Critique | La Cinquième de Beethoven: accessible, sympathique, mais insuffisant

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Le 6 mars dernier, les ensembles Caprice et ArtChoral, sous la direction de Matthias Maute, présentaient un de leurs grands concerts à la Maison symphonique avec, au programme, la Symphonie no 5 de Beethoven et la Messe en do mineur de Mozart. Un événement qui a démontré l’engouement des musiciens pour la démocratisation de la musique classique et leur volonté de se mettre humblement à la hauteur des néophytes, venus en grand nombre. Reconnaissant, le public a répondu par de généreuses ovations debout, dont on ne peut douter de la sincérité.

Ajoutons à cela deux gestes bien sentis qui ont contribué à l’ambiance conviviale de cette soirée. Lors de ses propos liminaires, le chef d’origine allemande a introduit quelques instruments de l’orchestre : un alto contemporain de la composition de l’œuvre de Beethoven, suivi – de mémoire – par la section des cuivres et du contrebasson, qui a laissé une forte impression sur les spectateurs. D’autre part, une fois le concert commencé, l’auditoire a applaudi de bon cœur entre chaque mouvement, ce à quoi les musiciens ont réagi avec bienveillance. 

Ce concert était donc placé sous les meilleurs auspices. Côté chœur, l’interprétation de l’Ave verum corpus de Mozart a offert une belle entrée en matière et un des bons moments musicaux au regard de l’ensemble de sa prestation. Coté solistes, on retient la solidité et la confiance de la soprano Myriam Leblanc ainsi que l’exigence artistique de la basse William Kraushaar, bien que ce fût pour un bref instant de la Grande messe. Côté orchestre, la section des cuivres est sans doute celle qui s’en est le mieux sorti, malgré un retard à l’allumage et un décalage de quelques centièmes de secondes sur leurs entrées, notamment dans le finale de la Cinquième 

Le reste, malheureusement, n’a pas été du niveau d’un orchestre de premier plan à la Maison symphonique. On aurait dit que les musiciens venaient à peine de déchiffrer la partition. Aucune section d’instruments n’est parvenue, en effet, à passer à travers tout le programme sans s’emmêler les pinceaux au moins plusieurs fois.  Le nombre limité d’heures de répétitions ne saurait expliquer, à lui seul, leur niveau d’impréparation. Chez certains, on a pu penser que le travail individuel à la maison n’avait pas été fait. 

Au lieu de tourner les coins ronds, Matthias Maute a imposé des tempos abrupts et beaucoup trop rapides pour les capacités de son orchestre. Les violoncelles auraient certainement livré une interprétation moins brouillonne si l’allure avait baissé d’un cran. Les violons, quant à eux, n’ont pas eu d’état d’âme à lier toutes les notes en une sorte de masse sonore informe. D’évidence, l’articulation ne faisait partie de leurs priorités. 

La résolution du chef d’orchestre aura été de mener les musiciens de la première à la dernière mesure comme on essaye de surmonter un moment difficile. Il n’a démontré aucun intérêt à façonner un son orchestral, mettre en relief certains motifs, gérer les temps forts et les temps faibles. 

Trop de voix individuelles ont été entendues pour créer un quelconque son homogène. Ce constat est valable aussi bien pour l’orchestre que pour l’ensemble ArtChoral. Le professionnalisme et la qualité des chanteurs ne font aucun doute, mais on a eu plutôt à faire à une collection d’individualités qui ont constitué un chœur le temps d’un concert. 

Janelle Lucyk, soprano. Photo : TamPhotography

On a eu aussi beaucoup de peine à comprendre le choix des deux solistes que nous n’avons pas encore cités. La soprano Janelle Lucyk n’avait ni les notes graves pour chanter sa partie de la Messe en do mineur, ni une technique classique suffisante pour pallier ces lacunes. Les qualités vocales de l’interprète se sont limitées à une poignée de notes dans le registre aigu. Enfin, le ténor Emmanuel Hasler, qui remplaçait Philippe Gagné, est lui-même apparu diminué vocalement par rapport à ce dont on le sait capable; un chanteur congestionné venant au secours d’un chanteur encore plus mal en point que lui.

L’Ensemble Caprice présentera un concert baroque le 17 mars, à la 9e salle du Centre Eaton.

www.ensemblecaprice.com 

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About Author

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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