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Leaf Music5
Stravinsky : Sankofa, The Soldier’s Tale Retold et Suite de l’Histoire du soldat
Art of Time Ensemble; Andrew Burashko, directeur musical
Leaf Music, 2026
Sankofa s’inspire de la musique et de l’intrigue de L’Histoire du soldat de Stravinsky et les réinterprète sous la forme du récit d’un jeune homme d’origine africaine qui tente de s’enrôler dans l’armée canadienne en Nouvelle-Écosse en 1914. Le livret en anglais de Titilope Sonuga conserve la structure en distiques rimés de l’original ainsi que les interactions avec le Diable sous ses multiples apparences, et le résultat est remarquable.
La pièce a été jouée, dans une version scénique complète, par l’Art of Time Ensemble et des acteurs au Harbourfront Centre de Toronto en octobre 2024 et est désormais disponible en version audio numérique, avec en bonus la suite de Stravinsky inspirée de l’œuvre.
J’ai assisté au spectacle sur scène et j’ai été profondément ému. L’expérience, uniquement audio, est différente, mais tout aussi intense. L’absence de distraction visuelle permet de se concentrer sur le livret intelligent de Sonuga et les excellentes prestations. La narratrice, Ordena Stephens-Thompson, nous présente le parcours du jeune homme, issu d’une lignée de guerriers ghanéens, qui souhaite prouver qu’il est un combattant aussi doué que n’importe quel autre dans ce qu’on lui décrit comme « la guerre des Blancs ».
Notre soldat, interprété par Olaoluwa Fayokun, rencontre à plusieurs reprises le Diable, qui lui donne un violon magique en échange de son totem, l’oiseau Sankofa. Il finit par s’enrôler, mais uniquement dans un bataillon de travail. La Grande-Bretagne, la France et même l’Allemagne peuvent envoyer des soldats de couleur au combat, mais pas le Canada, pays racialement pur ! Tout au long de l’histoire, Fayokun fait preuve d’une grande dignité et l’acteur chevronné Diego Matamoros offre un portrait d’une grande finesse du Diable sous ses différentes formes.
Pour le spectacle, Andrew Burashko a dirigé un ensemble de jeunes musiciens exceptionnels de la Glenn Gould School. Il dispose ici d’une formation professionnelle composée de Benjamin Bowman (violon), Eric Abramovitz (clarinette), Amy Horvey (trompette), Robert Conquer (trombone), Kris Maddigan (percussions), Joseph Phillips (contrebasse) et Thomas Roy Rochette (basson), avec Waleed Abdulhamid au tama (ou « tambour parleur ») préenregistré. Sans surprise, leur interprétation est excellente et ils offrent une version vive et incisive de la partition entraînante de Stravinsky, tant dans la pièce que dans la suite.
Sankofa a été enregistré au studio Revolution Recording de Toronto en mars 2025. La suite a été enregistrée aux studios Desert Fish en avril. J’ai écouté la version 96 kHz/24 bits et elle est excellente dans les deux cas, d’une grande clarté et d’une présence remarquable. Il s’agit d’une sortie exclusivement numérique, également disponible en format sans perte 44,1 kHz/16 bits et MP3. Un excellent livret bilingue explique en détail la genèse du projet.
En conclusion, il s’agit d’une très belle réalisation de Sankofa, que je recommande vivement.
Traduction : Mick Guttman
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