Critique de « La Porte » (prod.: Chants libres)

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Photo: © Yves Dubé.

Le 1er juin dernier à la salle du Conservatoire de musique de Montréal, la compagnie Chants Libres, qui se spécialise dans la production d’opéras contemporains, présentait un monodrame du compositeur canadien d’origine espagnole José Evangelista, sur un livret d’Alexis Nouss. Créé en 1987 par Pauline Vaillancourt et Julien Grégoire, cet « opéra » intitulé La Porte, d’une durée de quarante-cinq minutes, a été écrit pour voix seule et percussions. Sur scène, on retrouvait la mezzo-soprano Ghislaine Deschambault accompagnée par Huizi Wang, celle-ci étant entourée d’une multitude d’instruments percussifs et d’un ordinateur créant des effets de réverbération. L’une incarnait, à elle seule, une quantité de personnages, tandis que l’autre exprimait, par la musique, tantôt les changements de rôles, tantôt les émotions de ces personnages, tantôt les bruits ambiants de chaque scène.

Inspiré de Kafka, l’univers imaginaire de La Porte est fait d’incompréhensions et d’absurdités. Il est un univers essentiellement masculin. Il y a d’abord le personnage principal : un homme de la campagne, qui veut franchir le seuil d’une porte mystérieuse ; face à lui, un gardien qui se montre inflexible. Il y a ensuite tous les personnages qui habitent les récits de l’homme de la campagne : un boulanger, un chasseur, un citadin, un roi de Perse… six contes au total pour persuader le gardien de la Porte de le laisser entrer.

On peut s’étonner du choix d’une voix de femme pour interpréter ces nombreux rôles masculins. On aurait pu aussi s’attendre à une plus grande distribution. Rien de tout cela. Seule en scène, Ghislaine Deschambault passait d’un personnage à l’autre, sans toutefois les incarner pleinement. La tâche – très difficile – s’adressait davantage à une femme de théâtre qu’à une chanteuse d’opéra. Le style vocal prenait plus souvent l’allure d’une déclamation ou d’un récitatif que d’une envolée lyrique. De nombreux passages étaient même parlés.

Mme. Deschambault occupait assez peu l’espace scénique. Peut-être était-ce un choix des deux metteurs en scène, Joseph Saint-Gelais et Pauline Vaillancourt. Quant aux décors, ils se résumaient à une rangée de 22 bougies allumées avant le début du spectacle. Dans l’ultime scène, la chanteuse les a éteinte une à une, gardant la dernière pour la toute fin. Une scène sans grande surprise.

On retiendra davantage la musique pleine d’intelligence de José Evangelista, celle-ci offrant de nombreux repères auditifs au public. Différents timbres étaient rattachés aux personnages et à l’atmosphère d’une scène. On pouvait ainsi facilement imaginer le gardien, à la voix grave, entendre des bruits de pas ou de porte. Mention spéciale à Huizi Wang. La percussionniste a su placer dans le bon tempo chaque intervention ou interjection, en réponse au texte de l’opéra.

Monodrame pour voix et percussion. Musique de José Évangélista. Livret d’Alexis Nouss, d’après « Devant la loi » de Kafka. Mise en scène : Joseph Saint-Gelais et Pauline Vaillancourt. Scénographie: Joseph Saint-Gelais. Ghislaine Deschambault, mezzo-soprano; Huizi Wang, percussions. Conservatoire de Montréal, vendredi 1er juin 2018. Reprises les 2, 8 et 9 juin à 20 h et le 10 juin à 16 h.

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