vagues sonores qui rendaient parfaitement les effets recherchés dans la partition. Le flot ininterrompu de la célèbre « Danse hongroise », avec ses mouvements de va-et-vient, en a été un bel exemple. Au fil de la soirée, l’engagement dramatique et le timing du jeu orchestral en accord avec l’action se sont fait de plus en plus prégnants.
Si l’on parle si tôt des choristes, c’est non seulement parce que leur rôle était aussi, sinon plus important que celui des solistes, mais en raison de la qualité des voix, de la diction française, et de la versatilité à incarner une quantité de personnages. Souvent entendus séparément entre hommes et femmes, ils passaient aisément de buveurs à soldats, de gnomes à sylphes, de follets à étudiants, ou encore d’anges à démons. Ils chantaient en français, en latin et… en une langue des Enfers purement inventée par Berlioz ! On reconnaît là l’audace et la modernité étonnante du compositeur, pour qui l’invocation de Satan est également un prétexte à une déconstruction du langage musicale. Naturellement, en 1846, le public n’a que très peu goûté la création de cet opéra diabolique, qui finit in extremis sur une victoire du religieux, avec l’ascension de Marguerite.
En ce qui concerne la distribution, 4 solistes britanniques sur 4 ! Le baryton-basse Sir Willard White, 78 ans, a donné une brillante leçon de chant, tant sur le plan de la technique vocale que de la musicalité. On sentait chez lui une vraie intelligence de l’énonciation à la française, enrobée dans un timbre généreux. Il a campé un Méphisto hautement menaçant, par moments épeurant et prenant nettement l’ascendant sur les autres personnages. Mention spéciale pour son interprétation de l’air Devant la maison de celui qui t’adore (partie 3). À 78 ans, c’est phénoménal !
On aurait aimé du ténor Andrew Staples une meilleure maîtrise du français. Il est arrivé que son élocution approximative altère sensiblement le sens des mots du livret, reproduits sur écran. Dans le duo avec Karen Cargill, en troisième partie, l’interprète de Faust est passé en voix tête pour chanter les notes les plus aigües, comme Pene Pati avait fait au coup d’envoi de la Virée classique. Si la tendance se maintient, on pensera que c’est une demande explicite de Rafael Payare…
La mezzo-soprano écossaise, en Marguerite, avait une meilleure qualité de langue, mais a parfois manqué de finesse dans sa conduite de voix, notamment dans la romance (partie 4). Enfin, le baryton Ashley Riches est brièvement intervenu en deuxième partie dans le rôle de Bander, démontrant une belle présence scénique, mais un registre grave pas assez étoffé pour la tessiture requise.
Prochaine représenation, jeudi 18 septembre, à 19h30, à la Maison symphonique de Montréal. Pour les billets, visitez le www.osm.ca/fr/concert/la-damnation-de-faust-quete-de-jeunesse-eternelle

